DÉCRYPTAGE – Les raids sur l’île de Tendra et à Ochakiv et le mystère des prisonniers britanniques…

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le 28 juillet, les forces ukrainiennes ont tenté une incursion amphibie pour prendre possession de la langue de terre de l’île de Tendra (ou cordon de Tendra), à l’embouchure du Dniepr, à l’extrême ouest de la région de Kherson.
« Les forces spéciales ukrainiennes ont détruit des armes et du personnel russes lors d’une opération de combat », selon les services de renseignement militaire ukrainiens (GUR), cités le 29 juillet par le Kyiv Indépendant.
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« Dans la nuit du 28 juillet, des troupes de reconnaissance ont débarqué sur la péninsule de Tendra et ont éliminé les positions des forces d’occupation, ainsi que le personnel », a déclaré le GUR sur Telegram.
Les forces ukrainiennes ont également détruit un complexe de guerre électronique russe « Zont » et la station radar « Rosa », toujours selon le GUR, qui n’a pas précisé les pertes russes mais a qualifié l’opération de « débarquement audacieux », ajoutant que l’Ukraine n’avait subi aucune perte. Le drapeau ukrainien a été hissé sur l’île.
« Nous sommes ici, sur notre terre ukrainienne », déclare un agent après avoir débarqué avec succès sur l’île. « Les Ukrainiens reviennent et reprennent ce qui leur appartient. »
Les nouveaux canots rigides T-12 fournis par les alliés (par des organisations philanthropiques, comme l’indique le site du GUR) ont permis aux forces spéciales ukrainiennes d’« opérer là où on ne les attendait pas ». Le GUR avait déjà effectué un raid sur Tendra en août 2024, détruisant des véhicules blindés, des systèmes de guerre électronique et des fortifications russes.
Selon les Russes, l’opération aurait été un échec : les troupes ukrainiennes auraient été repoussées avec de lourdes pertes. Un détail important, selon des sources militaires russes citées par Sputnik : parmi les participants à l’opération figuraient des « mercenaires » britanniques, c’est-à-dire des conseillers militaires de Londres stationnés dans la ville côtière d’Ochakiv, dans l’oblast de Mykolaiv.
Ce n’est pas la première fois que la présence de militaires étrangers aux côtés des forces ukrainiennes est évoquée. Les Britanniques dans les régions de Mykolaïv et d’Odessa avaient déjà été signalés à plusieurs reprises. Les Russes leur attribuent de nombreuses attaques ukrainiennes par drones contre la Crimée et le port de Sébastopol.
L’implication de contractuels ou de conseillers militaires britanniques est un phénomène bien établi mais rarement documenté de manière officielle. Toutefois, l’emploi de personnel britannique dans une opération directe représente un saut qualitatif : non plus un simple soutien technique ou logistique, mais une participation active à une mission offensive au cœur de la mer Noire.
Quelques heures après l’échec de l’incursion, une attaque russe a frappé le port d’Ochakiv, d’où serait partie la mission ukrainienne. L’opération avait une double portée : militaire, pour neutraliser une base logistique avancée ; et symbolique, pour adresser un message clair à Kiev (et à ses parrains occidentaux). Moscou a démontré sa capacité à frapper avec précision au cœur des infrastructures maritimes ukrainiennes, là où les opérations spéciales sont préparées.
Le 30 juillet, la TASS a rapporté que les forces russes avaient attaqué le port d’Ochakiv, dans la région de Mykolaiv, d’où l’armée ukrainienne avait précédemment envoyé des troupes pour débarquer sur Tendra, selon Vladimir Saldo, gouverneur de Kherson.
« Hier soir, nos forces ont mené une puissante attaque chirurgicale contre le port ennemi d’Ochakiv. La cible était le site d’où le régime de Kiev avait récemment tenté d’envoyer des troupes d’assaut sur la péninsule de Tendra », a-t-il déclaré sur Telegram, ajoutant que des lance-roquettes multiples lourds avaient été utilisés, infligeant des pertes considérables aux troupes ukrainiennes.
Les médias ukrainiens comme RBC UA ont indiqué que « les troupes russes ont ouvert le feu sur Ochakiv avec un système de lance-roquettes multiples dans la nuit du 30 juillet ». Des incendies ont éclaté en ville et plusieurs maisons ont été endommagées, selon Vitalii Kim, chef de l’administration militaire régionale de Mykolaiv.
