DÉCRYPTAGE – Macron à Pékin : Le face-à-face d’une Europe dépendante et d’une Chine devenue incontournable 

DÉCRYPTAGE – Macron à Pékin : Le face-à-face d’une Europe dépendante et d’une Chine devenue incontournable 

lediplomate.media — imprimé le 12/12/2025
Emmanuel Macron et Xi Jinping apparaissent côte à côte lors d’une cérémonie officielle, incarnant un moment symbolique des relations diplomatiques entre la France et la Chine dans un contexte de rivalité économique et stratégique.
Capture d’écran

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

La visite d’Emmanuel Macron à Pékin intervient au moment où la France enregistre un écart commercial immense avec la Chine. Il ne s’agit pas seulement de chiffres : ce déficit qui dépasse quarante milliards révèle une Europe qui importe désormais tout ce dont elle a besoin pour sa transition énergétique, des voitures électriques aux batteries, des panneaux solaires aux semi-conducteurs. C’est un renversement historique. Pendant des décennies, la Chine a été le lieu où l’Occident apportait ses technologies et ses compétences. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les industries européennes regardent Pékin comme le nouveau centre du savoir-faire industriel.

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Dans ce contexte, Paris tente de transformer une faiblesse en opportunité. Accueillir les investissements chinois signifie créer de l’emploi mais aussi, et surtout, obtenir des transferts de technologies devenus indispensables pour ne pas rester en marge de la compétition mondiale.

L’exemple le plus marquant est celui de l’automobile. Renault a ouvert à Shanghai un centre dédié à l’électrique pour apprendre auprès des meilleurs ingénieurs chinois. Le résultat est tangible : la nouvelle Twingo électrique a été conçue en moitié moins de temps que les standards européens. Forvia collabore avec le géant BYD, qui domine aujourd’hui le secteur des véhicules électriques. Orano, de son côté, s’associe au groupe chinois XTC dans l’extraction des métaux critiques, élément essentiel des filières énergétiques. Ces cas révèlent combien le rapport de force s’est inversé. Désormais, c’est la France qui cherche à suivre le rythme chinois, cette cadence industrielle que l’on désigne de plus en plus sous l’expression de vitesse chinoise.

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Chaque transfert de technologie apporte des bénéfices immédiats mais aussi des risques croissants. Paris cherche à réduire sa dépendance mais la Chine n’accorde que ce qui sert ses propres intérêts. Préserver l’accès au marché européen devient crucial pour Pékin dans une période marquée par les tensions commerciales. Coopérer avec la France offre une autre garantie : maintenir un lien scientifique avec un pays et un continent qui restent leaders dans la recherche publiée. À cela s’ajoute un objectif stratégique plus vaste : diversifier ses alliances face aux États-Unis et montrer qu’elle peut être un partenaire fiable, pas uniquement un concurrent. Pour Pékin, afficher ce double visage a une valeur géopolitique considérable.

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La compétition ne se joue toutefois plus entre l’Europe et la Chine mais entre les États européens eux-mêmes. La Hongrie, l’Espagne et d’autres pays se disputent l’implantation d’investissements chinois et tentent, eux aussi, d’obtenir une part du savoir-faire venu de Pékin. Cette fragmentation interne affaiblit la capacité de négociation de l’Union et offre à la Chine une position encore plus avantageuse : celle de choisir à chaque fois le partenaire le plus malléable et les conditions les plus favorables.

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La question centrale demeure : la France parviendra-t-elle à obtenir suffisamment de technologies pour éviter une dépendance structurelle envers les filières chinoises ? Une partie de la souveraineté industrielle et économique européenne se joue dans cette réponse. Le voyage de Macron, au-delà des déclarations officielles, marque la reconnaissance d’un nouvel équilibre mondial où la Chine n’est plus seulement un atelier manufacturier mais un pôle technologique auprès duquel il faut apprendre. C’est ce changement de paradigme que l’Europe devra affronter dans les années à venir.

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