RAPPORT – L’influence occulte du régime iranien en Europe

Par la rédaction du Diplomate
Les réseaux d’influence de Téhéran
Introduction
Plusieurs rapports récents ont évoqué l’influence du régime iranien en Europe et en France. Mais ce phénomène ne date pas d’hier. Des lanceurs d’alerte en avaient déjà dénoncé les signes depuis longtemps, sans toutefois réussir à attirer l’attention qu’ils méritaient.
Depuis 2003, et plus encore depuis la séquence 2013–2015 des négociations nucléaires, le régime de la République islamique d’Iran a mis en place une stratégie structurée d’influence en direction des sociétés et des élites européennes. Celle-ci combine les instruments classiques de la diplomatie (ambassades, visites officielles, « diplomatie parlementaire ») avec des outils plus diffus : réseaux d’universitaires, think tanks, associations culturelles, groupes d’amitié parlementaires et figures de la diaspora, insérées dans les milieux médiatiques, académiques ou politiques.
Entre 2023–2025, plusieurs révélations et rapports ont donné de la consistance empirique à ce qui relevait jusqu’alors surtout de l’intuition stratégique :
- La mise au jour par Semafor, à partir d’e-mails fuités, d’un dispositif coordonné par le ministère iranien des Affaires étrangères, l’Iran Experts Initiative (IEI), conçu pour fournir des « experts » capables de relayer les narratifs de Téhéran dans les think tanks occidentaux ; (semafor.com)
- La publication, en novembre 2023, du rapport des Amis d’un Iran libre (FoFI) auprès du Parlement européen, Retracer le réseau d’influence de l’Iran dans la politique européenne, qui cartographie une série de relais d’influence dans plusieurs États membres et au sein des institutions de l’UE ; ( FOFI-IranFocus )
- En France, la remise à l’automne 2025 d’un rapport de 86 pages piloté par Gilles Platret et auquel ont contribué journalistes, avocats, experts, géopolitologues et spécialistes de l’Iran, comme Frédéric Encel pour le think tank France 2050 sur L’infiltration en France de la République islamique d’Iran (Rapport), ainsi que la médiatisation de ses conclusions par divers médias. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/espions-agents-d-influence-proxies-ce-rapport-alarmant-qui-denonce-l-entrisme-iranien-en-france-20251029
- La parution en juin 2025 de l’ouvrage des journalistes Jean-Marie Montali et Emmanuel Razavi, La pieuvre de Téhéran, Éditions du Cerf, 2025.
L’hypothèse centrale de cette étude est réaliste et simple : loin d’être un simple « soft power » culturel, cette politique d’influence constitue un instrument de puissance, articulé aux objectifs stratégiques du régime (sécurisation de la profondeur stratégique régionale, contournement des sanctions, légitimation du programme nucléaire, affaiblissement des oppositions internes et externes). L’Europe, en particulier la France, apparaît comme un terrain d’action privilégié, à la fois parce qu’elle reste un acteur diplomatique important sur le dossier iranien et parce que ses démocraties libérales présentent des vulnérabilités structurelles aux ingérences.
Parallèlement, l’évolution géostratégique du Proche Orient à l’été 2025, et en particulier la guerre ouverte entre Israël et la République islamique d’Iran – avec la neutralisation temporaire de plusieurs de ses proxys (Hamas, Hezbollah, Ansar Allah/Houties) – fragilise l’arrière-boutique iranienne en Europe. En effet, un régime exposé militairement et diplomatiquement perd de sa capacité de projection d’influence, réduit ses marges de manœuvre de « puissance alternative » et voit ses réseaux d’influence – qui reposaient en partie sur la promesse d’un rôle géopolitique fort – remis en question.
Plus grave encore, à l’intérieur de l’Iran, une succession de soulèvements à répétition depuis 2017 a exposé au grand jour l’isolement interne du régime, en particulier les manifestations intenses et de longue durée qui ont suivi l’assassinat de la jeune Mahsa Jina Amini en septembre 2022, et le soulèvement de décembre 2025 qui marqua le début de l’année 2026 par des manifestations extrêmement étendus dans l’ensemble du pays, suivi d’une des répressions les plus sanglantes de l’histoire de l’Iran. Cette répression qui a tournée au massacre avec des milliers de manifestants tués à accentué l’isolement interne et internationale du régime. Dans ce contexte, l’opération d’influence européenne du régime iranien entre au moment, où isolé au sein de sa propre population, ses principaux outils stratégiques au Moyen Orient sont affaiblis, ce qui renforce l’urgence pour l’Europe de « mettre à l’épreuve » la nature réelle de ces réseaux. Ceci d’autant plus que nous assistons, en parallèle, à une recrudescence des opérations terroristes du régime iranien, et les pressions sur ses opposants sur le sol européen.
