
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’axe Trump-Zelensky et les nouvelles garanties de sécurité
Le sommet extraordinaire du 18 août à la Maison-Blanche a marqué une étape cruciale dans la guerre en Ukraine. Donald Trump a promis à Volodymyr Zelensky que les États-Unis soutiendraient la sécurité de l’Ukraine dans tout accord de paix avec la Russie. La déclaration reste vague dans son contenu, mais elle représente un changement de ton par rapport aux réticences exprimées au cours des mois précédents par la nouvelle administration américaine. Zelensky l’a qualifiée de “grand pas en avant”, en précisant que les garanties seraient formalisées dans les dix jours.
Moscou et le défi au projet occidental
La Russie a immédiatement précisé qu’elle n’accepterait pas la présence de troupes de l’OTAN en Ukraine dans le cadre d’un accord de paix, réaffirmant la rhétorique de “l’opération militaire spéciale” destinée à protéger sa sécurité nationale. En réalité, Moscou cherche à bloquer toute intégration de Kiev dans les structures de défense occidentales, perçues comme une menace existentielle. Les demandes avancées par Poutine, issues de la rencontre en Alaska, prévoyaient la renonciation de l’Ukraine à la Crimée et à une large partie du Donbass, conditions rejetées par Zelensky.
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La question du cessez-le-feu
Les dirigeants européens présents à Washington — Macron, Merz, Meloni et d’autres — ont insisté pour que Poutine accepte un cessez-le-feu préalable. Trump, après avoir d’abord soutenu cette idée, s’est aligné sur la position russe : un accord peut être conclu même si les combats continuent. C’est une ligne pragmatique mais risquée, qui pourrait geler le conflit sans le résoudre et transformer l’Ukraine en champ de bataille permanent.
Les pressions européennes et le poids de la solidarité
Pour la première fois, Zelensky n’était pas seul. L’arrivée à Washington d’un groupe fourni de dirigeants européens a voulu marquer une rupture avec le sommet de février, lorsque Trump et le vice-président Vance l’avaient publiquement attaqué. Cette fois, le président ukrainien a multiplié les remerciements, conscient que sans le soutien européen la promesse américaine risquerait de rester lettre morte. Macron a rappelé que toute garantie de sécurité concerne “l’ensemble du continent européen”, liant ainsi l’avenir de l’Ukraine à celui de l’UE et de l’OTAN.
L’économie de la guerre et la diplomatie des armements
Sur la table également, les chiffres : Zelensky a déclaré que Kiev était prête à acheter pour environ 90 milliards de dollars d’armes américaines. Un engagement qui révèle la dimension économique de la guerre : l’aide militaire devient aussi des contrats industriels qui renforcent le lien entre Washington et Kiev, mais risquent de transformer la dépendance ukrainienne en relation structurelle.
La stratégie de Trump et le sommet trilatéral
Trump a annoncé avoir entamé l’organisation d’une rencontre directe entre Poutine et Zelensky, probablement en Hongrie. L’objectif est un sommet trilatéral redessinant la carte du conflit. Le choix d’accepter la proposition russe d’une négociation globale, sans trêve, confirme la volonté de Trump de se poser en médiateur, mais aussi de transférer sur Kiev le poids des concessions. Reuters a souligné que le président américain a laissé entendre que la Crimée et l’adhésion à l’OTAN devaient être écartées des priorités ukrainiennes.
Les garanties alternatives à l’OTAN
Le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, a précisé que l’adhésion de l’Ukraine n’était pas à l’ordre du jour, mais que des mécanismes de garantie comparables à l’Article 5 étaient à l’étude. Un compromis qui offrirait à Kiev une protection politique et militaire, sans formaliser l’entrée dans l’organisation. En pratique, une architecture de sécurité “hybride” qui satisfait Washington et Berlin, réduit les frictions avec Moscou mais laisse l’Ukraine dans une position précaire.
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Une paix incomplète
Le sommet de Washington a montré la volonté commune de sortir de l’impasse, mais aussi les divergences profondes. Pour Zelensky, la promesse américaine représente de l’oxygène politique. Pour Trump, c’est l’occasion de se présenter comme l’architecte de la paix, même au prix de pousser Kiev vers de douloureuses concessions. Pour l’Europe, c’est la confirmation que la sécurité de l’Ukraine coïncide avec celle du continent tout entier. Si un compromis prend forme, ce sera une paix fragile, suspendue aux conditions de Moscou et à la capacité de l’Occident de rester uni.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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