
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le pouvoir qui ne s’expose pas
Dans la hiérarchie militaire chinoise, le pouvoir le plus solide n’est pas toujours celui qui s’affiche. Xu Youming appartient à cette catégorie rare : un responsable qui ne parle pas, ne se montre pas, ne signe rien, mais occupe l’un des nœuds les plus sensibles de l’appareil de sécurité de la République populaire. À la tête du bureau du renseignement du Département d’état-major conjoint de la Commission militaire centrale, Xu incarne l’œil discret par lequel le sommet politique et militaire observe l’extérieur.
Dans un système où la loyauté compte autant que la compétence, sa longévité depuis 2016 est révélatrice. C’est l’année des grandes réformes voulues par Xi Jinping, lorsque l’Armée populaire de libération est restructurée pour démanteler les fiefs, redessiner les chaînes de commandement et recentraliser le contrôle au profit du centre.
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Un parcours forgé dans l’ombre
Xu Youming n’est ni un général de parade ni un chef médiatique. Sa carrière passe par des postes discrets : attaché militaire en Asie centrale puis en Amérique latine, fonctions qui, dans la pratique chinoise, servent à former des officiers capables de lire des environnements politiques complexes, de tisser des réseaux et de collecter du renseignement humain. De là naît un profil de technocrate de la sécurité, plus analyste que tribun.
Sa fonction actuelle le place au cœur du renseignement stratégique, en particulier humain, celui que la technologie ne remplace pas et que le pouvoir juge le plus fiable. À l’ère des satellites et du cyber, Pékin continue d’investir dans l’humain. Xu en est le garant.
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Les purges et la sélection des fidèles
L’année 2025 a été marquée par une vague de purges au sein de l’appareil militaire chinois. Officiellement motivées par la lutte anticorruption, elles ont touché des secteurs clés, notamment la force des missiles et certains commandements régionaux. En réalité, elles relèvent aussi d’une recomposition des équilibres internes à l’approche d’échéances stratégiques majeures.
Dans ce contexte, la survie politique de Xu Youming n’est pas fortuite. Résister aux purges signifie être jugé à la fois indispensable et sûr. Son utilité n’est pas seulement opérationnelle ; elle est politique : garantir à Xi un flux d’informations maîtrisé, cohérent, sans interférences de centres de pouvoir concurrents.
Taïwan comme centre de gravité
Le dossier central demeure Taïwan. Toute planification militaire, toute stratégie de pression ou de dissuasion commence par le renseignement. Évaluer les intentions, la résilience politique, les réactions régionales et, surtout, celles des États-Unis exige une machine informationnelle fluide. Le bureau dirigé par Xu est le filtre par lequel ces données parviennent à la Commission militaire centrale, réduisant le risque de surprises et d’erreurs d’appréciation.
L’enjeu n’est pas seulement la préparation d’un conflit, mais la capacité à soutenir une stratégie de long terme faite de dissuasion graduée et de gestion du tempo. Dans ce schéma, le renseignement permet d’accélérer ou de différer la décision.
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Une stabilité trompeuse
La continuité de Xu Youming ne signale pas l’immobilisme, mais une transition contrôlée. Alors que des généraux tombent et que des structures sont remaniées, le renseignement demeure un pilier intouchable. C’est le paradoxe du pouvoir chinois : changer beaucoup pour préserver l’essentiel.
Tant que Xu restera en poste, Xi pourra s’appuyer sur un appareil discret mais central, qui soutient toute l’architecture décisionnelle. Dans un système où la politique et la sécurité sont indissociables, celui qu’on ne voit pas est souvent celui qui pèse le plus.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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