EXCLUSIF – L’Entretien avec Fadila Maaroufi, la voix qui défie l’islamisme en Belgique

Rencontre avec Fadila Maaroufi, anthropologue, apostate, militante belgo-marocaine et co-fondatrice en 2020 de « L’Observatoire des fondamentalismes » à Bruxelles.
Spécialiste des Frères musulmans, elle construit à partir de ses observations une réflexion politique. Islamisation, antisémitisme, extrême gauche, elle livre sans détour au Diplomate son analyse et ses inquiétudes.
Propos recueillis par Cécile Audebert
Dans la soirée du jeudi 12 février, en marge d’une conférence donnée à l’Institut d’études politiques de Lyon par l’eurodéputé Rima Hassan, Quentin, âge de 23 ans, militant nationaliste et venu assurer la sécurité des membres du collectif identitaire Nemesis a été lynché par la Jeune garde, groupuscule d’extrême gauche, créé par le député Raphaël Arnault, triple fiché S. Vendredi 13, un homme qui attaquait un gendarme à Paris sous l’Arc de Triomphe avec un couteau et une paire de ciseaux a été abattu par des militaires. Il s’agissait d’un terroriste islamiste sorti de prison en Belgique il y a seulement deux mois où il purgeait une peine de réclusion de 17 ans. Peut-on dire que l’islamo-gauchisme tue ?
La gauche porte une lourde part de responsabilité dans l’insécurité que nous vivons aujourd’hui en Europe, qu’il s’agisse de la France ou de la Belgique. Les événements récents : la mort du jeune Quentin, les attaques terroristes commises jusque sous l’Arc de Triomphe ne sont pas des accidents de l’histoire. Ils révèlent une vérité plus inquiétante : nos gouvernements ne sont plus capables d’assurer la première de leurs missions, la protection des citoyens.
Depuis plus de quinze ans, la liste s’allonge. Attentats, attaques au couteau, assassinats ciblés. Sarah Halimi, Ilan Halimi, Lola, Thomas, Samuel Paty, Dominique Bernard… On a voulu les réduire à des faits divers, comme on jette un voile sur une blessure trop profonde. Mais ces crimes dessinent une continuité. Les responsables politiques s’y sont habitués, et les institutions, émoussées, ne savent plus répondre.
Depuis le 7 octobre 2023, cette dérive s’est accélérée. La gauche radicale, loin de contenir les tensions, n’a cessé de tester les limites de la loi. Les provocations se sont multipliées, sans réponse ferme. Certains propos auraient dû entraîner des poursuites judiciaires, des sanctions claires. Il n’en fut rien. Cette indulgence n’est pas une faiblesse morale : c’est une faute politique.
Nous n’en sommes, je le crains, qu’au commencement. D’autres attaques viendront, plus rapides, plus violentes. La Belgique accueille aujourd’hui des individus et des familles dont l’hostilité à nos sociétés ne fait guère de doute. Une alliance tacite s’est formée entre l’islamisme et une partie de la gauche radicale. Face à cela, il faut cesser de feindre l’innocence : les citoyens devront apprendre à se défendre, et il est de notre devoir de préparer les plus jeunes à une réalité que l’État refuse de nommer.
En Belgique, vous avez des élues telle que Saliha Raïs et en France nous avons Sasha Bernet de LFI qui œuvrent depuis des années pour rendre les normes islamiques visibles dans l’espace public, notamment le port du voile. Les femmes d’extrême gauche sont-elles le pire ennemi des femmes ?
Les féministes universalistes sont censurées, à leur place s’expriment des groupes qui se parent du mot féminisme tout en en trahissant l’essence. On ne peut se dire féministe et défendre des idéologies fondamentalement patriarcales, qui haïssent les femmes et les oppriment. Cette mutation n’est pas spontanée : elle est en grande partie le fruit de financements institutionnels européens. Pour obtenir ces subventions, les associations doivent se plier à un cahier des charges où le multiculturalisme devient un critère cardinal. Les Frères musulmans et leurs relais l’ont parfaitement compris. Ils nouent des alliances, se présentent comme démocrates, parlent d’égalité, tout en détournant les lois à leur profit. Ainsi influencent-ils des réseaux néoféministes, certaines associations LGBT et d’autres organisations militantes, transformées malgré elles en instruments.
Le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique a fait entre 30000 et 36000 morts en quelques semaines en Iran parmi ces victimes de nombreuses femmes. Les féministes se font assez silencieuses, comme lors du massacre du 7 octobre 2023 en Israël. Les iraniennes et les israéliennes sont-elles les mauvaises victimes pour les féministes ? Comment expliquer ce parti pris ?
Les féministes n’ont jamais été silencieuses, ni sur le combat et la révolution des Iraniennes, ni lors du massacre du 7 octobre 2023 en Israël.
