ÉNIGME – Tariq Ramadan en liberté, malgré des condamnations pour viols en France et en Suisse…

Récemment, des passants l’ont pris en photo dans les rues de Genève. Condamné pour viol en Suisse en août 2025 par le Tribunal fédéral, l’équivalent de la Cour de cassation, le prédicateur, jugé dangereux, n’est toujours pas inquiété par la justice helvétique. « Dans la certitude de sa toute-puissance », il est « incapable de se remettre en cause », constatent pourtant les magistrats. Par qui et pourquoi est-il encore protégé ?
Par Ian Hamel, à Genève
A la fin des années 90, Tariq Ramadan, professeur de français dans un collège de Genève, décide de préparer un doctorat sur la pensée réformiste de l’islam depuis le XIXème siècle. Il choisit comme modèle… Hassan al-Banna, son grand-père, fondateur des Frères musulmans en Égypte en 1928. Son objectif ? Tenter de le présenter comme un Gandhi musulman. Non seulement Tariq Ramadan truque les citations, déforme les faits, mais il harcèle et menace son directeur de thèse et le jury, qui démissionnent. C’est alors que le sociologue Jean Ziegler, député socialiste au niveau fédéral, et sa compagne, Erica Ziegler, députée communiste du canton de Genève, lancent une campagne : Tariq Ramadan serait victime de racisme, d’islamophobie. Les représailles risquent d’être terrible préviennent-ils : les émirs du Golfe vont boycotter les palaces du lac Léman, ne plus placer leurs économies dans les banques helvétiques.
L’université de Genève prend peur. Elle décide de chercher un nouveau directeur de thèse et de constituer un nouveau jury. Ce n’est pas une tâche facile en raison du caractère particulier de l’étudiant. Finalement, c’est un Allemand qui s’y colle, Reinhard Schulze, auteur de « A modern history of the Islamic World ». Il y a quelques années, il confiait à l’auteur de cet article que « Tariq Ramadan a cherché à réhabiliter Hassan al-Banna et à présenter les Frères musulmans comme un mouvement réformateur, éclairé. Mais les sources historiques ne soutiennent pas sa thèse générale ». Pire, il constate que le prédicateur est incapable d’intégrer « la moindre pensée critique vis-à-vis de sa propre perception intellectuelle ». Tariq Ramadan obtient malgré tout sa thèse en 1998, intitulée « Aux sources du renouveau musulman D’al-Afghani à Hassan al-Banna. Un siècle de réformisme islamique ».
Soutenu par Dieudonné
Cette incompréhensible bienveillance il y a un quart de siècle explique peut-être pourquoi le petit-fils de Hassan al-Banna n’a toujours pas été incarcéré. Poursuivi pour viol en Suisse, il est d’abord acquitté en première instance. Durant l’audience, en mai 2023, Tariq Ramadan dirige les débats, coupe la parole aux magistrats. La plaignante est insultée, les journalistes menacés. L’humoriste Dieudonné clame que le prédicateur est innocent ! Les faits, dénoncés par la presse internationale, provoquent un scandale. Résultat, en appel, en septembre 2024, le climat est beaucoup plus serein. Tariq Ramadan est condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Peine confirmée définitivement par le Tribunal fédéral en août 2025. Depuis, le Frère musulman refuse toujours d’indemniser sa victime.
La justice française s’est montrée beaucoup plus sévère. En mars 2026, la Cour criminelle de Paris a condamné Tariq Ramadan à 18 ans de réclusion pour viols commis sur trois femmes. L’auteur de « Islam. Le face à face des civilisations » ne s’est pas présenté au tribunal, se faisant hospitaliser à Genève, alors qu’il n’avait pas le droit de quitter le territoire français sans autorisation préalable. Le tribunal constate qu’il présente « une symptomatologie névrotique-perverse. Incapable de se confronter à lui-même, préférant la fuite à l’affrontement des difficultés ». En raison de ses difficultés psychosexuelles, il cherche « des formes de compensation dans la violence et la prise de médicaments ».
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Comparé au capitaine Dreyfus
Plus grave encore, le prédicateur projette sur les autres « victimes, experts, enquêteurs, juges d’instructions, avocats des parties civils, ses propres transgressions. En particulier, Tariq Ramadan a mené une entreprise de destruction psychologique des plaignantes ». Depuis, à l’abri, de l’autre côté de la frontière, l’islamiste poursuit, par l’intermédiaire de ses derniers supporters, à accabler ses victimes. Le 5 avril 2026, Le Club de Mediapart publie un article intitulé « De Dreyfus à Ramadan : quand l’opinion condamne avant la justice », illustré par une image montrant cote à cote Ramadan et le capitaine Dreyfus. Toutefois, le site retire le texte quelques heures plus tard. Par ailleurs, deux comités de soutien se sont créés pour récolter des fonds afin de soutenir le violeur.
Tant que Tariq Ramadan, qui possède un passeport à croix blanche, ne quitte pas la Suisse, il échappe aux foudres de la justice française, malgré un mandat d’arrêt international. La Confédération n’extrade pas ses ressortissants. En revanche, pourquoi la Suisse ne le contraint-il pas à exécuter sa peine ? D’autant qu’il est considéré comme dangereux. Les juges parlent de « réitération d’un comportement criminel élaboré ». Ajoutons que même s’il y a prescription, le petit-fils de Hassan al-Banna a aussi été accusé de coucher avec ses élèves quand il enseignait dans un collège à Genève de 1984 à 2004.
Le pouvoir du Centre islamique de Genève
Interrogé à de multiples reprises, le pouvoir judiciaire répond que l’exécution de la peine de Tariq Ramadan est du ressort du service de réinsertion et du suivi pénal (SRSP), donc de l’État de Genève. De son côté, l’Office cantonal de la détention refuse de s’exprimer spécifiquement sur le cas de Tariq Ramadan. Il explique que « les délais de convocation pour l’exécution d’une peine peuvent varier considérablement d’un dossier à l’autre ». Cela fait tout de même dix mois qu’il a été définitivement condamné pour viol. Dans le canton de Genève, vous risquez la prison quand vous mettez un peu trop de temps pour régler vos amendes de stationnement.
Des questions demeurent sans réponse : qui protège encore ce violeur et pourquoi ? Quel est le pouvoir de nuisance du Centre islamique de Genève (CIG), créé en 1961 par Saïd Ramadan, le gendre de Hassan al-Banna, et dirigé depuis 1995 par Hani Ramadan, le frère aîné de Tariq Ramadan ?
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