
Par Olivier d’Auzon
La mort du général David Majur Dak, le 7 mars 2025 à Nasir, dans l’État du Haut-Nil, constitue un tournant potentiellement décisif pour la fragile paix au Soudan du Sud.
Un assassinat qui ravive les tensions
Blessé lors de l’assaut d’une garnison gouvernementale par la “white army”, une milice nuer associée à l’opposition de Riek Machar, l’officier avait refusé de se rendre, espérant une évacuation par les Nations unies. Il est finalement mort, ainsi qu’un employé de l’ONU, alors qu’un hélicoptère devait le secourir.
Les failles persistantes de l’accord de paix de 2018
Cet épisode dramatique met en lumière les profondes fragilités de l’accord de paix signé en 2018 entre le président Salva Kiir et Riek Machar, censé mettre fin à une guerre civile ayant causé près de 400 000 morts depuis 2013. Si cet accord a permis une relative accalmie, sa mise en œuvre reste largement inachevée. Parmi les principaux obstacles figurent :
- Lenteur du processus d’unification des forces armées, qui peine à intégrer les anciens combattants dans une armée nationale unique.
- Manque de ressources et de soutien logistique, freinant la réintégration des soldats démobilisés.
- Divergences politiques persistantes, alimentant la méfiance entre les factions rivales. Cette instabilité continue de nourrir les tensions et compromet la stabilisation du pays.
Une paix toujours précaire
L’attaque de Nasir illustre la fragilité du cessez-le-feu. La “white army”, composée principalement de jeunes guerriers nuer sans commandement centralisé, agit autant pour des intérêts locaux que pour soutenir l’opposition politique. Son rôle dans la mort du général Majur Dak souligne la difficulté pour le gouvernement de contrôler ces groupes armés, qui demeurent des acteurs déstabilisateurs dans le pays.
Une réaction internationale immédiate
Face à cette escalade, la communauté internationale n’a pas tardé à réagir :
- La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) a qualifié l’attaque de possible “crime de guerre” et a appelé à une enquête immédiate.
- L’Union africaine et l’IGAD ont exhorté les parties à respecter le cessez-le-feu et à poursuivre le dialogue.
- L’Union européenne et les États-Unis envisagent d’imposer des sanctions ciblées contre les responsables des violations.
Vers un retour aux hostilités ?
Le gouvernement sud-soudanais, de son côté, a adopté une posture belliqueuse, promettant des “représailles” contre les assaillants.
Une telle rhétorique pourrait envenimer la situation et déclencher une nouvelle vague de violences. Alors que le pays se prépare à organiser ses premières élections générales depuis son indépendance, prévues en décembre 2024, cet épisode souligne l’urgence d’une véritable mise en application de l’accord de paix.
Quel avenir pour le Soudan du Sud ?
L’avenir du Soudan du Sud dépendra de la capacité de ses dirigeants à surmonter leurs divisions et à instaurer une gouvernance inclusive. Plusieurs scénarios se dessinent :
- Un renforcement du processus de paix, avec une implication plus active des partenaires internationaux pour garantir la mise en œuvre des réformes prévues.
- Une intensification des affrontements, si les tensions ethniques et politiques continuent de s’exacerber.
- Un effondrement du processus de paix, risquant de replonger le pays dans un conflit dévastateur.
Le Soudan du Sud est à la croisée des chemins. Sans un engagement ferme des acteurs politiques et un soutien international accru, le pays risque de retomber dans une spirale de violence dont les conséquences seraient désastreuses pour sa population.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