En revanche, celles que l’on appelle féministes intersectionnelles ou néo-féministes ne relèvent en réalité pas du féminisme. Elles ne défendent pas toutes les femmes et ne combattent pas toutes les discriminations, mais uniquement celles qui servent leurs propres ambitions, intérêts et objectifs personnels, lesquels vont à l’encontre de nos valeurs d’égalité entre les femmes et les hommes.
Elles sont misandres, surtout lorsqu’il s’agit d’hommes « blancs » européens, qu’elles qualifient de racistes.
Le féminisme universaliste, lui, ne sélectionne pas : il combat toutes les discriminations et défend l’égalité en droit entre les femmes et les hommes. Le féminisme universaliste ne cherche pas à détruire le socle commun ; au contraire, il est celui qui unit tous les individus autour des mêmes valeurs républicaines et de la nation.
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Le 13 décembre dernier, s’est tenu à l’IRIS – Institut de Relations Internationales et Stratégiques – le Forum international sur l’islamophobie en présence d’Elias d’Imzalene, Omar Alsoumi, Assa Traoré, Ryan Freschi. Une salle de prières était installée en sous-sol. Certaines institutions ou groupes de réflexion collaborent-ils et participent-ils à la diffusion de l’islamisme ?
Oui, on peut le dire sans détour : Certains groupes de réflexion participent effectivement à la diffusion de l’islamisme politique. Non par des proclamations bruyantes, mais par une méthode plus efficace : l’invitation répétée de figures qui, sous couvert d’engagement militant ou intellectuel, contribuent à désagréger le socle commun de nos sociétés. En offrant des tribunes à des personnalités comme Assa Traoré, Elias d’Imzalène ou à d’autres militants dont le discours attise la conflictualité permanente, ces institutions ne se contentent pas d’ouvrir le débat : elles légitiment une vision du monde fondée sur la rupture, la confrontation et la désignation systématique de l’Occident comme coupable originel. Elles participent ainsi, consciemment ou non, à l’islamisation progressive de l’espace intellectuel. Il serait intéressant, d’ailleurs, de s’interroger non seulement sur ce qui pousse ces instituts à multiplier ce type d’invitations, mais surtout sur ce qui les rend possibles : qui finance ces structures, selon quels critères, et pour servir quelles orientations idéologiques ? Plus troublant encore est le silence persistant de l’État français. Pourquoi cette passivité ? Pourquoi cette absence de réaction face à une dérive pourtant visible et répétée ?
Nous savons désormais comment procèdent les Frères musulmans et les réseaux islamistes : ils commencent toujours par les universités. Ils investissent les lieux de savoir avant les lieux de pouvoir. Certains professeurs leur ont servi de relais, parfois par conviction, parfois par lâcheté, parfois par aveuglement idéologique. Les fréristes excellent dans l’art de manipuler la démocratie, d’en utiliser les règles pour mieux les détourner, tant que celles-ci leur sont favorables.
Tant que nous refuserons de prendre leurs attaques au sérieux, tant que nous ne les étudierons pas comme une idéologie structurée et cohérente, tant que nous ne chercherons pas à comprendre leur fonctionnement réel, ils continueront à progresser et à nous soumettre.
J’aimerais enfin attirer l’attention des catholiques qui s’imaginent encore qu’une collaboration avec l’islamisme serait possible. Cette croyance est une illusion dangereuse. L’islamisme ne cherche pas des alliés ; il cherche des instruments. Ceux qui pensent pouvoir composer avec lui se trompent lourdement sur sa nature et sur son objectif final.
Peut-on dire que les Frères musulmans manipulent la démocratie, en détournant les lois et les grands principes constitutionnels ?
Les Frères musulmans européens manipulent effectivement la démocratie. Ils utilisent les valeurs démocratiques pour les retourner contre celles-ci.
Les Frères musulmans et leurs alliés ont très bien étudié nos systèmes et les contextes dans lesquels ils évoluent partout en Europe, car le contexte d’un pays européen n’est jamais identique à celui d’un autre. Ils analysent le fonctionnement des institutions, du système juridique, des universités, des entreprises, des associations sociales, culturelles et sportives. Ils les influencent afin de les manipuler de manière perverse et de les détourner pour défendre leur objectif : imposer des normes islamiques partout, afin d’atteindre celui d’une société califale.
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90% des pays musulmans ont interdit les Frères musulmans, la droite a fait voter une résolution visant à les inscrire sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. La France est-elle en train de se réveiller ?
Interdire les Frères musulmans est contre-productif, dans la mesure où les Frères musulmans ne se déclarent pas comme faisant partie de l’organisation. Ils sont généralement peu connus et fonctionnent de manière discrète, voire secrète.
Le danger d’une interdiction est que toute personne – chercheur ou lanceur d’alerte – qui identifierait un membre des Frères musulmans et le rendrait public pourrait être poursuivie en justice. Or nous savons que les Frères musulmans n’hésitent pas à lancer des djihads judiciaires.
