DÉCRYPTAGE – Iran, la ligne dure du pouvoir face à la révolte populaire

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La contestation comme menace existentielle
La promesse de la Guide suprême de « ne pas reculer » face aux protestations marque un nouveau durcissement du système iranien dans une phase déjà saturée de tensions. Nées de l’effondrement du rial et de la dégradation des conditions de vie, les manifestations se sont rapidement transformées en une contestation plus large du pouvoir théocratique. La lecture officielle du pouvoir est sans ambiguïté : il ne s’agit pas d’un malaise social, mais d’un sabotage politique téléguidé de l’extérieur et destiné à déstabiliser l’État.
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Le pouvoir entre répression et récit politique
Le discours du régime s’inscrit dans une stratégie désormais rodée : délégitimer la contestation en assimilant les manifestants à des vandales et à des agents de puissances hostiles. Le message est double. À l’intérieur, il vise à souder l’appareil sécuritaire et à justifier une répression sans concessions. À l’extérieur, il signifie que Téhéran n’entend pas afficher la moindre faiblesse alors que les pressions internationales demeurent élevées.
Une économie à bout de souffle, un consensus qui se délite
Le cœur de la crise reste économique. La dévaluation de la monnaie, qui a perdu environ la moitié de sa valeur en un an, a frappé de plein fouet les commerçants, les ménages urbains et les étudiants. Les sanctions occidentales, combinées aux tensions régionales et au bras de fer avec Israël, ont réduit la marge de manœuvre financière du gouvernement. Les fermetures des bazars et les mobilisations sur les campus montrent que le mécontentement ne se limite plus aux marges sociales, mais touche des segments traditionnellement prudents.
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Sécurité intérieure et usage de la force
Le blackout d’Internet et les menaces de « tolérance zéro » révèlent la centralité de l’appareil sécuritaire dans la gestion de la crise. La répression, qui a fait des dizaines de morts selon les organisations de défense des droits humains, n’est pas seulement une réponse circonstancielle : elle relève d’une doctrine de contrôle visant à empêcher toute jonction entre protestation économique et revendication politique. Le risque, cependant, est inverse : radicaliser une mobilisation qui s’attaque déjà au sommet du système.
La dimension internationale : dissuasion et ambiguïté
Les déclarations de Trump, oscillant entre menace et prudence, nourrissent une incertitude stratégique persistante. Washington brandit l’option de la force comme moyen de dissuasion face à une répression sanglante, tout en évitant de s’engager explicitement sur un changement de régime. Téhéran réplique en avertissant que toute ingérence pourrait entraîner des représailles contre les intérêts américains dans la région, élevant encore le niveau de confrontation potentielle.
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Finance alternative et résilience du système
Dans ce contexte s’inscrit le recours à des circuits financiers non conventionnels. Les révélations sur l’utilisation des cryptomonnaies par le témoignent d’une capacité d’adaptation qui atténue l’impact des sanctions. C’est le réflexe classique d’une « économie sous siège » : contourner les contraintes pour maintenir le fonctionnement de l’appareil de pouvoir, au prix d’une opacité accrue.
Un équilibre de plus en plus fragile
L’Iran se retrouve ainsi pris en étau entre une société épuisée et un pouvoir qui refuse toute médiation. Le président a reconnu l’existence de griefs « légitimes », mais la ligne dominante demeure celle de la fermeté. À court terme, la répression peut rétablir l’ordre. À moyen terme, toutefois, la combinaison de crise économique, d’isolement international et de défiance sociale risque de transformer chaque nouvelle protestation en une remise en cause directe de la survie même du système. Dans cet équilibre instable, la promesse de « ne pas reculer » apparaît moins comme un choix stratégique que comme une contrainte dictée par la peur de céder du terrain.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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