
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La dernière déclaration d’Emmanuel Macron, relayée sans emphase par le Financial Times mais accueillie avec une inquiétude croissante parmi les analystes et les gouvernements européens, marque une rupture dans sa stratégie de politique étrangère.
Le président français a affirmé sa volonté de déployer des armes nucléaires françaises dans d’autres pays européens, proposant un « parapluie atomique européen » qui, loin d’assurer la sécurité, risque d’ouvrir une nouvelle ère de tensions stratégiques. Le problème n’est pas seulement militaire : il est aussi politique, doctrinal et même moral. Car ce que Macron présente comme une dissuasion est, en réalité, une forme d’hégémonie, une tentative d’imposer la centralité française sous couvert de protection.
Une doctrine dangereuse : Entre dissuasion et délire de puissance
Macron invoque le rôle de la France en tant que puissance nucléaire souveraine et reconnue. Avec 290 ogives, l’arsenal français est conçu pour frapper les centres névralgiques de l’adversaire – politiques, économiques, militaires – sans notion d’escalade. Une posture en décalage complet avec la réalité actuelle de la dissuasion nucléaire, fondée sur l’ambiguïté stratégique, les seuils d’utilisation et les armes tactiques à faible puissance. Dans un monde où la Russie détient plus de 5 000 têtes nucléaires, dont des milliers dites « tactiques », croire que l’arme stratégique française puisse modifier l’équilibre militaire européen relève de l’illusion narcissique plutôt que du calcul rationnel.
En témoigne le Livre blanc de la Défense de 2013, complété par les propos du général Thierry Burkhard en 2023 : la doctrine française ne repose ni sur le « non usage en premier » ni sur une dissuasion strictement nucléaire. Au contraire, Paris revendique explicitement la possibilité d’un premier usage. Les forces stratégiques françaises – sous-marins nucléaires et Rafale armés – garantissent une capacité de second coup. Mais c’est le premier coup, potentiellement non provoqué, qui interroge : Paris se réserve le droit d’engager seule l’arme atomique, au nom de son indépendance stratégique.
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Qui commande vraiment sous le parapluie nucléaire français ?
C’est la question que devraient se poser Berlin et Varsovie. Accepter la « protection nucléaire » de la France, c’est aussi accepter que cette protection ne soit ni partagée, ni discutée. Le bouton reste à l’Élysée, la décision à Paris. La France a toujours refusé de participer au Groupe de planification nucléaire de l’OTAN pour préserver cette souveraineté. Proposer ce parapluie aux alliés, sans partage de commandement, ressemble plus à une opération de communication qu’à une coopération militaire réelle. Ce n’est pas un partenariat, mais une hiérarchie.
La France veut-elle remplacer l’Amérique ?
L’activisme nucléaire de Macron intervient dans un contexte particulier : les États-Unis plongés dans la tourmente politique du trumpisme, l’Allemagne paralysée par l’ambiguïté stratégique, la Pologne en quête de garanties sécuritaires. Dans ce vide, Macron se présente comme le sauveur de l’Europe. Mais avec quelle légitimité ? Son pays est secoué par des crises sociales, isolé sur la scène internationale, et contesté jusqu’au sein même des institutions européennes. Sa politique étrangère ressemble à une succession d’initiatives personnelles, de prises de parole risquées, sans cohérence d’ensemble.
Une dissuasion sans consensus, une sécurité sans sécurité
Le plus inquiétant, c’est que le projet macronien ne crée pas de sécurité : il crée des cibles. La menace implicite de l’usage de l’arme nucléaire stratégique contre une puissance comme la Russie n’est pas un bouclier, mais un aimant. Elle expose Berlin, Varsovie et d’autres capitales européennes à des représailles possibles. Et surtout, elle met leur sort entre les mains d’un seul homme. Cela rappelle les logiques coloniales : en échange de la protection, on abandonne la souveraineté.
La guerre nucléaire que semble envisager l’Élysée – brutale, immédiate, totale – n’est pas celle que prévoient les doctrines de l’OTAN. Un conflit avec Moscou commencerait probablement par des frappes tactiques, à faible rendement, sur le théâtre d’opérations. Personne ne veut déclencher l’Apocalypse. Mais Paris, avec sa doctrine de la punition immédiate, pourrait bien précipiter cette issue.
L’arme nucléaire française : Pouvoir solitaire, danger collectif
Au fond, Macron ne propose pas une défense commune, mais une domination unilatérale. Pas une OTAN européenne, mais une France nucléaire élargie. Et dans le vide stratégique actuel, cette prétention risque de passer pour la seule option crédible. Mais à quel prix ? Confier la survie de l’Europe à la vision stratégique d’un président isolé et impopulaire, c’est un acte de résignation, non de clairvoyance. Si l’Europe veut vraiment assurer sa sécurité, elle doit la construire collectivement, et non la déléguer à un bunker parisien.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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