I. Cadre général : Une stratégie d’influence structurée
I.1. De la diplomatie classique aux « opérations d’influence »
Sur le plan doctrinal, rien ne distingue fondamentalement l’approche iranienne de celle d’autres puissances moyennes ou révisionnistes (Russie, Turquie, Chine) : Téhéran cherche à peser sur les environnements informationnels et décisionnels étrangers, en particulier ceux des puissances ayant un impact sur ses dossiers vitaux (sanctions, nucléaire, IRGC, proxys régionaux). La spécificité iranienne tient à trois éléments :
- Le statut idéologique du régime : l’exportation de la « révolution islamique » reste inscrite dans le logiciel politico-religieux du pouvoir.
- L’isolement international : sous sanctions depuis des décennies, l’Iran a appris à contourner, fragmenter ou neutraliser la pression occidentale en travaillant les élites adverses de l’intérieur.
- L’expérience clandestine : l’appareil sécuritaire et diplomatique iranien (VEVAK, IRGC, Qods, ministère des Affaires étrangères) a développé une culture de la dissimulation, des fronts associatifs et des opérations hybrides qui se transpose naturellement à l’influence.
- Terrorisme d’Etat : le recours au terrorisme d’État et à des procédés violents, y compris à l’étranger, ainsi que la collusion avec des réseaux du grand banditisme et mafieux en Europe.
Le rapport FoFI au Parlement européen insiste sur le passage, à partir de 2014, à une stratégie plus structurée, avec la mise en place de l’Iran Experts Initiative (IEI), conçue pour faire émerger un « noyau dur » de 6 à 10 experts irano-occidentaux insérés dans des think tanks et universités, chargés de « promouvoir les arguments de Téhéran » et d’améliorer son image en Occident. (semafor.com)
I.2. L’apport du rapport du Semafor et du FoFI : Une grille de lecture européenne
Le rapport Retracer le réseau d’influence de l’Iran dans la politique européenne publié fin novembre 2023 par un groupe de parlementaires européens « les Amis d’un Iran libre » ou FOFI (Friends of a Free Iran – EP) constitue le premier effort systématique de cartographie de ces réseaux au niveau européen. (FOFI-IranFocus)
Ses apports principaux :
- Il documente la manière dont des diplomates iraniens ont, au début des années 2010, conceptualisé l’IEI comme un outil pour influencer les travaux des think tanks et les débats publics sur l’accord nucléaire et les sanctions.
- Il souligne que certains de ces experts ont par la suite occupé des postes au plus près des décideurs, y compris au sein d’administrations américaines ou européennes.
- Il insiste sur un volet européen encore sous-documenté : participation à des conférences à Bruxelles, contacts avec des parlementaires, interventions dans des médias européens, en particulier en Allemagne, au Royaume-Uni et dans les institutions de l’UE.
Les recoupements avec les enquêtes de Semafor donnent de la consistance à l’argumentaire de ce rapport. (semafor.com)
I.3. L’encadrement institutionnel européen : Une vulnérabilité assumée
Parallèlement, l’Union européenne a pris conscience de manière tardive de l’ampleur des ingérences étrangères (Russie, Chine, États du Golfe, etc.). Le rapport A9-0187/2023 du Parlement européen sur « l’ingérence étrangère dans tous les processus démocratiques de l’Union » et la résolution qui en a découlé en mai 2023 fixent un cadre et des recommandations (registre de transparence, contrôle des financements, régulation des plateformes numériques), mais restent génériques.
L’Iran ne figure pas toujours au premier rang des menaces citées, celles-ci étant dominées par la Russie (désinformation, soutien à l’extrême droite) et, de plus en plus, par la Chine. Cette hiérarchisation contribue paradoxalement à une zone grise dont Téhéran tire avantage : l’influence iranienne est réelle mais moins surveillée, donc plus aisée à déployer.
Ce que révèle ce rapport a de quoi troubler : les gouvernements et institutions européens élaborent une partie de leur politique iranienne en s’appuyant sur les analyses d’experts qui, selon ces informations, appartiendraient eux-mêmes à un réseau façonné par Téhéran. À la manœuvre, plusieurs responsables iraniens – notamment Saïd Khatibzadeh, conseiller de l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif – qui auraient patiemment tissé des liens avec des universitaires et des chercheurs étrangers. Cette stratégie intentionnelle visait à injecter les narratifs iraniens dans les forums politiques internationaux et dans les médias, une opération dont les conséquences potentielles pour la diplomatie et la sécurité mondiales sont considérables.
