
Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Réunies au Caire le 20 décembre 2025, une soixantaine de délégations africaines ont participé à une conférence organisée par la Russie afin de réaffirmer la dynamique du partenariat russo-africain. Moscou entend démontrer qu’en dépit de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales, ses relations politiques, économiques et commerciales avec le continent africain continuent de se structurer.
Sur le plan institutionnel, la Russie met en avant l’existence de mécanismes bilatéraux formalisés. Dans une dépêche publiée le 18 décembre 2025 par l’agence russe TASS à l’occasion de la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov souligne volontiers que 19 commissions intergouvernementales de coopération – commerciales, économiques, scientifiques et techniques – sont actuellement opérationnelles entre la Russie et des États africains. Selon Moscou, ces commissions jouent un rôle clé dans le rapprochement entre les milieux d’affaires et doivent être étendues à d’autres pays africains.
La Russie inscrit également cette coopération dans le cadre plus large de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), présentée par Sergueï Lavrov comme une opportunité stratégique. À terme, ce marché commun africain, dont le PIB cumulé dépasse les 3 000 milliards de dollars, pourrait faciliter les échanges et les investissements russes sur le continent.
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Une progression commerciale réelle mais modeste
Sur le plan des échanges, Moscou met en avant une augmentation mesurée mais continue du commerce avec l’Afrique. Selon les chiffres cités par le chef de la diplomatie russe, le volume des échanges commerciaux entre la Russie et le continent africain a augmenté de plus de 50 % depuis 2019, pour atteindre plus de 27 milliards de dollars en 2024. Un niveau encore limité à l’échelle du commerce africain global, mais que Moscou considère comme une base appelée à s’élargir.
Les priorités affichées concernent le renforcement du commerce avec l’Afrique subsaharienne, l’augmentation des exportations africaines vers le marché russe, ainsi que la mise en place de mécanismes de paiement alternatifs, fondés sur l’utilisation des monnaies nationales, afin de réduire la dépendance aux circuits financiers dominés par le dollar et l’euro.
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Des attentes africaines clairement exprimées
Lors des discussions au Caire, plusieurs délégations africaines ont toutefois insisté sur la nécessité de dépasser les cadres institutionnels et les déclarations d’intention. Les secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie figurent parmi les priorités, mais nombre de pays africains attendent surtout de la Russie une contribution accrue à la création de valeur ajoutée locale, notamment par l’industrialisation, la transformation des matières premières et le transfert de compétences.
Cette attente reflète une évolution plus large des positions africaines : les partenariats sont désormais évalués à l’aune de leurs retombées économiques concrètes, et non plus uniquement sur des bases politiques ou diplomatiques.
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Un partenariat encore en construction
Sept ans après le sommet de Sotchi en 2019 et deux ans après celui de Saint-Pétersbourg en 2023, la relation Russie-Afrique reste marquée par un écart entre l’architecture institutionnelle mise en place et les résultats économiques tangibles. Le prochain sommet Russie-Afrique, prévu en 2026 et annoncé au niveau des chefs d’État, constituera un test important pour mesurer la capacité de Moscou à transformer ses mécanismes de coopération en projets structurants.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
