ANALYSE – Les liens entre la Chine et le Kenya atteignent un nouveau palier

drapeaux chinois et du Kenya flottant au vent

Par Olivier d’Auzon

Il est des gestes diplomatiques qui ne doivent rien au hasard du calendrier, mais tout à la mécanique implacable des rapports de force mondiaux. Le président kényan William Ruto, en visite d’État à Pékin cette semaine, a choisi son moment avec une précision d’horloger. De l’autre côté de la table, Xi Jinping, maître du jeu asiatique, n’avait pas besoin de beaucoup de mots pour signifier l’importance de la rencontre : “Les liens entre la Chine et le Kenya atteignent un nouveau palier”, déclara-t-il solennellement.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, Ruto s’était déjà rendu deux fois en Chine, mais c’est la première fois qu’il foule le sol pékinois sous les ors de la visite d’État. Le symbole est lourd. Car cette visite s’inscrit dans un contexte où l’Afrique de l’Est, naguère balancée entre Occident et Orient, semble pencher toujours plus franchement vers Pékin.

La dynamique récente s’est accélérée sous l’effet de vents contraires venus de Washington : le mois dernier, l’administration américaine, fidèle aux réflexes protectionnistes inaugurés sous Donald Trump, a imposé des droits de douane de 10 % sur les exportations kényanes. Une décision qui a agi comme un révélateur brutal. Face à ce qu’elle perçoit comme une fermeture de l’Atlantique, Nairobi a cherché refuge du côté du Pacifique.

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Depuis plusieurs années déjà, la Chine bâtit méthodiquement sa présence en Afrique de l’Est : routes, chemins de fer, ports… autant de veines ouvertes sur lesquelles Pékin injecte son crédit et son savoir-faire, tissant peu à peu une dépendance pragmatique et assumée. Lors de cette visite, le Kenya espère consolider cette dynamique, négociant notamment un ambitieux projet autoroutier et une extension ferroviaire stratégique.

Mais si le Kenya regarde vers la Chine, c’est aussi parce que la Chine voit en Nairobi un hub idéal pour rayonner sur l’Afrique orientale, de l’océan Indien aux Grands Lacs. Pékin ne cache plus son appétit : investir aujourd’hui, pour contrôler demain les flux de marchandises, de données et d’influence.

Vingt accords de coopération ont été signés lors de cette rencontre historique. Sécurité, technologie, économie : chaque secteur vital a été méticuleusement coché, comme les cases d’une grille stratégique savamment pensée.

Ultime clin d’œil à cette bascule géopolitique, Ruto a confié à Xi son intérêt pour rejoindre le club des BRICS. Un geste hautement politique : s’agréger à ce contre-pôle formé autour de Pékin et Moscou, c’est tourner ostensiblement le dos à l’ordre occidental hérité de la Guerre froide.

La visite de Ruto à Pékin, en somme, n’est pas seulement un événement diplomatique. Elle est un signe des temps : celui d’un monde en recomposition où les nations émergentes, déçues par les promesses non tenues de l’Occident, réinventent leurs alliances en fonction de leurs intérêts bien compris

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