
L’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) remboursera à la Californie les coûts liés à l’embauche des pompiers supplémentaires et au contrôle des incendies de forêt qui ont ravagé le sud de la Californie. La Maison Blanche a publié une déclaration du Président Biden, confirmant cette mesure, le 7 janvier 2025.
La FEMA a indiqué qu’au moment de l’accord de l’octroi de cette subvention, les incendies avaient déjà ravagé plus de 700 acres de terres privées et publiques autour des zones de Pacific Palissades, de la vallée de San Fernando et de la vallée de Santa Clarita. Plus de 45 000 habitations privées de la région sont menacées (Source : Fox News, FEMA to pay more firefighters as California blazes burn beyond capacity).
Le financement permettra de rembourser jusqu’à 75% des coûts « admissibles de lutte contre les incendies » engagés par l’État, alors que la Californie cherche à renforcer ses moyens pour lutter contre ces incendies meurtriers qui ont tué 11 personnes, avec 6 foyers toujours aussi actifs. Des milliers de Californiens ont été chassés de leurs foyers, de nouveaux ordres d’évacuation ont été donnés, ce jour, le 11 janvier et les refuges sont saturés d’animaux abandonnés.
Les coûts admissibles comprennent les dépenses liées aux équipements, matériels, fournitures et efforts de mobilisation.
« Mon administration fera tout ce qu’elle peut pour soutenir la réponse. Mon équipe et moi-même sommes en contact avec les responsables de l’État et locaux et j’ai proposé toute l’aide fédérale nécessaire pour aider à éteindre le terrible incendie de Pacific Palissades » a déclaré le président Biden.
La pénurie de pompiers en Californie est un problème récurrent depuis plusieurs années. Avant l’annonce de la subvention de la FEMA, le service d’incendie de Los Angeles a été contraint de demander à tous les pompiers en congé de la région de se porter volontaire pour apporter leur aide. Cet été, le service forestier américain a augmenté ses effectifs en Californie pour la première fois en cinq ans mais le nombre de pompiers fédéraux de forêt reste considérablement réduit par rapport à ce qu’il était, malgré une augmentation du nombre et de la gravité des incendies de forêt dans l’État, ces dernières années.
Entre-temps, en octobre 2024, selon un article du San Francisco Chronicle, le service forestier américain a annoncé la fin des opérations de « brûlage dirigé », également appelé brûlage contrôlé ou brûlage préventif, en raison du manque de personnel. Cette technique est utilisée dans la gestion des feux de forêt et des écosystèmes naturels. Il implique de délibérément allumer des feux dans une zone spécifique sous des conditions météorologiques et des paramètres de sécurité contrôlés.
La décision de Californie de mettre fin aux « brûlages dirigés », résulte de l’opposition de l’administration Biden, à un projet de loi bipartisan visant à simplifier le processus de mise en œuvre des projets de gestion forestière dans l’État. Dans une déclaration de septembre 2024, expliquant l’opposition au projet de loi, l’administration démocrate a déclaré que certaines dispositions servaient à saper « les protections environnementales cruciales ».
Trump accuse le gouverneur Gavin Newsom de privilégier la protection « des espèces de poissons en voie de disparition » au détriment de la protection des habitants contre les incendies de forêt
Le président-élu critique depuis longtemps la gestion de l’eau par les démocrates de Californie, notamment pour avoir restreint considérablement l’accès aux ressources provenant des rivières Sacramento et San Joaquin, dans la partie nord de l’État.
Ce dernier a déclenché une polémique sur sa plateforme Truth Social, mercredi 8 janvier, sur la question de la responsabilité du gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, de se soucier davantage de la protection d’une « espèce de poisson en voie de disparition, sans valeur » que la protection des californiens contre ces incendies meurtriers.
Trump avait déjà livré bataille contre les Démocrates sur ce sujet, en 2016, lors de son premier mandat, lorsqu’il avait cherché à détourner davantage d’eau au profit des Californiens, provenant d’un delta où les deux rivières se rencontrent. Cependant, ce delta abrite une « espèce de poisson en voie de disparition », l’éperlan.
