
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un choix stratégique face à la dépendance et à la guerre
L’annonce faite par la compagnie ukrainienne Naftogaz concernant la signature d’un accord avec la société publique azerbaïdjanaise SOCAR pour l’importation de gaz via le corridor transbalkanique marque une étape aussi symbolique que stratégique. Il s’agit certes d’une livraison d’essai, modeste en volume, mais lourde de signification : c’est la première pierre posée vers la construction d’un réseau alternatif aux voies contrôlées par la Russie. Un signal politique et énergétique fort envoyé à Moscou comme à l’Europe.
Le gaz azéri, acheminé via la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie, arrive dans une Ukraine meurtrie, affaiblie par la guerre et confrontée à l’effondrement de sa production nationale. Pour Kiev, la priorité est claire : survivre à l’hiver. L’accord avec SOCAR ne comble pas le déficit de production, mais son importance dépasse largement la question des mètres cubes.
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Le gaz comme arme géopolitique
Depuis le début de l’invasion, les infrastructures énergétiques ukrainiennes ont été la cible privilégiée des frappes russes. Les dégâts subis ont gravement compromis l’autonomie énergétique du pays, menaçant sa stabilité sociale et industrielle. Jusqu’ici, l’Ukraine s’approvisionnait principalement via la Slovaquie et la Hongrie. Le couloir sud, pourtant crucial, restait inutilisé à cause de tarifs de transit jugés excessifs.
C’est ici qu’intervient une réforme décisive : en mai, le régulateur ukrainien a approuvé un nouveau mécanisme d’importation permettant de contourner ces coûts. Cette décision a ouvert la voie à l’utilisation de la route transbalkanique, malgré les craintes persistantes quant à l’origine réelle du gaz acheminé. Dans le passé, des experts ont alerté sur la possibilité que du gaz russe transite sous couverture via les réseaux du sud-est européen. D’où l’insistance actuelle des autorités ukrainiennes : « C’est du gaz azéri, contrôlé. »
Redessiner la carte énergétique
L’intérêt stratégique de cette opération réside aussi dans la diversification qu’elle permet. La route transbalkanique ouvre à l’Ukraine l’accès au gaz naturel liquéfié (GNL) des terminaux grecs et turcs, au gaz acheminé depuis l’Azerbaïdjan et la Roumanie, et potentiellement aux ressources offshores de la Bulgarie.
Selon la ministre de l’Énergie, Svitlana Grynchuk, ce couloir constitue un axe « extrêmement important » pour garantir un hiver stable. La sécurité énergétique devient, dans ce contexte, un élément fondamental de la sécurité nationale. Il ne s’agit pas seulement de chauffage domestique, mais bien de résistance économique, politique et sociale.
Des stocks sous tension
Les chiffres fournis par l’agence ukrainienne ExPro confirment l’ampleur du défi. Au 17 juillet 2025, les réserves souterraines de gaz atteignaient à peine 9 milliards de mètres cubes. Or, l’objectif fixé pour la saison hivernale 2025/2026 est de 13 milliards. Cela représente un recul de 13,9 % par rapport à l’année précédente, et le niveau le plus bas enregistré depuis douze ans.
Face à cette urgence, Naftogaz a également signé quatre contrats avec la société polonaise Orlen pour l’importation de 440 millions de mètres cubes de GNL américain. Le dernier accord, en date du 2 juillet, porte sur 140 millions supplémentaires. D’après Bloomberg, l’Ukraine pourrait importer jusqu’à 5 milliards de mètres cubes de gaz européen en 2025, un record historique.
L’Azerbaïdjan, acteur énergétique en ascension
Du côté de SOCAR, cet accord s’inscrit dans une stratégie d’expansion mesurée mais habile. L’Azerbaïdjan, positionné comme interface entre l’Asie et l’Europe, joue la carte de la fiabilité au moment même où la Russie s’enlise dans la guerre et les sanctions. En devenant fournisseur de Kiev, Bakou renforce sa stature d’acteur énergétique incontournable.
Le gaz devient ainsi un instrument d’influence. Loin des postures agressives du Kremlin, Bakou avance avec pragmatisme, utilisant ses ressources comme levier de coopération. Pour l’Ukraine, l’Azerbaïdjan est un partenaire qui offre non seulement du gaz, mais aussi une marge de manœuvre stratégique.
Une vision pour l’après-guerre
Dans sa situation dramatique, l’Ukraine tente de transformer la contrainte en vision. L’accord avec SOCAR ne répond pas seulement à une urgence ; il s’insère dans une stratégie énergétique plus large, visant à reconstruire une souveraineté affranchie des pressions géopolitiques.
La guerre a mis à nu la dépendance structurelle de Kyiv. L’heure est désormais à la réinvention : nouvelles infrastructures, nouvelles routes, nouveaux partenaires. La sécurité énergétique devient une priorité structurelle, au même titre que la défense militaire.
Dans cette perspective, le corridor transbalkanique n’est plus simplement un itinéraire logistique. Il devient un symbole : celui d’un pays qui, malgré les bombes, trace les lignes d’un avenir reconstruit, autonome et libre.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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