Les courriels divulgués, échangés entre diplomates et analystes iraniens sur près de vingt ans, de 2003 à 2021, étaient conservés par Mostafa Zahrani, ancien directeur général des affaires stratégiques au ministère iranien des Affaires étrangères. Ils dévoilent l’existence d’un réseau d’individus jouant le rôle de relais des récits promus par Téhéran. Parmi eux figuraient des universitaires et des chercheurs qui, par la suite, ont accédé à des positions clés au sein du gouvernement américain, de groupes de réflexion ou d’institutions européennes, influençant de manière subtile mais réelle des décisions politiques sensibles.
Ce dispositif reposait sur une stratégie en deux volets : d’une part, défendre les positions de Téhéran sur des sujets tels que le nucléaire ou les activités déstabilisatrices du régime dans la région, tout en évitant d’apparaître comme des soutiens directs du pouvoir ; d’autre part, diffuser l’idée erronée qu’aucune opposition organisée et crédible n’existe face au régime. L’objectif final était clair : imposer le narratif iranien dans les sphères politiques et médiatiques internationales.
I.4. Le recrutement de la deuxième génération d’Iraniens en Occident
Au cœur de cette entreprise se trouvait un groupe soigneusement sélectionné d’individus présentés par Saïd Khatibzadeh comme des « Iraniens distingués de la deuxième génération », actifs dans des think tanks influents et des institutions universitaires prestigieuses à travers le monde.
Parmi les membres de ce réseau figuraient notamment Ariane Tabatabai, qui fut Chef de cabinet de l’Assistant du secrétaire adjoint à la Défense pour les opérations spéciales au Pentagone (Operations and Low-Intensity Conflict ) ; Dina Esfandiary, conseillère principale à l’International Crisis Group (ICG) ; ainsi qu’Ali Vaez, directeur du projet Iran du Crisis Group et conseiller principal auprès de son président.
Ariane Tabatabai, fille d’un exilé iranien réfugié en France dans les années 90, puis émigré aux Etats-Unis, qui occupe un poste nécessitant une habilitation de sécurité au sein du gouvernement américain, avait auparavant fait partie de l’équipe de négociation de Robert Malley sur le nucléaire iranien après l’arrivée au pouvoir de l’administration Biden en 2021.
Son mentor, Robert Malley, ancien envoyé spécial américain pour l’Iran sous l’administration Biden, a été au centre d’une controverse majeure en 2023 concernant la gestion de documents classifiés.
En 2024, le Pentagone a réaffecté Ariane Tabatabai – dont le nom a été associé à une fuite de documents de renseignement portant sur des plans de frappes israéliens contre l’Iran – à un poste lui donnant désormais un accès fortement réduit aux informations et plans militaires classifiés.
Toutefois le Pentagone a démenti qu’elle soit à l’origine de la fuite…
Quant à Dina Esfandiary, elle occupe aujourd’hui des responsabilités de haut niveau au sein de l’International Crisis Group, organisation que Robert Malley a dirigée de 2018 à 2021.
Ce qui inquiète davantage encore, c’est qu’en 2025, malgré ce rapport accablant et difficilement contestable, les personnes mises en cause continuent d’exercer une influence et sont régulièrement sollicitées par les médias pour commenter la politique européenne ou américaine vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Iran.
Ali Vaez, directeur des recherches sur l’Iran à l’International Crisis Group, continue à pousser les pays occidentaux à des compromis avec l’Iran :
Dès lors, une question s’impose : cette absence de vigilance des milieux diplomatiques et universitaires relève-t-elle de la naïveté la plus désarmante, ou bien est-elle le produit direct de la politique d’ouverture et de complaisance menée depuis des années envers le régime iranien ?
Si cette politique indulgente a conduit chancelleries et diplomates, tant en Europe qu’aux États-Unis, à minimiser les risques, pourquoi ne pas interroger la provenance des discours accommodants de certains responsables politiques, diplomates, chercheurs, universitaires ou journalistes en France ? Beaucoup d’entre eux reprennent, avec de légères variations, un narratif qui sert en réalité les objectifs poursuivis par les officiels iraniens, même lorsque leurs propos semblent teintés de critique contre les agissements d’une dictature religieuse pourtant indéfendable. Dans ces conditions, peut-on encore parler d’une véritable analyse d’expert, ou s’agit-il plutôt d’un conditionnement progressif de l’opinion publique et de nos décideurs ? D’autant que l’on retrouve systématiquement les mêmes voix, relayant inlassablement le même récit, comme si une seule grille de lecture devait s’imposer à tous.
