DÉCRYPTAGE – Russie/Ukraine : La guerre des missiles et le retour de l’industrie comme destin stratégique

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Pendant de nombreux mois, dans les capitales occidentales, on a entretenu une conviction rassurante : la Russie allait bientôt épuiser ses missiles guidés. C’était une prévision commode, utile à la communication politique et au maintien du moral du front ukrainien. Mais les chiffres racontent aujourd’hui une autre histoire. En cinquante et un mois de guerre, Moscou aurait lancé contre l’Ukraine environ 5 800 missiles guidés, drones exclus. L’arsenal russe a certes subi un choc très dur : à la mi-2023, les stocks seraient descendus à un minimum estimé entre 750 et 850 unités, soit presque deux tiers de moins que le niveau antérieur à la guerre. Pourtant, précisément au moment où de nombreux observateurs occidentaux prévoyaient l’épuisement, la machine industrielle russe a changé de rythme.
Selon les estimations ukrainiennes, en juin 2025, la Russie disposait déjà de plus de 1 950 missiles stratégiques. En avril 2026, en croisant production et tirs, le patrimoine de missiles modernes serait revenu autour de 2 100 unités. Il ne s’agit pas seulement d’un retour quantitatif. La donnée la plus importante est qualitative : les missiles produits à partir de 2023 incorporent des contre-mesures électroniques, de faux leurres thermiques, des modifications des profils de vol et des solutions pensées pour réduire l’efficacité de la défense aérienne ukrainienne. En substance, Moscou n’a pas seulement reconstitué ses stocks : elle a transformé l’expérience opérationnelle en adaptation industrielle.
C’est le point central. L’arsenal russe consommé en 2022 n’a pas simplement été remplacé. Il a été substitué par un arsenal plus cohérent avec une guerre longue, plus attentif à la survie des vecteurs, plus capable de saturer et de désorienter les systèmes occidentaux livrés à Kiev.
Une force balistique hétérogène, mais non improvisée
L’arsenal russe utilisé contre l’Ukraine comprend neuf grandes familles de missiles et trois générations technologiques. À première vue, cette hétérogénéité pourrait sembler un signe de désordre : systèmes soviétiques, missiles modernisés, vecteurs hypersoniques, armes navales utilisées contre des objectifs terrestres. En réalité, c’est précisément cette variété qui rend le dispositif russe résistant à l’usure.
Les missiles de croisière lancés par l’aviation, en particulier les Kh-101 et Kh-555, restent des instruments essentiels de la profondeur stratégique. Le Kh-101, connu dans le cadre atlantique sous le nom d’AS-23A Kodiak, est lancé par les bombardiers Tu-95MS et Tu-160. Il possède une portée estimée entre 4 000 et 5 000 kilomètres, une précision théorique comprise entre 5 et 10 mètres, et montait initialement une charge d’environ 450 kilogrammes. Depuis 2024, selon l’analyse des fragments, l’ogive aurait été portée à environ 800 kilogrammes, réduisant la portée mais augmentant l’effet destructeur. Depuis janvier 2023, les versions opérationnelles auraient intégré de faux leurres thermiques et des systèmes de brouillage électronique afin de réduire leur vulnérabilité aux missiles à guidage infrarouge.
Le Kh-555, dérivé de l’ancien Kh-55 soviétique, représente au contraire le visage de la modernisation d’un héritage militaire antérieur. Il est moins avancé que le Kh-101, mais permet d’élargir la masse de feu et d’employer des vecteurs disponibles sans entamer uniquement les stocks les plus précieux. La production de Kh-101 montre le saut industriel russe : en 2021, environ 56 unités étaient produites par an ; en 2025, près de 700 missiles auraient été contractualisés auprès du bureau Raduga. C’est une multiplication énorme, qui signale le passage d’une production d’entretien à une production de guerre.
Kalibr, Oniks et la centralité de la mer
Sur le front naval, la famille Kalibr reste l’un des piliers des capacités russes. Le Kalibr, connu sous les appellations SS-N-27 ou SS-N-30A, est développé par le bureau Novator. La variante 3M-14, destinée à l’attaque terrestre, possède une portée estimée entre 1 500 et 2 500 kilomètres. La variante antinavire 3M-54 dispose en revanche d’une phase terminale supersonique, capable d’atteindre environ Mach 2,9.