« À 00h20, dans la nuit du 30 juillet, la Russie a lancé une attaque de missiles sur la ville d’Ochakiv. En conséquence, 11 maisons privées, un immeuble résidentiel, trois voitures et cinq bâtiments agricoles ont été endommagés », a déclaré Kim, précisant qu’il n’y avait pas eu de victimes. Les Russes attaquent régulièrement Ochakiv à l’aide de MLRS, de drones et de missiles.
Des sources militaires russes sur Telegram (telles que Militarist et Krymsky Front), relayées par plusieurs médias, rapportent qu’une opération des Spetsnaz russes aurait été menée durant le bombardement : un raid de 15 minutes contre un centre de commandement ukrainien avec des bateaux rapides, détruisant le site et capturant au moins trois officiers britanniques.
L’opération, baptisée Skat-12, aurait été préparée pendant près de deux mois, incluant la surveillance de la cible où opéraient les Britanniques coordonnant l’usage de missiles et de drones. Ces mêmes sources affirment qu’ils auraient également été impliqués dans de vastes cyberattaques, notamment contre Aeroflot.
Toujours selon ces sources, les prisonniers comprendraient le colonel Edward Blake, officier des opérations psychologiques spéciales, le lieutenant-colonel Richard Carroll et un troisième officier non identifié, probablement un agent du MI6 agissant comme conseiller en cybersécurité.
Ces mêmes sources russes indiquent que le ministère britannique des Affaires étrangères aurait contacté celui de la Défense russe par des canaux non officiels pour réclamer la restitution de leurs officiers « disparus » en Ukraine. Londres soutiendrait qu’ils étaient en vacances, présents sur place pour des raisons touristiques et par pur hasard à Ochakiv.
Les Russes affirment que les détenus possédaient des cartes d’objectifs stratégiques en Russie, des plans de défense aérienne, des instructions secrètes pour collaborer avec les opérateurs de drones ukrainiens ainsi que des données cryptées et des enregistrements de communications avec l’état-major britannique.
C’est pourquoi – selon les sources russes – le ministre russe de la Défense Andreï Beloussov aurait répondu que les officiers britanniques ne seraient pas échangés. Moscou entend les traduire en justice pour participation à des actions militaires contre la Fédération de Russie.
Il est difficile de savoir ce qu’il y a de vrai dans les affirmations sur la capture des officiers britanniques et le raid russe à Ochakiv. Pour diverses raisons, les autorités russes, britanniques et ukrainiennes semblent peu disposées à confirmer, infirmer ou commenter publiquement cette affaire.
Selon Vladimir Saldo, l’action ukrainienne sur le cordon sablonneux de Tendra n’avait pas de réel objectif militaire, mais visait à faire du bruit médiatique. Reste qu’une opération de portée propagandiste semble avoir coûté des vies, du matériel et peut-être une perte de crédibilité tactique. Si, comme l’affirment les Russes, l’opération a échoué, l’effet obtenu est inverse.
L’absence de sources neutres rend impossible de déterminer clairement qui a triomphé ou échoué dans ce petit affrontement sur une langue de sable.
Par le passé, les Ukrainiens n’ont pas hésité à envoyer des troupes sur la rive sud du Dniepr et sur les îlots sablonneux à l’embouchure du fleuve pour montrer qu’ils pouvaient garder l’initiative dans une zone où ils n’ont jamais réussi à établir une véritable tête de pont.
L’intérêt stratégique pour le cordon de Tendra et celui voisin de Kinburn n’est pas fortuit. Ces bancs de sable, situés entre l’embouchure du Dniepr et l’estuaire du Boug méridional, ont une valeur militaire pour le contrôle du trafic maritime, la protection côtière et les opérations amphibies dans des eaux cruciales pour l’accès de l’Ukraine à la mer Noire.
L’épisode de Tendra montre que le conflit en Ukraine donne une visibilité croissante à de petites missions risquées, davantage utiles à la propagande qu’à un gain territorial.
Pour la Russie, Ochakiv, comme d’autres ports de la mer Noire, est essentiel pour perturber le flux d’armes, d’aide et de logistique à destination de l’Ukraine. Le frapper revient à affaiblir la capacité de Kiev à mener des opérations dans ce secteur.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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