DÉCRYPTAGE – Ukraine, la paix refusée et le retour des grandes puissances

Négociation USA Ukraine
Capture d’écran

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Moscou et Washington contre la trêve tactique

Le président Trump a déclaré dimanche que les pourparlers de paix visant potentiellement à mettre fin à la guerre en Ukraine sont sur le point d’être actés.

Le président Zelensky et Trump, réunis ce dimanche en Floride, ont mentionné les progrès réalisés sur un plan en 20 points tout en reconnaissant les questions non résolues concernant le territoire, les termes du cessez-le-feu et l’approbation finale.

« Nous pourrions être très proches », a confirmé Trump. « Il y a un ou deux problèmes très épineux, des problèmes très difficiles. Mais je pense que nous nous débrouillons très bien. »

Mais dans les faits, une nouvelle fois, Zelensky poussé par les Européens, semble encore bloquer la mise en place d’un cessez-le-feu…

La position exprimée par le Kremlin après l’appel téléphonique du 28 décembre, avant l’arrivée de Zelensky en Floride, entre Vladimir Poutine et Donald Trump marque un tournant politique qui dépasse la simple chronique diplomatique. La Russie et les États-Unis, bien que partant de positions officiellement opposées, convergent sur un point essentiel : le cessez-le-feu temporaire proposé par Kiev et soutenu par plusieurs capitales européennes n’est pas considéré comme une étape vers la paix, mais comme un mécanisme de gel du conflit destiné à le prolonger. Dans la lecture partagée par Moscou et Washington, une trêve limitée dans le temps offrirait surtout à l’Ukraine et à ses soutiens européens la possibilité de se réorganiser militairement et de redéfinir l’assistance occidentale, en repoussant l’affrontement décisif.

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Le Donbass comme ligne rouge politique et stratégique

Le cœur du problème reste le Donbass. Pour le Kremlin, il ne s’agit pas d’une monnaie d’échange, mais de l’objectif politique et symbolique de la guerre. L’hypothèse, évoquée dans certains milieux économiques russes, d’éventuels ajustements territoriaux limités en dehors de cette zone ne modifie pas la ligne de fond : Moscou exige l’ensemble du Donbass comme base de tout accord futur. Cette exigence reflète non seulement une évaluation militaire, mais aussi une nécessité de légitimation interne. Après des années de guerre et de sanctions, le pouvoir russe ne peut se permettre une paix perçue comme un renoncement à l’objectif proclamé.

La position américaine : Mettre fin à la guerre, pas la gérer

La convergence américaine sur ce point constitue l’élément politiquement le plus significatif. Selon la version russe, Trump aurait écouté attentivement les évaluations du Kremlin et partagé l’idée qu’une trêve temporaire serait contre-productive. L’intérêt américain semble se déplacer vers un cadre plus large : mettre fin à la guerre afin d’ouvrir des perspectives de coopération économique et stratégique. Dans cette logique, l’Ukraine n’est plus seulement un front militaire, mais une variable d’un réajustement plus général des relations entre les États-Unis et la Russie, avec une Europe reléguée à un rôle secondaire.

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Zaporizhia, énergie et pouvoir

Dans ce contexte s’inscrit également la question de la centrale nucléaire de Zaporizhia, la plus grande d’Europe. L’hypothèse d’une gestion conjointe russo-américaine ne relève pas d’un simple détail technique, mais constitue un signal géopolitique fort. L’énergie devient un instrument de pouvoir et un levier de négociation, capable de redéfinir les rapports de force et les dépendances. L’idée d’utiliser l’installation à la fois pour approvisionner l’Ukraine et pour des activités industrielles à forte consommation énergétique montre à quel point la dimension économique est désormais indissociable de la dimension militaire.

Zelensky pris entre alliés et réalités

Pour Volodymyr Zelensky, l’espace de manœuvre politique se réduit. Les discussions avec Washington ont permis d’élaborer un plan structuré, mais les nœuds décisifs demeurent : le Donbass et Zaporizhia. Accepter les conditions russes impliquerait un tournant traumatisant sur le plan intérieur et institutionnel ; les refuser risque toutefois d’isoler Kiev, au moment même où le soutien américain paraît plus conditionnel et moins aligné sur les positions européennes.

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L’Europe en marge du processus

Les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, mettent en lumière une fracture désormais évidente. Pour Moscou, l’Union européenne constitue le principal obstacle à la paix, car elle continue de raisonner en termes de pression militaire et de maintien du front ukrainien. Au-delà de la rhétorique, le fait politique est que le dialogue réel se déroule entre Washington et Moscou. L’Europe risque de rester spectatrice, enfermée dans une ligne de principe qui ne se traduit pas en capacité de négociation.

Évaluation géopolitique

Le rejet du cessez-le-feu temporaire révèle une vérité dérangeante : cette guerre ne se conclura ni par des pauses tactiques ni par des solutions intermédiaires, mais par une redéfinition des équilibres territoriaux et de sécurité en Europe orientale. La Russie et les États-Unis, bien que pour des raisons différentes, semblent l’avoir compris. L’Europe, en revanche, pas encore — ou pas entièrement. Et c’est précisément là que se joue l’enjeu le plus large : non seulement l’avenir de l’Ukraine, mais le rôle même de l’Occident dans la gestion des conflits sur le continent européen.

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