
Par Olivier d’Auzon
Il est des gestes diplomatiques qui, derrière leur apparente banalité, révèlent une ambition de portée planétaire. Ces dernières semaines, dans la touffeur équatoriale de Libreville, une série d’allers-retours feutrés entre responsables gabonais et émissaires chinois a éveillé l’attention des chancelleries occidentales.
Selon les révélations du site Africa Intelligence, Pékin envisagerait l’installation d’une base logistique – à vocation duale – sur les côtes atlantiques du Gabon. Une première pour la Chine en Afrique centrale, et peut-être un tournant dans la stratégie navale globale de Xi Jinping.
Le choix du Gabon n’est pas anodin. Ce petit État pétrolier, historiquement dans l’orbite de la France, jouit d’une façade maritime de 950 km et d’une stabilité relative, du moins depuis la transition militaire menée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema.
Son port en eau profonde, ses liens discrets mais constants avec Pékin, et sa position géographique entre le golfe de Guinée et l’embouchure du Congo, en font une pièce de choix sur l’échiquier maritime mondial.
Car c’est bien d’échiquier qu’il s’agit. La Chine, depuis deux décennies, a compris que la puissance du XXIe siècle ne se construisait pas seulement dans les usines ou les laboratoires, mais aussi sur les mers.
Après avoir sécurisé sa façade Pacifique, puis investi lourdement dans des ports commerciaux de l’océan Indien – de Gwadar à Hambantota –, elle s’est dotée, en 2017, de sa première base militaire outre-mer à Djibouti, aux portes de la mer Rouge.
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Elle s’installe face aux routes transatlantiques, là où jusqu’ici seules les marines américaine, française et, de plus en plus, russe, se disputaient l’accès.
Une base chinoise au Gabon serait un message clair envoyé à Washington et à Paris : l’Afrique n’est plus leur arrière-cour stratégique.
Elle serait aussi un outil précieux pour sécuriser les intérêts économiques chinois dans la région, des concessions minières aux infrastructures portuaires, en passant par les flux maritimes croissants.
Officiellement, il s’agirait d’un simple point de soutien logistique, destiné à ravitailler les navires engagés dans la lutte contre la piraterie. Officieusement, cette base serait une tête de pont militaire dans une zone jusqu’ici peu militarisée par Pékin.
Les Américains, par la voix de certains membres de l’administration de Donald Trump, ne s’y trompent pas. Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique, a récemment entamé une tournée régionale visant à sonder les intentions des chefs d’État centrafricains, mais aussi à freiner l’enracinement stratégique chinois. Car Washington redoute l’émergence d’un “collier de perles atlantique” semblable à celui tissé dans l’océan Indien, où chaque port civil peut, demain, devenir un avant-poste militaire.
Quant à la France, elle observe avec inquiétude l’érosion silencieuse de son influence historique
Jadis gardienne d’un pré carré francophone, elle voit aujourd’hui ses partenaires traditionnels s’ouvrir à d’autres horizons – russes, turcs, et désormais chinois – au nom du pragmatisme souverain.
Dans ce monde devenu multipolaire, Libreville joue la carte de l’équilibre, mais flirte dangereusement avec la dépendance stratégique.
Derrière les murs discrets des chancelleries africaines, le grand jeu naval du XXIe siècle est donc en marche. Et il se joue désormais aussi sur les rivages du Gabon
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

