ENQUÊTE – Encore une victime d’une violation présumée du secret bancaire à Monaco

ENQUÊTE – Encore une victime d’une violation présumée du secret bancaire à Monaco

lediplomate.media — imprimé le 29/05/2026
Diego Biasi
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Adrien Delmas-Kersel 

Une enquête en cours révèle comment un cadre de la Banque J. Safra Sarasin (BJS) serait impliqué dans une affaire de fuite de données confidentielles au profit de sa maitresse engagée dans une procédure de divorce avec son actuel époux, Diego Biasi, un homme d’affaire italien.

Dans les milieux feutrés de la Principauté, où le secret bancaire constitue depuis bien longtemps l’un des piliers de l’attractivité financière internationale, une affaire particulièrement troublante est actuellement examinée par les autorités judiciaires et administratives monégasques. Diego Biasi, chef d’entreprise italien bien réputé, spécialisé dans le secteur des énergies renouvelables, serait victime d’une machination lucrative : la violation grave et délibérée de ses données financières confidentielles au profit de son épouse en instance de divorce.

Après plusieurs semaines d’investigations et sur la base de documents confidentiels qui nous sont parvenus, plusieurs plaintes pénales ont été déposées, mettant en cause un banquier privé de la Banque J. Safra Sarasin (BJS), dont le siège est en Suisse, et révélant des agissements individuels susceptibles de porter atteinte à la réputation du système bancaire monégasque en général et à la crédibilité de cette vieille banque en particulier.

Un accès illégal présumé aux données patrimoniales

Selon la plainte pénale principale déposée le 25 mars 2026 par les avocats de M. Biasi (cabinets Gardetto à Monaco et Alerion à Paris), M. Adriano Fossati, citoyen italien, banquier privé résidant à Monaco et employé au sein de la Banque J. Safra Sarasin, aurait, au cours de l’année 2025, consulté, extrait et transmis illégalement des informations bancaires et patrimoniales détaillées concernant M. Diego Biasi.

Fait particulièrement troublant : M. Biasi n’a jamais été client de la Banque J. Safra Sarasin. Les données extraites auraient notamment servi à établir un bilan patrimonial complet, destiné à être utilisé dans le cadre d’une procédure de divorce initiée par l’épouse de M. Biasi.

Les avocats de M. Biasi dénoncent des faits qualifiés pénalement de :

  • Violation du secret professionnel bancaire ;
  • Atteinte au secret des correspondances ;
  • Atteinte à un système de traitement automatisé de données 

Fait encore plus troublant, ces agissements auraient été motivés par une relation amoureuse entre M. Adriano Fossati et l’actuelle épouse de M. Biasi. Cette liaison présumée constituerait le mobile principal ayant conduit le banquier à franchir la ligne rouge du secret professionnel. De là à supposer l’intérêt de l’amant-banquier à partager l’hypothétique pactole du divorce avec sa maitresse, il n’y a qu’un pas à franchir ! 

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Une stratégie machiavélique au service d’intérêts financiers

En effet, la fin justifiant les moyens, les éléments recueillis dans le cadre de l’enquête suggèrent que les informations confidentielles obtenues illégalement auraient permis à l’épouse de M. Biasi de mieux préparer ses demandes financières dans le cadre du divorce qu’elle a demandé. Un « récapitulatif de patrimoine » établi grâce à ces données aurait ainsi constitué un outil stratégique pour maximiser sa position dans les négociations ou devant les tribunaux.

Les conseils de M. Biasi ont également déposé une plainte complémentaire le 10 avril 2026, visant cette fois des faits de faux et usage de faux, tentative d’escroquerie au jugement et harcèlement moral.

Réaction des autorités de régulation

Face à la gravité des faits dénoncés, les avocats de Diego Biasi ont, le 8 mai 2026, saisi officiellement deux autorités indépendantes :

  • La Commission de Contrôle des Activités Financières (CCAF) ;
  • L’Autorité de Protection des Données Personnelles (APDP).

Ces deux institutions ont reçu l’intégralité du dossier pénal afin d’engager leurs propres investigations. Dans un courrier adressé au Procureur Général, les avocats indiquent avoir volontairement différé ces signalements pour laisser le temps aux services judiciaires de mener les premières investigations.

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Le profil de la victime

Diego Biasi, né en 1974 en Italie, est un entrepreneur actif dans le secteur des énergies renouvelables. Dirigeant de société, il partage sa vie entre l’Italie, le Royaume-Uni et Monaco, où réside une partie de sa famille. Père de deux jeunes enfants, il se décrit comme doublement trahi : sur le plan personnel et sur le plan professionnel, par une atteinte inédite à sa sphère financière privée.

Ses avocats ont fait réaliser des expertises techniques approfondies, notamment l’analyse des métadonnées de documents et la récupération de correspondances numériques, afin de consolider le dossier. Plusieurs audiences décisives sont programmées dans les prochaines semaines à Monaco :

  • Le 2 juin 2026 : audience concernant les allégations de violences conjugales ;
  • Le 17 juin 2026 : audience sur la demande de divorce.

M. Biasi a fait savoir à ses conseils, de faire preuve de retenue afin que la couverture médiatique ne soit pas perçue, encore moins considérée comme une pression sur les juridictions monégasques avant ces dates clés.

Un risque pour la réputation du secret bancaire monégasque ?

Cette affaire intervient dans un contexte où Monaco cherche à renforcer son image de place financière exemplaire. Une violation avérée du secret bancaire par un professionnel interne constituerait un précédent préoccupant, susceptible d’ébranler la confiance des clients internationaux.

Comparée à certaines autres banques, la J. Safra Sarasin (BJS), dont le siège est en Suisse et l’une des succursales en Suisse, est une très vieille banque privée qui bénéficie d’une image plutôt bonne. Mais il arrive parfois qu’une brebis galeuse affecte la réputation de toute une institution si ancienne et sérieuse soit-elle. Affaire à suivre.

Les faits rapportés dans cet article sont fondés sur des documents judiciaires, des plaintes et des éléments transmis à l’auteur. Cet article n’engage que ce dernier et respecte la présomption d’innocence.

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