Ce qu’il faudrait, à mon sens, c’est permettre et financer des études universitaires sur la critique de l’islam, et donner davantage de moyens aux chercheurs qui travaillent réellement sur ces questions. Mais pour cela, encore faut-il connaître et identifier qui sont les Frères musulmans, comment ils fonctionnent et qui sont leurs alliés.
Nous avons aujourd’hui les capacités de les étudier et de les identifier leurs mécanismes. Il faudrait également cesser de financer certaines associations liées, de près ou de loin, aux Frères musulmans, ainsi que celles qui défendent les intérêts des islamistes.
L’objectif des Frères musulmans est d’imposer la charia au monde, de quels moyens disposons-nous pour les en empêcher ?
L’objectif des islamistes, en particulier de l’idéologie frériste, est clair : l’imposition d’un califat mondial régi par la charia. Les moyens de résister existent. Ce qui manque, ce n’est pas la capacité, mais la volonté. La volonté individuelle. La volonté citoyenne. Car politiquement, les freins sont trop puissants pour espérer une réponse venue d’en haut. Seule la pression des citoyens pourra faire bouger les lignes.
Les revendications des Frères musulmans sont-elles explicitement écrites dans le Coran ?
Les islamistes invoquent le Coran et la sunna. Peu importe, au fond. Ce qui compte, c’est que, dans nos pays occidentaux, seules les lois séculières doivent prévaloir. À Rome, on vit comme les Romains.
Quel constat faites-vous sur l’évolution de la situation en Belgique, et particulièrement à Molenbeek ?
La situation ne se limite pas à Molenbeek. Ce quartier est devenu un symbole à cause des attentats, mais le problème est plus large : il concerne toute la région bruxelloise. Bruxelles n’est pas une ville comme les autres. C’est là que siègent les institutions européennes. Les islamistes l’ont compris et s’y installent pour influencer, faire du lobbying, peser sur les décisions. Le Qatargate en a donné une illustration brutale.
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La candidature de Molenbeek en tant que capitale européenne de la culture en 2030 avait été porté par des militantes proche de la mouvance des Frères musulmans. Peut-on parler d’une tentative d’islamisation de la culture ?
Le projet de candidature de Molenbeek en tant que capitale européenne de la culture en 2030 avait été porté et soutenu par Fatima Zibouh, une activiste proche des Frères musulmans, voilée et très soutenue en Belgique par de nombreuses instances.
La Belgique a financé ce projet. Heureusement, il n’a pas été retenu. L’objectif était effectivement, par le biais du djihad culturel, d’imposer des normes islamiques. En effet, si Molenbeek était devenue capitale européenne de la culture en 2030, elle aurait servi de vitrine, notamment pour le voile – car tout commence par le voile – avant d’imposer progressivement des normes islamiques dans l’ensemble des pays européens. Mais ne crions pas victoire trop tôt. Il faut rester vigilant, car s’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître aux Frères musulmans, c’est leur ténacité et leur capacité à ne jamais abandonner, quel qu’en soit le coût. Nous devons rester fermes et vigilants, ne jamais baisser les bras ni le regard, et toujours rester attentifs.
Comment jugez-vous l’islamisation de la France, par rapport à l’islamisation de la Belgique, étant donné que la France est le pays de l’Union Européenne qui compte la plus grande proportion de musulmans ?
La France est un grand pays, riche d’une civilisation puissante, forgée par des révolutions et par une laïcité exigeante. Cette histoire lui confère encore une capacité de résistance. Mais si elle n’agit pas, elle suivra dangereusement la trajectoire belge. La mort de Quentin nous l’a rappelé avec cruauté. En tant que féministe universaliste, je soutiens les féministes de Némésis et adresse mes sincères condoléances à la famille de Quentin, ainsi qu’aux Français qui ont perdu l’un des leurs.
Il y a un climat de censure, où toute critique est immédiatement taxée d’islamophobie, que ce soit dans les médias, chez les responsables politiques et les citoyens. D’après vous, par peur ou par idéologie ?
Nous assistons à la fin de l’anesthésie. Il a bien existé, pendant des années, un climat de censure et d’autocensure. Mais quelque chose change. Les citoyens ne se laissent plus intimider par l’accusation d’« islamophobie ». Les médias de gauche et certains médias publics demeurent sourds, mais la société, elle, commence à parler. Si des responsables politiques, des journalistes ou des universitaires collaborent avec l’islamisme, les raisons sont multiples : la peur, l’idéologie, ou l’influence exercée à travers des formations culpabilisantes où toute critique de l’islam est assimilée au racisme. Certains médias assument désormais ouvertement leurs proximités. Il faut avoir le courage de le constater et de le dire.
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Les analyses et opinions exprimées dans cet entretien n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale du Diplomate Média.
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Cécile Audebert est diplômée en droit, en histoire du droit, en psychanalyse et également d’une école de commerce. Consultante pendant 15 ans elle est actuellement psychanalyste et journaliste indépendante sur les questions liées à l’islamisation et la radicalisation des femmes.
