ÉCONOMIE – L’Afrique, nouveau terrain de Jeu des banques américaines

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Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Alors que l’Europe, lasse ou désabusée, s’efface lentement du continent africain, les États-Unis, eux, avancent prudemment mais sûrement. Leur démarche est mesurée, parfois teintée d’hésitation, notamment dans le secteur de la banque de détail, mais les ambitions sont là, portées par des visions stratégiques et des intérêts géopolitiques.

En octobre 2024, Jamie Dimon, PDG de JP Morgan, cette forteresse de Wall Street, la plus grande banque au monde, annonçait : « Nous voulons étendre notre présence en Afrique tous les deux ou trois ans. » L’assertion avait des airs de promesse, presque d’avertissement. À ses côtés, d’autres géants nord-américains, Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, scrutent le vaste territoire africain avec l’appétit des pionniers.

Les promesses d’un continent

L’Afrique, terre d’opportunités pour certains, reste un défi pour d’autres. Yvonne Ike, à la tête des activités de Bank of America en Afrique subsaharienne, dépeint un tableau presque idyllique :

« Le continent offre d’immenses opportunités, notamment dans les minéraux critiques, la technologie, l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures. »

 Et de citer la Côte d’Ivoire, étoile montante de l’Afrique francophone, dotée d’une économie diversifiée, d’un secteur privé en effervescence et d’une monnaie stable. Ike y voit l’avenir, tout comme au Sénégal, où les promesses de développement attirent déjà les regards des investisseurs.

Mais derrière cet enthousiasme, les faits demeurent implacables : les banques américaines restent pour l’instant spectatrices sur le terrain de la banque de détail. Otaviano Canuto, ancien vice-président de la Banque mondiale, ne mâche pas ses mots : « Le taux de rendement dans ce secteur n’est pas attractif. Les autorités américaines, impitoyables face à toute opacité, découragent de telles incursions. »

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Un jeu d’influence discret mais puissant

Loin des guichets bancaires et des petits comptes, les grandes institutions américaines ont trouvé leur terrain de prédilection : les fusions-acquisitions et les conseils stratégiques aux gouvernements africains. Citigroup, par exemple, brille par son ancienneté sur le continent, avec une présence remontant à 1920. Aujourd’hui, elle s’impose comme une figure de proue, accompagnant multinationales et entreprises locales dans des secteurs-clés tels que les infrastructures, l’agriculture ou encore la santé.

Au premier semestre 2024, les cinq principales banques conseillant les fusions-acquisitions en Afrique subsaharienne étaient toutes américaines. Des opérations gigantesques, comme le rachat de Multichoice par Canal+, orchestré par Bank of America et JP Morgan, témoignent de cette mainmise.

Des villes comme Dubaï, véritables hubs financiers, servent désormais de ponts entre les entreprises africaines et les marchés asiatiques

À l’horizon, un projet cristallise toutes les attentions : la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA). « Lorsque les marchés des capitaux se développeront et que les banques centrales s’intégreront, le ratio risque-rendement deviendra extrêmement attractif », prévoit Canuto.

Pour l’heure, les banques américaines misent sur des circuits déjà en plein essor, notamment les liens entre l’Afrique et le Moyen-Orient.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022 et 2023, les pays du Golfe ont injecté 113 milliards de dollars en Afrique, surpassant les investissements de toute la décennie précédente. Des villes comme Dubaï, véritables hubs financiers, servent désormais de ponts entre les entreprises africaines et les marchés asiatiques.

Les enjeux de demain

Toutefois, l’avenir n’est pas sans ombre. Les incertitudes politiques aux États-Unis, avec l’éventualité d’un retour de Donald Trump, suscitent des interrogations. Sous sa première administration, l’Afrique avait été reléguée au second plan. Pourtant, des projets comme le corridor de Lobito, reliant les minéraux critiques de l’Angola, de la Zambie et de la RDC, dépendent des investissements américains. Joe Biden, lui, y croit : en décembre 2024, il a annoncé un engagement de plus de 4 milliards de dollars dans ce projet stratégique.

Mais qu’en sera-t-il demain ? Les priorités pourraient basculer, les alliances se redéfinir. Pourtant, une chose est certaine : l’Afrique, terre de ressources, de potentialités et de contradictions, reste un enjeu incontournable pour les grandes puissances financières. À l’ère où les frontières s’effacent, où les capitaux circulent à la vitesse de la lumière, les banques américaines avancent, prudentes mais déterminées, dans une quête où le risque rivalise avec l’opportunité.

Et tandis que les grandes manœuvres se jouent dans les tours de verre de New York et les salles de conseil de Johannesburg, l’Afrique attend, patiente et complexe, prête à devenir, peut-être, le théâtre de la prochaine révolution économique mondiale.

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