
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La revanche sur l’ère Obama
C’est au Moyen-Orient que Donald Trump a peut-être signé ses succès diplomatiques les plus spectaculaires. En rompant brutalement avec la politique d’Obama, qui cherchait une coexistence prudente avec l’Iran et un timide encouragement aux réformes dans le monde arabe, Trump a rétabli la logique des blocs et des affrontements.
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L’Iran, naguère partenaire du dialogue nucléaire de 2015, est redevenu l’ennemi régional numéro un. Dans le même temps, l’alliance avec l’Arabie saoudite et, plus encore, avec Israël, a été élevée au rang de pilier sacré de la stratégie américaine. Peu importait alors la question palestinienne, reléguée au silence par les bombes et par la diplomatie des deals.
En 2018, Trump a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, acte symbolique destiné à graver dans le marbre ce que lui-même qualifiait de “simple reconnaissance de la réalité”. Quelques mois plus tard, il sortait unilatéralement de l’accord nucléaire iranien et ordonnait l’élimination du général Qasem Soleimani, figure centrale des Gardiens de la révolution. Mais c’est surtout avec les “Accords d’Abraham” qu’il a remodelé la carte politique de la région. En favorisant la reconnaissance d’Israël par les Émirats arabes unis, Bahreïn, puis le Maroc et le Soudan, il a inauguré une ère nouvelle de coopération économique, militaire et technologique, bâtie sur la marginalisation de la cause palestinienne et l’obsession commune de contenir l’Iran.
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L’héritage empoisonné de Gaza
Joe Biden a poursuivi cette ligne tout en affichant un ton plus critique envers Israël. Mais le 7 octobre a bouleversé les équilibres : l’attaque de Hamas, les massacres de civils israéliens et la riposte dévastatrice de Tsahal à Gaza ont révélé l’impuissance américaine. L’administration Biden, incapable de freiner Benjamin Netanyahou, a vu s’effondrer toute prétention morale face à la tragédie humanitaire. En parallèle, les colons israéliens ont intensifié leurs violences en Cisjordanie, tandis que Tel-Aviv multipliait les frappes contre le Hezbollah et même contre des cibles iraniennes.
La conséquence stratégique fut paradoxale : l’Arabie saoudite, qui rêvait hier encore d’un rapprochement avec Israël, s’est rapprochée de Téhéran sous l’égide de la Chine. Dans ce paysage recomposé, Trump, revenu à la Maison-Blanche, a trouvé un électorat républicain plus fidèle que jamais mais un Parti démocrate fracturé, miné par la révolte de sa base progressiste contre l’alliance “sacrée” avec Israël.
Un axe des droites radicales
Entre Washington et Tel-Aviv s’est scellée une convergence idéologique profonde : celle des droites radicales qui partagent un même discours identitaire et messianique. Trump, dans sa seconde présidence, a validé les ambitions maximalistes de Netanyahou, acceptant implicitement l’idée d’une domination totale sur Gaza et la Cisjordanie. Certaines figures de son entourage, telle Elise Stefanik, ont même invoqué le “droit biblique” d’Israël sur la Judée-Samarie. Sous couvert de lutte contre l’Iran, l’administration américaine a autorisé des frappes conjointes contre des installations nucléaires iraniennes, dont le site souterrain de Fordow, et a participé directement à une guerre éclair, lourde de conséquences régionales.
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La contradiction impériale
Cette guerre a exposé une fracture interne au trumpisme. Tandis que Marco Rubio et d’autres faucons célébraient la croisade contre Téhéran, des figures comme Tulsi Gabbard, Steve Bannon ou Tucker Carlson dénonçaient une trahison du serment originel : celui de ne plus impliquer l’Amérique dans des guerres étrangères. Ce contraste met en lumière l’ambivalence du projet trumpien : isolationniste dans la rhétorique, impérial dans les actes. La promesse de “ramener les boys à la maison” s’est dissoute dans la vieille logique de l’ingérence.
Un empire sous contrainte
Derrière l’apparente toute-puissance, les États-Unis demeurent prisonniers de leurs dépendances économiques. Trump prêche le “découplage” d’avec la Chine et la relocalisation industrielle, mais les chaînes d’approvisionnement mondiales ne se réinventent pas par décret. Le renchérissement des importations frappe le consommateur américain, dont la confiance s’effondre, tandis que le coût du crédit explose sous le poids d’une dette publique dépassant 120 % du PIB. Les marchés, inquiets, sanctionnent Washington par la hausse des taux et par une méfiance accrue des créanciers étrangers, notamment japonais.
L’interdépendance que Trump prétend briser se retourne contre lui : l’économie américaine dépend toujours des terres rares chinoises pour ses technologies, ses énergies vertes et même son arsenal militaire. Dans le même temps, son approche impériale renforce des partenaires régionaux – Israël, l’Arabie saoudite ou la Russie – qui deviennent des acteurs autonomes, capables d’utiliser l’Amérique pour leurs propres objectifs. Netanyahou entraîne Washington dans sa guerre contre l’Iran, tandis que Poutine, profitant du désengagement américain en Ukraine, consolide son avantage.
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De l’empire extérieur à l’autoritarisme intérieur
Cette imbrication entre politique étrangère et politique intérieure illustre ce que certains chercheurs appellent la logique “intermestic” : un mélange d’international et de domestique. Chez Trump, la domination à l’extérieur s’accompagne d’un autoritarisme croissant à l’intérieur.
L’empire, pour survivre, doit discipliner non seulement ses vassaux, mais aussi ses citoyens. Ainsi se dessine la cohérence finale du projet trumpien : une Amérique qui, tout en déniant le multilatéralisme, se rêve en empire du chaos, maître des flux économiques, des récits médiatiques et des allégeances idéologiques. Une Amérique qui, pour rester dominante, accepte le désordre — à condition qu’il soit le sien.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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