Newsom et son administration ont contesté cette décision devant les tribunaux et se sont opposés à la construction du pipeline destiné à détourner l’eau vers le sud de l’État. Le gouverneur, a en revanche, supervisé des programmes destinés à déverser chaque année des centaines de milliards de gallons d’eau pluviales dans le delta du fleuve Sacramento-San Joaquin, au profit de l’habitat de l’éperlan, plutôt que de rediriger la ressource vers le sud de la Californie, au profit des habitants des zones centrales et méridionales de l’État.
Ces commentaires du président élu ne sont pas nouveaux. A l’approche de l’élection présidentielle de novembre dernier, Donald Trump avait fait cette déclaration lors d’une interview en octobre avec le podcasteur Joe Rogan (Source : The Rubin report, Trump Makes Joe Rogan Go Quiet with Details of How Newsom Botched Fire Prevention) :
« J’étais dans une région agricole californienne avec certains membres du Congrès. Nous roulions sur une autoroute et je me suis demandé : « Comment se fait-il que toutes ces terres soient si stériles ? c’étaient des terres agricoles et elles avaient l’air en terrible état. Elles étaient justes brunes et en piteux état. J’ai dit : « Mais il y a toujours ce petit coin qui est si vert et si beau ? ». Ils ont dit : « Nous n’avons pas d’eau ». J’ai dit : « Avez-vous une sécheresse ? » ; « Non, nous n’avons pas de sécheresse ! ». J’ai dit : « Pourquoi n’avez-vous pas d’eau ? » ; « Parce que l’eau n’est pas autorisée à s’écouler et pour protéger un tout petit poisson, l’eau du Nord de l’État est acheminée vers l’océan Pacifique. Des millions et des millions de litres sont déversés ! »
Ces déclarations du Président-élu font écho aux informations remontant du terrain selon lesquelles les pompiers manquent d’eau alors qu’ils combattent l’incendie.
« Il n’y a plus d’eau à Palissades. Il n’y a plus d’eau qui sort des bouches d’incendie. C’est une mauvaise gestion absolue de la ville, ce n’est pas la faute des pompiers, mais celle de la ville », a déclaré à Fox News Rick Caruso, un promoteur milliardaire qui s’est présenté sans succès contre Karen Bass, à la mairie en 2022. » (Source : Fox News, Trump accuses Newsom of prioritizing endangered fish species over protecting residents from wilfires).
Le bureau de presse du gouverneur a répondu aux accusations de Donald Trump, en affirmant que ce dernier avait complètement tort et « confondait deux facteurs totalement indépendants : l’acheminement de l’eau vers la Californie du Sud et l’approvisionnement à partir des réserves locales » :
« En gros , il n’ y a pas de pénurie d’eau en Californie du Sud, en ce moment, raison de la forte demande malgré les déclarations de Trump, selon lesquelles il ouvrirait un robinet imaginaire (…) Le Département de l’eau et de l’électricité de Los Angeles a déclaré qu’en raison de la forte demande en eau, les stations de pompage situées à haute altitude n’avaient pas suffisamment de réservoirs de remplissage sous pression à haute altitude et que l’incendie en cours entravait la capacité des équipes à accéder aux pompes. Pour compléter l’approvisionnement en eau, ils ont utilisé les citernes à eau- une tactique courante dans la lutte contre les incendies de forêt ».
Echec impardonnable dans l’exercice de son leadership local et incompétence totale : Comment Karen Bass essaie de défendre son mandat de maire de Los Angeles ?
Karen Bass était en voyage au Ghana lorsque le feu a englouti une partie de la ville de Los Angeles. Cette dernière a réduit près de 20 millions de dollars le budget de la ville destiné aux services des pompiers pour l’exercice en cours et a proposé des coupes budgétaires encore plus importantes.
