ANALYSE – UE-Indonésie : Un partenariat stratégique sous la pression des rivalités globales

Drapeaux de l’Union européenne et de l’Indonésie flottant ensemble à Jakarta, symbolisant le nouvel accord de partenariat économique CEPA signé en 2025.

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

L’Union européenne et l’Indonésie viennent de franchir une étape décisive dans leurs relations économiques en finalisant un accord de Partenariat économique global (CEPA). 

Ce texte, attendu depuis plus d’une décennie, est présenté comme un instrument stratégique visant à renforcer les liens entre Bruxelles et Jakarta dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques croissantes. À l’heure où les États-Unis imposent des droits de douane agressifs à leurs partenaires, l’UE cherche à affirmer son autonomie stratégique en Asie du Sud-Est.

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Un accord accéléré par les menaces américaines

La décision de Washington d’appliquer, dès le mois d’août, des droits de douane de 30 % aux produits indonésiens a joué un rôle de catalyseur. Face à cette menace, Jakarta s’est tournée vers Bruxelles pour garantir un accès préférentiel à l’un des plus grands marchés mondiaux. Pour Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, cet accord symbolise la capacité de l’Europe à forger des alliances solides « dans un monde volatil marqué par des défis globaux et une incertitude géopolitique croissante ».

Matières premières critiques et chaînes de valeur

Au cœur du CEPA se trouve la sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques. L’Indonésie, premier producteur mondial de nickel et acteur majeur pour le cobalt et l’étain, est essentielle dans la transition énergétique européenne. Ces ressources sont indispensables à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et autres technologies vertes. En retour, Jakarta espère attirer des investissements européens pour développer des industries locales à forte valeur ajoutée.

L’accord prévoit que 80 % des exportations indonésiennes vers l’UE bénéficieront de droits de douane nuls dans les deux ans suivant son entrée en vigueur. Cela devrait stimuler les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre comme le textile, les chaussures et l’agroalimentaire, tout en soutenant les ambitions indonésiennes de montée en gamme industrielle.

Un fragile équilibre entre environnement et économie

Cependant, le CEPA reste controversé. Bruxelles a insisté pour intégrer des clauses sur la déforestation et la durabilité, ce qui a suscité la méfiance de Jakarta. L’Indonésie, souvent critiquée pour ses taux élevés de déforestation liés à la production d’huile de palme, a accepté des engagements environnementaux minimaux pour éviter d’être placée sur la liste européenne des pays à haut risque écologique.

Ce compromis traduit une tension plus large entre les impératifs de développement du Sud global et les standards environnementaux du Nord.

La rivalité sino-américaine en toile de fond

Pour Bruxelles, cet accord s’inscrit dans une stratégie visant à réduire sa dépendance à la Chine, tout en offrant à l’Indonésie une alternative aux routes de la soie chinoises. Mais Pékin, déjà solidement implanté en Asie du Sud-Est par ses investissements massifs dans les infrastructures et l’énergie, voit d’un mauvais œil l’affirmation d’un axe euro-asiatique qui pourrait contrecarrer ses ambitions régionales.

Les États-Unis, quant à eux, considèrent cette évolution avec prudence. Bien que l’Europe reste un allié, Washington redoute que des accords bilatéraux affaiblissent sa capacité à contrôler les flux commerciaux et technologiques dans une région qu’il considère comme stratégique face à la montée en puissance chinoise.

Vers un nouveau pôle euro-asiatique ?

Le CEPA pourrait transformer l’Indonésie en porte d’entrée de l’Europe en Asie du Sud-Est, tout en offrant à Bruxelles une plateforme pour projeter son influence économique et politique. Mais la réussite de cet accord dépendra de la capacité des deux parties à dépasser les obstacles structurels, des barrières non tarifaires aux divergences de normes, et à résister aux pressions extérieures des grandes puissances.

Cet accord, qui intervient à un moment charnière pour l’économie mondiale, pourrait bien devenir un modèle ou, à l’inverse, un nouvel exemple de la difficulté pour l’Europe à imposer sa vision dans un ordre mondial fragmenté.

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