I.4. Quelques méthodes de recrutement et d’influence
Les méthodes d’influence et de recrutement du régime iranien reposent sur un mélange soigneusement dosé d’attraction, de contrainte et de chantage. Les individus ciblés ne sont pas choisis au hasard : il s’agit de personnes pour lesquelles Téhéran dispose d’un moyen de pression, principalement parce qu’elles ont besoin de se rendre en Iran – pour des raisons familiales, professionnelles ou académiques.
Le régime maîtrise parfaitement l’usage de la prise d’otages d’État, qu’il applique depuis des années contre des ressortissants étrangers ou des personnes à double nationalité. Mais il existe une forme plus insidieuse de captivité : toute personne aspirant à retourner en Iran peut se retrouver piégée. Plus la nécessité du voyage est forte, plus la vulnérabilité augmente – et plus la manipulation devient possible.
Les profils ciblés sont variés : des Iraniens de la diaspora en manque de leur pays, contraints de revenir pour une succession, un enterrement ou un parent malade ; des journalistes désireux d’obtenir un visa pour un reportage ; des chercheurs et universitaires ayant besoin d’accéder au terrain pour avancer leurs travaux. Tous sont exposés à une mécanique bien rodée : on leur ouvre une porte, on facilite une procédure, on accorde un privilège – puis on leur demande en retour un “service”, une prise de position, une médiation, une tribune, voir participer à la désinformation.
Ainsi se construit une forme de loyauté forcée : ce n’est pas une adhésion idéologique, mais une dépendance créée artificiellement par la rareté du visa et la peur de perdre l’accès au territoire iranien. C’est l’un des ressorts les plus efficaces de l’appareil d’influence de Téhéran en Occident.
Ces méthodes ne sont pas passé inaperçu des services de renseignement européens. En Allemagne, qui comptent le plus grand nombre d’Iraniens, l’« Office fédérale pour la protection de la Constitution» (BfV) écrivait déjà dans un rapport en 1999 : « Ce recrutement se fait principalement lors des visites en Iran, d’Iraniens vivant à l’étranger en Iran. Ils sont interpellés par le VEVAK et parfois contraints de coopérer avec les services de renseignement sous la menace de pressions contre eux-mêmes ou contre les membres de leur famille vivant en Iran ». https://verfassungsschutzberichte.de/bund/2004
Le journaliste du Point spécialiste de l’Iran et d’origine iranienne, Armin Arefi avait évoqué cette manipulation dans un livre qu’il avait publié. Dans un entretien accordé à L’Opinion en février 2019, le journaliste Armin Arefi a révélé une méthode de pression typique utilisée par les agents du régime iranien pour tenter d’influencer la presse étrangère. Son récit illustre parfaitement la mécanique : offrir des facilités de travail en Iran… en échange d’articles hostiles à l’opposition iranienne en particulier contre les Moudjahidines du peuple d’Iran, l’une des forces les mieux structurées sur le sol iranien.
Arefi montre ainsi comment la République islamique tente de transformer la dépendance aux visas et aux autorisations en un outil d’influence : une pression subtile, mais constante, destinée à obtenir des récits conformes aux intérêts du régime et hostiles à ses adversaires.
II. Mécanismes et acteurs de l’influence iranienne
II.1. Les ambassades : Pivots de la manœuvre
Les ambassades iraniennes en Europe, et en particulier celle de Paris, jouent un rôle pivot dans la mise en musique de ces opérations, à tel point que ces rapports qualifient l’ambassade d’Iran à Paris comme un hub européen d’influence, articulant :
- La diplomatie officielle (contacts avec le Quai d’Orsay, protocoles, échanges parlementaires) ;
- La gestion de la diaspora et des associations amies ;
- La coordination avec des « agents d’influence » académiques, médiatiques ou militants.
