PORTRAIT – Oleg Gordievsky : Mort en exil de l’homme qui convainquit l’Occident d’éviter l’enfer

Oleg Gordievsky (à droite) et le président des États-Unis Ronald Reagan en 1987
Oleg Gordievsky (à droite) et le président des États-Unis Ronald Reagan en 1987

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Le samedi 22 mars, les médias britanniques ont annoncé la mort d’Oleg Gordievsky, l’homme qui, selon certains, aurait à lui seul aidé l’Occident à éviter une confrontation nucléaire avec l’Union soviétique dans les dernières et dangereuses années de la guerre froide. Il avait 86 ans et vivait depuis longtemps en Angleterre, sous la protection des services britanniques. Son décès, survenu le 4 mars dans une maison de Godalming, une petite ville du sud-est de l’Angleterre, n’est pas considéré comme suspect, même si – curieusement – l’enquête a d’abord été confiée à la division antiterroriste de la police du Surrey.

Un détail qui, dans le cas de Gordievsky, ne peut passer inaperçu. En 2007, il fut hospitalisé d’urgence, dans le coma pendant près de deux jours. Ce ne sont pas les services de renseignement qui l’ont sauvé, mais le personnel médical britannique. Par la suite, l’ancien agent déclara avoir été empoisonné : les somnifères qu’il avait pris auraient été, selon lui, altérés par un prétendu « homme d’affaires » d’origine russe. Aucun nom, aucun procès, aucune certitude. Mais aussi aucune véritable dénégation.

Un officier du KGB au service de l’Occident

Son histoire ressemble à un scénario de film. Entré au KGB en 1963, Gordievsky fut affecté à divers postes diplomatiques en Europe. Mais c’est l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 qui marqua sa rupture avec Moscou. Cet acte de force fit s’effondrer sa foi dans le socialisme réel. En 1974, il prit contact avec les services de renseignement danois, puis avec le MI6 britannique. À partir de là, il devint l’un des agents doubles les plus précieux de la guerre froide.

En 1982, il fut envoyé comme fonctionnaire à l’ambassade soviétique de Londres. Les services britanniques, qui exploitaient déjà ses informations, jouèrent alors une carte risquée : ils firent expulser ses supérieurs, permettant ainsi à Gordievsky de gravir les échelons de la représentation soviétique et d’assumer le rôle de résident désigné du KGB dans la capitale britannique. Un coup de maître.

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L’homme qui conseillait Thatcher et Reagan

Mais Gordievsky n’était pas seulement un habile manœuvrier. Il fournit à l’Occident une infinité de documents et d’analyses. Ses renseignements arrivèrent directement sur les bureaux de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, au moment même où la confrontation entre les blocs semblait prête à dégénérer. Ce fut lui, selon plusieurs historiens du renseignement, qui mit Londres et Washington en garde : Moscou ne bluffait pas. La peur d’une attaque nucléaire était réelle, surtout après les manœuvres de l’OTAN en 1983. Et l’Occident risquait, avec sa rhétorique agressive, de déclencher une escalade involontaire mais dévastatrice.

C’est pourquoi certains observateurs attribuent à Gordievsky un mérite non négligeable : avoir contribué à éviter une guerre nucléaire, en convainquant les dirigeants occidentaux d’adoucir leur ton au moment le plus critique.

Traître ou visionnaire ?

En 1985, il fut rappelé à Moscou. Malgré les soupçons, il fut interrogé mais non arrêté. Grâce à l’une des opérations les plus rocambolesques de l’histoire du MI6, il fut exfiltré clandestinement d’URSS, caché dans un compartiment secret d’une Volvo qui roula jusqu’à la Finlande. Il fut ensuite condamné à mort par contumace pour haute trahison. Ce n’est qu’en 1991, après des années de négociations secrètes entre Londres et Moscou, que sa famille put le rejoindre en exil.

Gordievsky resta un homme placé sous surveillance permanente, protégé et redouté, mais aussi célébré dans les cercles du renseignement britannique. Pour certains, un traître. Pour d’autres, un espion idéaliste, de ceux qui préfèrent le risque de la fuite au silence de l’obéissance.

Une mort paisible dans un monde inquiet

Aujourd’hui que son parcours s’est achevé, une question demeure : à une époque où une nouvelle guerre froide entre l’Occident et la Russie semble relancée, quelle valeur accorder au geste de celui qui, il y a quarante ans, tentait encore de construire des ponts dans la nuit de la méfiance réciproque ? Gordievsky est mort dans un monde qui ressemble de plus en plus à celui qu’il avait contribué à éloigner.

Et tandis que Londres ferme le dossier, il serait peut-être temps d’en rouvrir un autre : celui du retour d’une logique de blocs opposés que l’on croyait reléguée à l’histoire, mais qui, aujourd’hui plus que jamais, appelle des interprètes, du courage et de la vérité.

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