Ces missiles sont lancés depuis les corvettes Buyan-M, les frégates de classe Admiral Grigorovich et les sous-marins des classes Kilo et Yasen. La Russie les avait déjà utilisés en Syrie à partir de 2015, les transformant en symbole de sa capacité à frapper à distance depuis la mer. En Ukraine, ils ont joué un rôle constant dans les attaques contre les infrastructures énergétiques, les dépôts, les centres de commandement et les nœuds logistiques.
En avril 2024, le renseignement militaire ukrainien estimait le patrimoine russe de Kalibr à environ 270 unités, avec une production mensuelle comprise entre 30 et 40 missiles. Des documents d’appel d’offres ultérieurs auraient indiqué deux contrats : 240 missiles entre 2022 et 2024, puis 450 autres entre 2025 et 2026. Le message est clair : Moscou ne considère pas le Kalibr comme une ressource résiduelle, mais comme une capacité structurelle à alimenter dans le temps. Il existe en outre un projet Kalibr-M, avec une portée potentielle allant jusqu’à 4 500 kilomètres, qui élargirait encore la profondeur stratégique de la marine russe.
Encore plus problématique pour la défense ukrainienne est le P-800 Oniks, missile supersonique initialement conçu pour des cibles navales mais pouvant également être employé contre des objectifs terrestres. Entré en service en 2002, développé par NPO Machinostroïenia, il vole à environ Mach 2,5 en profil rasant, peut descendre à 10-20 mètres du sol ou de la mer et dispose d’un radar actif dans la phase terminale. Lancé aussi depuis le système côtier Bastion-P déployé en Crimée, l’Oniks a montré une très forte capacité de pénétration.
Selon les données attribuées au commandement ukrainien, seuls 12 Oniks sur 211 lancés auraient été interceptés, soit environ 5,69 %. C’est l’un des taux d’abattage les plus faibles de tout l’arsenal russe. L’explication est technique mais aussi tactique : vitesse supersonique, basse altitude, manœuvres d’évitement, temps de réaction minimal pour les batteries ukrainiennes. La variante Oniks-M, avec une portée potentielle allant jusqu’à 800 kilomètres et des capteurs modernisés, serait en production depuis 2019. En juin 2025, le patrimoine russe d’Oniks était estimé autour de 700 unités, avec une production d’environ 10 missiles par mois.
Le vieil arsenal soviétique comme réserve stratégique
Dans le cadre russe, les systèmes anciens, apparemment marginaux, mais encore utiles, ne manquent pas. Le P-270 Moskit, connu sous le nom de SS-N-22 Sunburn, est un missile supersonique antinavire développé dans les années 1970 et entré en service dans les années 1980. Propulsé par statoréacteur à carburant liquide, il peut atteindre Mach 2,35 en vol rasant et effectuer des manœuvres d’évitement à haute intensité. Il porte une charge d’environ 320 kilogrammes et, par le passé, était aussi prévu en configuration nucléaire.
Le Moskit ne semble pas avoir été employé de manière confirmée contre l’Ukraine entre 2022 et 2025. Son utilité est limitée par une portée relativement réduite, entre 93 et 250 kilomètres, et par son vieillissement progressif. Il reste toutefois significatif pour comprendre la profondeur des arsenaux russes : Moscou conserve des vecteurs hérités de l’Union soviétique, certains en déclin, d’autres modernisés, d’autres encore convertis à des usages différents de ceux pour lesquels ils avaient été conçus. L’ancien n’est pas automatiquement écarté. Il est conservé, adapté ou utilisé comme réserve.
Cette logique concerne également les Kh-22 et Kh-32, lancés par les bombardiers Tu-22M3. Le Kh-22 est un missile de l’époque soviétique, à propulsion liquide, né pour frapper de grandes unités navales. Le Kh-32 en représente la modernisation. Son profil est extrêmement difficile à contrer : montée jusqu’à environ 40 kilomètres d’altitude, puis piqué terminal à une vitesse autour de Mach 4. Selon les données disponibles, seuls 2 missiles sur 362 Kh-22 et Kh-32 lancés auraient été interceptés entre 2022 et août 2024, soit 0,55 %. La Russie moderniserait les Kh-22 en Kh-32 à un rythme d’environ 10 unités par mois. En juin 2025, le patrimoine estimé était d’environ 280 unités.
Ce ne sont pas toujours des armes précises. Mais dans une guerre d’usure, la précision n’est pas le seul critère. Il compte aussi de contraindre l’ennemi à réagir, de consommer des intercepteurs, de protéger des infrastructures, de disperser les systèmes défensifs et de vivre en alerte permanente.