Fait significatif, communiqué par le journal en ligne, le Westside Current, en avril 2024, Bass a validé des coupes budgétaires de l’ordre de 23 millions de dollars.
Ce grand « Reset », comprenait 65 millions de dollars de réductions de son programme « Inside safe » destiné aux populations sans abris de Los Angeles, une augmentation de 138 millions de dollars pour le département de police et une diminution de 23 millions de dollars pour le service d’incendie de L.A., comprenant 17, 5 millions de coupes sèches aux pompiers, 13 millions de dollars de coupes sur les fournitures d’exploitation.
Au cours de l’exercice 2023-2024, les pompiers de L.A. ont en fait sous-utilisé leurs crédits, avec une marge de 18 millions de dollars (819 millions de crédits utilisés sur les 837 millions de dollars engagés par la Ville). Cela semble avoir donné à Karen Bass une ouverture pour réduire le budget 2024-2025 du département au même niveau des crédits consommés pour l’exercice 2023-2024.
Ces données largement commentées dans la presse américaine se télescopent à l’examen du budget de l’État de Californie, l’an dernier, qui montre les mêmes convergences. Le gouverneur Gavin Newsom, a réduit le financement du plan « résilience des forêts et des incendies de forêts » de près de 100 millions de dollars. Le budget signé en juin 2024, couvrant l’exercice 2024-2025, a été amputé de 101 millions de dollars pour les sept programmes, selon un rapport de Newsweek.
Autres changements :
- 28 millions de dollars de réductions en faveur de la protection de plusieurs réserves naturelles de Californie sur le programme « résiliences aux incendies de forêt » ;
- 12 millions de dollars de moins en faveur de l’expérience « renforcement des bâtiments » contre les incendies ;
- 8 millions de réduction des dépenses en matière de surveillance et de recherche, principalement consacrées aux programme Cal Fire et aux Universités de l’État ;
- 3 millions de moins en faveur du financement d’un centre « inter-institutions » sur les données forestières.
(Source : Fox News, Gov. Newsom cut fire budget by $100M months before lethal California fires).
Face à la multiplication des feux de forêts, de nombreux assureurs se sont retirés de Californie ces deux dernières années
« Avec près de 10 000 structures ravagées » selon leNew York Times, la facture s’annonce salée.
« Près de 4 % du PIB annuel de l’État de Californie », la double peine pour les Californiens qui ont tout perdu. Cet incendie restera le plus coûteux dans l’Histoire contemporaine américaine.
Alors, qui va payer ?
Le gouverneur démocrate Gavin Newsom aurait obligé les compagnies d’assurance à annuler leurs polices d’assurance selon Breitbart News.
De nombreuses compagnies d’assurance ont cessé de vendre leurs contrats en raison « du risque accru d’incendies de forêt et de la hausse des coûts de construction en Californie et- parce que les régulateurs de l’État ne permettent pas la prise de risque anticipé et n’interviennent que sur le risque historique ».
Entre 2020 et 2022, 23 000 incendies de forêt ont ravagé l’État californien. Les assureurs privés, de plus en plus rétifs, ont en effet abandonné la couverture de 2,8 millions de clients d’assurance habitation, parfois celles de gens très âgés, selon RBC Capital Markets.
Sur l’appli Nextdoor, les habitants de Pacific Palissades se plaignent depuis des mois. Le 23 décembre 2024, une femme se serait plainte que son assurance aurait annulé sa police d’assurance habitation et n’assurerait plus les maisons qui se situent à proximité des canyons ou d’écoles ou les biens de plus d’un million de dollars.
Newsweek a également noté dans son rapport qu’en raison du retrait des compagnies d’assurance ces derniers mois, dans la région, la grande majorité des Californiens se seraient tournés vers la police d’assurance de l’État, qui est un « assureur de dernier recours », le Fair Plan. Entre septembre 2023 et septembre 2024, le nombre total de nouvelles polices d’assurances résidentielle et commerciale a augmenté de 137 %, selon CNN
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Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia – Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA – Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.
