DÉCRYPTAGE – Israël surveille les États-Unis dans la base conjointe pour Gaza : La fracture qui révèle une crise de l’alliance ?

Deux drapeaux, américain et israélien, flottent côte à côte sous un ciel orageux traversé d’éclairs, symbolisant les tensions croissantes entre Washington et Tel-Aviv.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Un centre de coordination qui divise au lieu d’unir

Le Centre de coordination civilo-militaire de Kiryat Gat, créé pour gérer l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza, devait incarner la coopération entre Washington et Tel-Aviv. Il est en train de devenir un incident diplomatique. Les révélations du quotidien britannique sur la surveillance israélienne au sein de la structure ont mis au jour une inquiétude croissante : réunions enregistrées, conversations captées, personnel étranger alarmé, et un commandant américain obligé d’ordonner que « les enregistrements s’arrêtent ici ».

L’armée israélienne a nié toute activité de renseignement et parlé d’une documentation convenue, mais le climat interne raconte autre chose : responsables américains invités à limiter leurs échanges, visiteurs avertis du risque d’utilisation des contenus enregistrés. Même l’activité humanitaire devient un domaine sensible.

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Le centre humanitaire qui n’inclut pas ceux qui devraient en être les acteurs

Le CMCC a été inauguré comme pivot du dispositif d’aide à Gaza, mais dès le premier jour, une contradiction profonde est apparue : les Palestiniens, pourtant destinataires du travail du centre, sont exclus des discussions. Les tentatives de les inclure en visioconférence sont bloquées, les représentants américains travaillent à un étage, les Israéliens à un autre, et la planification de Gaza se déroule sans participation de l’Autorité palestinienne ni des organisations civiles.

Cette exclusion a un impact politique immédiat : elle construit un modèle de gestion de Gaza dépourvu de légitimité internationale et brouille la frontière entre assistance humanitaire et contrôle militaire. Le centre fonctionne sans mandat onusien et avec une empreinte de plus en plus bilatérale. Netanyahu, d’ailleurs, l’a présenté comme un projet exclusivement israélo-américain.

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Le conflit sécuritaire et la crise de confiance

L’affaire des enregistrements n’est que la partie émergée de l’iceberg. La présence américaine s’est déjà réduite : nombre de militaires et techniciens envoyés en octobre ont quitté la base à la fin de leur mission, signe d’un rôle opérationnel en déclin. En arrière-plan émerge un problème plus large : une méfiance grandissante.

Les États-Unis se trouvent dans une position délicate. D’un côté, ils doivent garantir l’application du cessez-le-feu qu’ils ont eux-mêmes proposé et suivre l’évolution de la situation. De l’autre, ils doivent composer avec un allié qui refuse de céder la moindre parcelle de contrôle sécuritaire. Pour Israël, toute présence militaire étrangère dans une structure liée à Gaza représente une vulnérabilité potentielle. Pour les Américains, la surveillance israélienne témoigne d’un non-respect des rôles et limites convenus.

Résultat : une structure censée favoriser la coopération révèle au contraire des tensions profondes au sein de l’alliance.

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Hamas, la trêve et l’horizon politique qu’Israël refuse

L’entretien accordé par Basem Naim dessine un scénario qui renverse la narrative récente : le Hamas serait prêt à déposer les armes si un processus vers un État palestinien était engagé et si la communauté internationale garantissait qu’Israël ne reprendrait pas les hostilités. Il accepterait même une force internationale de stabilisation « à la frontière » et le transfert immédiat des fonctions administratives à un comité de technocrates palestiniens.

Ce scénario, qui rejoint le plan en 20 points présenté par Washington, s’oppose frontalement à la position israélienne : pas de nouvelle phase du cessez-le-feu sans démilitarisation totale du Hamas. Un objectif que deux années de bombardements n’ont pas permis d’atteindre, et pour lequel les États-Unis n’ont pas de stratégie réaliste.

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L’alliance en pleine tempête ?

L’affaire de Kiryat Gat dépasse la simple question technique de la surveillance. Elle révèle une fracture beaucoup plus profonde. Israël maintient une ligne autonome, imperméable aux pressions, surtout en matière de sécurité. Washington tente de concilier soutien militaire et crédibilité diplomatique, mais se retrouve marginalisé dans les processus essentiels.

Dans cette dynamique, le CMCC devient le symbole d’une coopération plus proclamée que réelle. Un centre conçu pour gérer l’aide humanitaire met finalement en lumière la défiance politique, la divergence stratégique et l’écart grandissant entre deux pays qui, sur le papier, devraient avancer de concert.

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