DÉCRYPTAGE – Mercosur : Quand Rome change de camp et Paris reste seule

DÉCRYPTAGE – Mercosur : Quand Rome change de camp et Paris reste seule

Accord UE MERCOSUR
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

À Bruxelles, mercredi dernier, une phrase a suffi à faire tomber un fragile édifice diplomatique. Pour le ministre italien de l’Agriculture, l’accord avec le Mercosur constitue une « excellente opportunité », assortie de « bénéfices majeurs pour le secteur agricole ». Une déclaration apparemment technique, presque banale, mais dont la portée politique est considérable. En quelques mots, l’Italie a acté son ralliement à l’accord de libre-échange négocié depuis vingt-six ans entre l’Union européenne et quatre pays sud-américains : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Ce faisant, Rome a tourné le dos au front commun qu’elle avait brièvement constitué avec la France en décembre. Un front de circonstance, fragile, bâti davantage sur la nécessité tactique que sur une réelle convergence stratégique. Sa disparition entraîne un effet mécanique : la minorité de blocage tombe.

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La mécanique institutionnelle reprend ses droits

Sans l’Italie, il n’existe plus les conditions requises pour bloquer le texte : au moins quatre États membres représentant 35 % de la population de l’Union. Dès lors, lors du vote des représentants permanents des Vingt-Sept prévu vendredi à Bruxelles, la validation à la majorité qualifiée devient probable.

Pour la Commission européenne, c’est une victoire politique attendue de longue date. Elle ouvre la voie à un geste hautement symbolique : le déplacement d’Ursula von der Leyen, lundi 12 janvier, au Paraguay, afin de signer enfin un accord devenu emblématique des lenteurs, des revirements et des compromis du commerce européen.

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L’isolement français, une constante européenne

La France, elle, se retrouve isolée. À ses côtés subsistent des oppositions hétérogènes : la Pologne, la Hongrie, l’Autriche, l’Irlande. Des pays aux motivations très différentes, parfois contradictoires, et incapables de structurer une alternative cohérente. Paris invoque la protection de son agriculture, la souveraineté alimentaire, les normes environnementales. Des arguments récurrents, mais qui peinent à convaincre une majorité d’États membres désormais acquis à une logique d’ouverture commerciale.

Ce n’est pas la première fois que la France se retrouve seule sur un grand dossier économique européen. Le Mercosur s’inscrit dans une série où la défense d’intérêts nationaux se heurte à une Union de plus en plus orientée vers le libre-échange, perçu comme levier de croissance et d’influence géoéconomique.

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Libre-échange et rapport de forces

Derrière l’accord Mercosur se joue bien plus qu’une question agricole. Il s’agit d’un signal stratégique envoyé par l’Union européenne à un monde fragmenté, marqué par le retour du protectionnisme, la rivalité sino-américaine et la militarisation croissante des échanges. Pour Bruxelles, conclure cet accord, c’est affirmer que l’Europe reste un acteur normatif et commercial global.

Reste une question centrale, laissée sans réponse : à force de privilégier les équilibres macroéconomiques et les gains géopolitiques, l’Union ne creuse-t-elle pas un fossé durable avec ses sociétés agricoles et rurales ? Le Mercosur, signé après vingt-six ans d’attente, risque de n’être qu’une victoire institutionnelle de plus, acquise au prix d’une fracture politique persistante.

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