Iskander : le cœur balistique du théâtre ukrainien
L’Iskander-M, désigné SS-26 Stone, est le missile balistique de théâtre le plus important de l’arsenal russe. La version 9M723 possède une portée d’environ 500 kilomètres, une charge d’environ 480 kilogrammes et une précision estimée entre 2 et 7 mètres. Sa trajectoire quasi balistique, avec capacité de manœuvre pendant le vol, rend l’interception difficile même pour des systèmes avancés.
Ici, le saut productif est impressionnant. En mai 2023, la Russie ne produisait que quelques unités par mois. En août de la même année, selon des déclarations ukrainiennes, la production avait déjà été multipliée par six. En juin 2025, le rythme estimé se situait entre 60 et 70 Iskander-M par mois. Par rapport à 2022, on parle d’une augmentation supérieure à 1 000 %. Les documents d’appel d’offres indiqueraient au moins 303 Iskander-M supplémentaires contractualisés pour la période 2024-2025.
À cela s’ajoute la possible production, à partir de la fin de 2025, d’une version à plus longue portée, désignée Iskander 1000. Si elle est confirmée, cette évolution aurait des implications considérables : non seulement pour l’Ukraine, mais pour l’ensemble du front oriental européen. Un système terrestre à portée étendue modifierait la vulnérabilité des arrières, des bases, des nœuds logistiques et des infrastructures militaires en profondeur.
À côté de l’Iskander-M existe l’Iskander-K, qui utilise des missiles de croisière terrestres 9M728 et 9M729. En 2025, le renseignement ukrainien estimait une production d’environ 20 Iskander-K par mois. La variante 9M729, qui selon Washington aurait une portée supérieure à 500 kilomètres, fut l’une des causes de la fin du traité sur les forces nucléaires intermédiaires en 2019. Elle nécessiterait des lanceurs spécifiques Iskander-M1 et élargirait encore la profondeur de l’arsenal terrestre russe.
Kinzhal et Zircon : le niveau hypersonique
Le Kh-47M2 Kinzhal est un missile aérobalistique lancé par MiG-31K. Il peut atteindre des vitesses supérieures à Mach 10 et une portée estimée entre 1 500 et 2 000 kilomètres. Sa phase terminale manœuvrante rend l’interception complexe. Il n’est pas invulnérable, contrairement à ce que certaines propagandes ont soutenu, mais il oblige la défense aérienne à opérer dans des conditions extrêmes, avec des temps de réaction réduits et des coûts élevés.
Là encore, la donnée productive compte. Au début de 2023, la production estimée était d’environ 2 unités par mois. En 2025, elle serait montée à environ 15 unités mensuelles. En juin 2025, le stock estimé était d’environ 150 Kinzhal. Ce n’est pas une masse énorme, mais elle suffit à maintenir une menace constante contre des objectifs sélectionnés et à haute valeur.
Le 3M-22 Zircon représente en revanche le secteur hypersonique naval. Missile de croisière hypersonique pouvant être lancé depuis des frégates et des sous-marins, avec une vitesse estimée entre Mach 8 et Mach 9, il aurait une portée d’environ 1 000 kilomètres. En avril 2024, les estimations ukrainiennes indiquaient un stock d’environ 40 unités et une production de 10 par mois. Les données disponibles attribuent à l’Ukraine un taux d’interception nul contre ce système. En mars 2024, deux Zircon auraient atteint Kiev en couvrant 580 kilomètres en environ trois minutes.
L’importance de Kinzhal et Zircon ne réside pas seulement dans leur nombre. Elle réside dans leur fonction stratégique : démontrer que la défense occidentale ne peut garantir une couverture totale, surtout contre des vecteurs très rapides, manœuvrants et employés en combinaison avec d’autres systèmes.
La chronologie de l’usure et de la reconstitution
Au début de la guerre, en février 2022, les estimations attribuaient à la Russie environ 2 000 à 2 300 missiles stratégiques guidés. La production de temps de paix était modeste : environ 56 Kh-101, 120 Kalibr et 10 à 15 Iskander-M par an. Moscou a lancé l’invasion en pensant à une guerre brève. Par conséquent, elle a consommé rapidement ses stocks.
