ANALYSE – La nouvelle stratégie de sécurité américaine : Un tournant qui ravit Moscou

Groupe de dirigeants politiques aux expressions contrastées, reflétant les tensions géopolitiques contemporaines entre les États-Unis, l’Europe, la Russie et l’Ukraine dans un contexte de crise internationale.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

La publication, le 5 décembre 2025, de la nouvelle National Security Strategy (NSS) de l’administration Trump a provoqué une onde de choc diplomatique des deux côtés de l’Atlantique. À Moscou, en revanche, le document a été accueilli avec une satisfaction à peine dissimulée : le Kremlin juge cette nouvelle boussole stratégique américaine « largement cohérente » avec sa propre vision du monde.

Une appréciation qui ne doit rien au hasard. Les 33 pages de la NSS entérinent un repositionnement spectaculaire de Washington : une Europe en « effacement civilisationnel », une Russie qui n’est plus décrite comme une menace prioritaire, et une hostilité marquée vis-à-vis de la trajectoire politique et culturelle de l’Union européenne.

Moscou salue un “réalignement idéologique”

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a résumé l’état d’esprit russe dans un entretien à l’agence Tass :« Les ajustements que nous observons sont largement cohérents avec notre vision. C’est un pas positif. »

Moscou, qui s’efforce depuis deux ans de faire fléchir la position occidentale sur la guerre en Ukraine, peut difficilement rêver d’un meilleur signal. Le document évoque à plusieurs reprises la nécessité pour Washington de « rétablir la stabilité stratégique avec la Russie » — une formulation qui, en creux, acte le retour d’une logique d’équilibre des puissances plus que d’affrontement.

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Une Europe malade, voire en déclin

Mais ce qui dérange davantage les chancelleries européennes, ce n’est pas la place accordée à Moscou : c’est le portrait au vitriol que l’administration Trump dresse du Vieux Continent. La stratégie affirme que l’Europe sera « méconnaissable d’ici vingt ans » et que ses fragilités économiques ne sont rien en comparaison du risque d’« effacement civilisationnel ».

Les responsables européens, de Berlin à Stockholm, y voient non seulement un diagnostic excessif, mais également un discours très proche de la rhétorique développée, depuis une décennie, par les autorités russes à propos du déclin supposé de l’Occident.

La NSS ne s’en cache d’ailleurs pas : elle se félicite de l’essor des « partis patriotiques européens » et encourage ses « alliés politiques en Europe » à promouvoir un « renouveau de l’esprit » occidental – une formulation qui a consterné plusieurs diplomates européens, invoquant une ingérence politique assumée.

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Des répercussions directes sur la guerre en Ukraine

L’inquiétude se cristallise surtout autour de la question ukrainienne. Au moment même où l’Union européenne tente de bâtir un cadre de négociation avec Washington pour un cessez-le-feu, la stratégie américaine accuse l’UE d’« entraver » les efforts des États-Unis pour mettre fin au conflit.

Pour Berlin, révèle Rachel Muller-Heyndyk de la BBC dans son article « New US security strategy aligns with Russia’s vision, Moscow says », les propos dépassent le cadre acceptable. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s’est dit « préoccupé » par l’inclusion dans un document stratégique de notions telles que la liberté d’expression ou l’organisation de la vie démocratique — « qui n’ont rien à faire dans ce type de texte », précise-t-il.

À Varsovie, le ton est plus direct encore. Le Premier ministre Donald Tusk, dans un message adressé à ses « amis américains », rappelle que « l’Europe est votre alliée la plus proche, pas votre problème ».

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Un virage assumé vers une politique “America First”

Derrière le volet européen, la stratégie réaffirme la doctrine “America First” :

  • intensification des opérations contre les narcotrafics dans les mers Caraïbe et Pacifique,
  • pression accrue sur le Venezuela,
  • demande explicite d’augmentation des dépenses militaires au Japon, en Corée du Sud, en Australie et à Taïwan.

Une orientation qui, pour les démocrates américains, risque d’isoler les États-Unis. Le représentant Jason Crow y voit une stratégie « catastrophique pour le rôle international de l’Amérique ». Gregory Meeks dénonce la « mise au rebut de décennies de leadership fondé sur les valeurs ».

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Une stratégie qui recompose le paysage géopolitique

Le document marque un tournant : une rupture idéologique avec la tradition atlantiste et un rapprochement de fait — sinon de droit — avec certaines positions russes sur l’avenir de l’Europe.

C’est précisément ce glissement qui inquiète les capitales européennes.
Non pas tant la volonté américaine de se recentrer sur ses intérêts, mais la convergence assumée avec un discours identitaire et civilisationnel qui fragilise l’unité occidentale au moment où l’Ukraine, elle, n’a jamais eu autant besoin d’un front cohérent.

Moscou, en tout cas, ne s’y trompe pas. Pour le Kremlin, jamais Washington n’avait paru si proche de sa propre vision du monde.

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