DÉCRYPTAGE – Trump le militariste : Un Pentagone à 1 500 milliards et l’industrie sommée d’accélérer

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La tentation impériale
« Enrichissez les soldats, méprisez tous les autres ». La formule attribuée à l’empereur romain Septime Sévère pourrait servir d’exergue à la phase politique ouverte par Donald Trump. À l’approche du premier anniversaire de son mandat, l’actuel président américain imprime une inflexion militariste d’une ampleur inédite depuis la fin de la guerre froide, renouant avec une rhétorique de puissance assumée et revendiquée.
Mais pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur de la rédaction du Diplomate média :
« Trump n’est pas devenu va-t-en-guerre : il négocie avec le monstre mais pour le tenir en laisse. Il promet des commandes et gave le Pentagone pour acheter la paix, calmer ce puissant complexe militaro-industriel, son principal et le plus dangereux de ses adversaires internes et le mettre au final au pas sur ses gabegies, les coûts et les délais. Comme avec les GAFAM, il frappe fort, promet des marchés, puis impose sa loi. Un deal à la Trump : de l’argent mais de l’obéissance, et surtout pas de guerres inutiles, comme dans le passé et dans le seul but de faire des bénéfices aux mépris des vrais intérêts géostratégiques américains, avant la seule qui compte vraiment, celle possible avec la Chine ».
À lire aussi : TRIBUNE – FRANCE : Déficit, dettes, impôts… la fuite en avant
1 500 milliards pour la Défense
Après avoir déjà porté, par un jeu de périmètres budgétaires et de lignes annexes, les dépenses de défense au-delà des 1 000 milliards de dollars pour l’exercice 2026, Trump a relevé la mise. Pour 2027, il réclame 1 500 milliards de dollars destinés au Pentagone. Une hausse de 50 % justifiée par des « temps dangereux » et par la volonté de bâtir une « armée de rêve ». Le message est clair : la supériorité militaire n’est plus un outil parmi d’autres, elle devient l’axe structurant de la politique américaine.
La pression sur l’industrie de l’armement
Cette ambition s’accompagne d’une mise au pas du complexe militaro-industriel. Trump a publiquement fustigé les rémunérations jugées « exorbitantes » des dirigeants du secteur, appelant à plafonner les salaires des cadres à cinq millions de dollars et à réorienter les profits vers l’investissement productif et l’augmentation des capacités industrielles. Washington a besoin d’armes, vite et en quantité.
La charge intervient alors que le nouveau secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a réuni les grands groupes du secteur pour évoquer les dérives budgétaires et les retards accumulés. Les exemples abondent : les sous-marins de classe Virginia de General Dynamics promis à un dépassement de 17 milliards de dollars, le programme F-35 de Lockheed Martin avec plus de 165 milliards de surcoûts et une décennie de retard, ou encore le missile intercontinental Sentinel de Northrop Grumman dont le coût a plus que doublé.
À lire aussi : TRIBUNE – Défense : Quand on veut, on peut !
Nouveaux acteurs, nouvelle logique
Sans toujours les nommer, Trump cible aussi les géants traditionnels jugés lourds et inefficaces, comme Raytheon, et laisse entendre qu’une place croissante pourrait être accordée à des acteurs plus jeunes et plus agiles, à l’image d’Anduril. Derrière cette inflexion se dessine une vision : une industrie de défense plus intégrée au projet politique trumpien, plus flexible et plus directement mobilisable au service d’une stratégie hégémonique.
Les dilemmes de la maxi-dépense
Reste une série de questions lourdes. Comment absorber un tel choc budgétaire ? Par une augmentation des effectifs ? Par de nouveaux programmes d’armement ? Par des investissements massifs dans les infrastructures militaires, éventuellement avec un recours accru aux capitaux privés ? Et comment concilier cette montée en puissance avec les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, alors même que les alliés de l’OTAN sont incités à porter leur effort militaire à 5 % du PIB et à acheter prioritairement des équipements américains pour soutenir l’Ukraine, Taïwan ou Israël ?
Trump affirme que les recettes issues des droits de douane permettront de financer l’essentiel de l’effort. Mais les chiffres peinent à convaincre : même en forte hausse, ces recettes restent très en deçà de ce qu’exigerait un bond de 50 % du budget du Pentagone. La question de la soutenabilité budgétaire se heurte en outre à l’obsession du contrôle de la dette publique, longtemps partagée par une partie du Parti républicain, tandis que l’opposition démocrate rejette toute nouvelle dérive des dépenses.
À lire aussi : Tribune : Derrière le budget 2024, le parfum de dictature devient plus fort
Le test politique des midterms
Enfin, cette stratégie devra passer l’épreuve des élections de mi-mandat. Un président à la popularité fragilisée peut-il se présenter en faiseur de paix tout en défendant un tel réarmement ? Les électeurs, confrontés à la pression sur les salaires, au coût de la vie et à l’inflation, suivront-ils encore ce virage ?
Puissance extérieure, fragilité intérieure
L’équation est brutale. Les forces armées peuvent garantir l’hégémonie à l’extérieur, mais les couvrir d’or ne garantit pas le consensus à l’intérieur. Dans un monde marqué par le retour des rivalités de puissance et par une « ère des prédateurs », l’annonce de Trump ressemble autant à une démonstration de force qu’à un pari risqué. Et rien ne dit qu’il pourra être tenu jusqu’au bout.
À lire aussi : ANALYSE – CIA et Pentagone : La guerre invisible qui façonne la politique étrangère américaine
#Trump, #Pentagone, #BudgetMilitaire, #DéfenseUS, #Militarisme, #ComplexeMilitaroIndustriel, #IndustrieDeDéfense, #StratégieAméricaine, #PolitiqueDeDéfense, #Trump2026, #Trump2027, #1_500Milliards, #BudgetPentagone, #ArméeDeRêve, #USMilitaryBudget, #Armement, #GuerreFroide2, #RelationsInternationales, #SécuritéNationale, #OTAN, #DroitsDeDouane, #CapitauxPrivés, #DéficitPublic, #DetteUS, #Fiscalité, #GAFAM, #Guerres, #Géopolitique, #Chine, #Russie, #AllianceAtlantique, #InnovationMilitaire, #Anduril, #LockheedMartin, #Raytheon

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