Entre février et novembre 2022, les tirs mensuels ont souvent dépassé 100 à 220 unités, soit quatre ou cinq fois la capacité productive du moment, estimée autour de 40 à 50 missiles par mois. À la mi-octobre 2022, environ 500 Kalibr avaient déjà été lancés. Les campagnes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes de l’automne et de l’hiver 2022 ont consommé plus de mille missiles et drones en trois mois. À la fin de 2022, les stocks russes seraient descendus à environ 1 400-1 500 unités.
Entre décembre 2022 et juin 2023, le point le plus délicat a été atteint. Les tirs ont baissé à environ 50-70 missiles par mois. Ce n’était pas une pause stratégique, mais un rationnement. En mai 2023, le renseignement ukrainien estimait le patrimoine combiné de missiles de croisière et balistiques, hors Kh-22 et Oniks, à seulement 181 unités. Les Kinzhal étaient produits au rythme d’environ 2 par mois, les Iskander-M à quelques unités mensuelles. En Occident, on parlait d’un épuisement imminent d’ici la fin de 2023. Mais cette prévision n’a pas tenu compte de la capacité russe à reconvertir son système productif.
De juillet 2023 à décembre 2024 a commencé la remontée. La production d’Iskander-M a été multipliée. Les Kh-101 ont atteint environ 40 unités par mois. L’usine de Votkinsk a ouvert de nouveaux départements, recruté environ 2 500 personnes et importé des machines à commande numérique via la Chine, Taïwan et la Biélorussie, en contournant les contraintes des sanctions. En avril 2024, le renseignement ukrainien confirmait un stock russe d’environ 950 missiles stratégiques d’une portée supérieure à 350 kilomètres. En décembre 2024, ce chiffre montait à environ 1 400 unités.
De janvier 2025 à avril 2026, la reconstitution est devenue structurelle. En juin 2025, la production mensuelle globale était estimée autour de 195 missiles. La production annuelle combinée d’Iskander-M et de Kinzhal oscillait entre 840 et 1 020 unités. Les Kh-101 atteignaient environ 720 à 750 unités annuelles. Les campagnes de l’hiver 2025-2026 ont montré la nouvelle capacité : 270 missiles lancés en octobre 2025, 214 en novembre 2025, 288 en février 2026. Malgré ces pics, les mois moins intenses ont permis à Moscou de reconstituer ses stocks. En mars 2026, 12 missiles balistiques auraient été lancés sans interception réussie.
Le tableau d’ensemble est donc clair. En 2022, la Russie brûlait plus de missiles qu’elle n’en produisait. En 2023, elle a atteint son point bas. À partir de 2024, elle a inversé la courbe. Depuis 2025, elle produit plus qu’elle ne consomme lors des mois ordinaires et parvient à soutenir des campagnes de saturation pendant les mois de pic.
L’aide extérieure : Iran et Corée du Nord
La reconstitution russe ne s’explique pas seulement par la production nationale. Depuis 2022-2023, Moscou a bénéficié des drones Shahed-136 iraniens, employés en masse pour saturer la défense ukrainienne. Depuis 2023 s’y ajoutent les missiles balistiques nord-coréens KN-23, documentés à quelques dizaines d’unités selon les estimations disponibles.
Cet élément est souvent sous-estimé. Les drones iraniens ne remplacent pas les missiles russes, mais les complètent. Ils coûtent moins cher, peuvent être utilisés en essaims, obligent Kiev à consommer des munitions antiaériennes et préparent le terrain à l’arrivée de vecteurs plus coûteux. Les missiles nord-coréens, malgré leurs limites de précision et de fiabilité, ajoutent de la masse balistique. C’est la logique de la guerre industrielle : ce n’est pas seulement l’arme parfaite qui compte, mais l’effet cumulatif de systèmes différents.
Le rapport économique entre attaque et défense
La question la plus grave pour l’Occident est économique. Intercepter un missile russe coûte souvent plus cher que le produire. Un Iskander-M peut coûter environ 1,5 million de dollars. Pour l’abattre, il peut falloir deux ou trois intercepteurs Patriot PAC-3 MSE, chacun coûtant environ 4 millions de dollars. Le coût défensif peut donc atteindre 8 à 12 millions de dollars pour neutraliser un missile offensif bien moins cher.
Le rapport s’aggrave avec les Kh-22, Kh-32 et Zircon. Des vecteurs difficiles à intercepter obligent à consommer des munitions coûteuses, souvent sans garantie de succès. Le rapport défense-attaque peut dépasser 20 contre 1. Cela signifie que même lorsque l’Ukraine abat un missile, la Russie peut malgré tout avoir obtenu un résultat économique : contraindre l’adversaire à consommer des ressources plus précieuses.
La production mondiale d’intercepteurs Patriot, PAC-2 et PAC-3 serait d’environ 850 unités par an et devrait atteindre environ 1 470 seulement en 2029. L’Europe pourrait recevoir environ 400 à 500 intercepteurs Patriot par an. Même en admettant une efficacité élevée, cela permettrait de détruire au maximum 200 à 250 missiles balistiques russes par an, alors que Moscou en produirait plus d’un millier en considérant les Iskander, Kinzhal et autres vecteurs balistiques ou aérobalistiques.
Pour maintenir les niveaux actuels de défense, l’Ukraine aurait besoin de milliers de missiles sol-air par an, jusqu’à environ 4 800 selon certaines estimations. C’est un chiffre difficilement soutenable avec les transferts occidentaux actuels. C’est ici que la guerre entre dans son noyau géoéconomique : il ne suffit pas de livrer des systèmes avancés ; il faut produire continuellement des munitions, des pièces de rechange, des radars, des lanceurs et des composants électroniques.
La défense ukrainienne face au problème de la saturation
L’Ukraine a construit une défense aérienne stratifiée, combinant systèmes soviétiques résiduels, batteries occidentales, Patriot, Nasams, Iris-T, SAMP/T et artillerie antiaérienne. Mais elle doit défendre un territoire immense. Les villes, les centrales électriques, les ponts, les voies ferrées, les dépôts, les aéroports, les industries et les centres de commandement ne peuvent pas tous être couverts de la même manière.
La Russie a appris à exploiter cette vulnérabilité. Les attaques combinent drones, faux leurres, missiles de croisière, missiles balistiques, vecteurs supersoniques et hypersoniques. L’objectif n’est pas seulement de frapper. Il est de contraindre Kiev à choisir. Protéger une centrale ou un dépôt ? Une ville ou un arrière militaire ? Utiliser un intercepteur coûteux contre une cible de valeur incertaine ou risquer l’impact ?
La saturation n’est pas un détail tactique. C’est une doctrine. Lorsque l’attaquant dispose de nombreuses familles de vecteurs, il peut varier les routes, les altitudes, les vitesses, les horaires et les modes d’emploi. Le défenseur doit en revanche maintenir une vigilance continue et employer des munitions précieuses dans des conditions d’incertitude. Chaque erreur coûte des infrastructures. Chaque succès coûte des intercepteurs.
La comparaison américaine et le problème des stocks
La trajectoire russe devient encore plus significative si on la compare à celle des États-Unis. Les États-Unis restent la première puissance militaire mondiale, mais Washington doit lui aussi faire face à une vérité inconfortable : les guerres modernes consomment les munitions de précision plus rapidement que les industries occidentales ne parviennent à les produire.
L’exemple cité concerne l’opération américaine contre l’Iran en 2026, décrite comme un conflit capable de brûler en quelques semaines une part considérable des stocks accumulés pendant des années. Selon certaines estimations, les États-Unis auraient employé environ 1 100 missiles Tomahawk, soit presque un tiers d’un stock total estimé entre 3 000 et 3 500 unités. Face à cette consommation, le budget 2025 ne prévoyait que 57 Tomahawk. Si le rythme de production reste aussi faible, il faudrait des années pour reconstituer les stocks.
Le problème ne concerne pas seulement les Tomahawk. L’emploi massif d’intercepteurs Patriot, de missiles sol-sol, de systèmes antimissiles et de munitions de précision peut vider des dépôts qui avaient été pensés pour des guerres courtes ou pour la dissuasion, non pour des conflits prolongés de haute intensité. Si les États-Unis doivent soutenir l’Ukraine, garantir Israël, contenir l’Iran, maintenir des bases en Europe et se préparer à une éventuelle confrontation dans le Pacifique avec la Chine, alors la question des stocks devient stratégique.
C’est ici que la guerre en Ukraine dépasse le théâtre ukrainien. Elle démontre que même la superpuissance américaine peut se trouver devant un dilemme : quel front alimenter en premier ? Quel allié réapprovisionner avant les autres ? Quelle munition préserver ? Quelle capacité sacrifier temporairement ? La puissance militaire ne se mesure plus seulement au nombre de porte-avions, d’avions furtifs ou de brigades blindées. Elle se mesure à la capacité de produire, chaque mois, ce que la guerre consomme chaque semaine.
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