Les diplomates ne sont évidemment pas tous des agents clandestins, mais l’expérience historique de l’Iran – y compris dans des opérations d’attentats et de surveillances de dissidents en Europe dans les années 1980–1990 – rappelle que la frontière entre diplomatie et action spéciale est, dans ce système politico-sécuritaire, poreuse. Pour rappel, Assadollah Assadi, officier du ministère du Renseignement et de la Sécurité iranien (MOIS ou VEVAK), opérait sous couverture diplomatique en tant que troisième secrétaire de l’ambassade d’Iran à Vienne. Il a été arrêté en Allemagne pour avoir préparé un attentat à la bombe – finalement déjoué – contre le rassemblement de l’opposition à Villepinte en juin 2018. Il fut condamné par le tribunal d’Anvers (Belgique) à 20 ans de prison ferme, la peine maximale prévue, pour tentative de meurtre terroriste et participation aux activités d’un groupe terroriste. Assadi a été libéré le 26 mai 2023 dans le cadre d’un échange de prisonniers négocié contre l’humanitaire belge Olivier Vandecasteele, mais aussi le touriste français Benjamin Brière et le guide touristique franco-irlandais Bernard Phelan, libérés deux semaines plus tôt.
II.2. Le rôle d’acteurs hybrides : Le cas Alireza Khalili
Dans ce dispositif, des figures « hybrides » concentrant plusieurs casquettes apparaissent comme des pièces maîtresses. C’est le cas d’Alireza Khalili, présenté dans plusieurs sources comme :
- Directeur de cabinet de l’ambassadeur d’Iran à Paris ;
- Président du Centre franco-iranien (CFI), association loi 1901 fondée en 2016 et très active dans l’organisation d’événements culturels et académiques franco-iraniens ;
- Enseignant en géopolitique dans l’enseignement supérieur privé français. (theatrum-belli.com)
Le CFI se présente officiellement comme une structure de promotion du dialogue culturel et économique entre la France et l’Iran. Ses activités (conférences, dîners-débat, événements à Paris) sont, en soi, légitimes. La question géopolitique porte sur les convergences d’intérêt :
- Adossement systématique à l’ambassade iranienne (co-organisation d’événements, présence d’ambassadeurs, relais des positions officielles) ;
- Profil d’« interface » d’Alireza Khalili, à la fois diplomate de fait, chef d’association et universitaire, lui permettant d’entrer en contact avec des élus, des cadres d’entreprise, des journalistes, des étudiants.
Les diverses enquêtes de presse le présentent comme une figure centrale du réseau d’influence iranien en France, précisément parce qu’il maîtrise ces différents registres et qu’il se trouve au carrefour de milieux très divers.
II.3. Les associations et centres culturels comme vecteurs d’entrisme
Dans la plupart des pays européens, Téhéran s’appuie sur des associations culturelles, des centres religieux chiites et des structures académiques pour projeter sa vision (mémoire de la révolution islamique, défense de la politique régionale iranienne, légitimation de sa posture antisioniste, etc.).
En France, outre le CFI, ces enquêtes mettent en avant :
- Des structures religieuses chiites liées idéologiquement à la République islamique ;
- Des associations étudiantes ou culturelles organisant des voyages en Iran, des commémorations, des débats sur le nucléaire ou la politique américaine, souvent en lien discret avec l’ambassade.
L’enjeu, là encore, n’est pas de criminaliser toute activité culturelle liée à l’Iran, mais de noter que ces structures peuvent servir de plateformes de sélection et de recrutement : repérer des personnalités influentes, tester les affinités idéologiques, offrir des invitations et, à terme, disposer de relais capables de peser sur des dossiers sensibles.
La liste des fondateurs et le Conseil d’administration du CFI en dit long sur les milieux visés par cet organisme.
https://www.france-iran.org/organisation
II.4. L’outil parlementaire : Groupes d’amitié et diplomatie parlementaire
L’un des maillons les plus sensibles – et les moins régulés – dans les démocraties parlementaires européennes est constitué par les groupes d’amitié interparlementaires. En France, le groupe d’amitié France–Iran à l’Assemblée nationale illustre cette vulnérabilité.
Au 17 novembre 2025, la page officielle de l’Assemblée indique que ce groupe est présidé par Ayda Hadizadeh, députée PS du Val-d’Oise (2ᵉ circonscription). (Assemblée nationale)
La note de contexte :
- Fin 2024, plusieurs articles signalaient déjà qu’une élue socialiste devait reprendre ce groupe, alors en sommeil, dans un contexte de recomposition générale des groupes d’amitié où le PS récupérait notamment les groupes Algérie, Iran, Taïwan et Brésil. (Le Monde.fr)
- La relance de ce groupe intervient à un moment où les ingérences étrangères – y compris iraniennes – sont davantage documentées.
En soi, la diplomatie parlementaire est une pratique classique. Le problème tient dans l’opacité :
- Peu d’obligations de publicité sur les voyages financés par des États tiers ou des structures proches ;
- Difficulté de tracer les contacts, les invitations, les cadeaux ;
- Quasi absence d’analyses ex ante des risques d’influence stratégique.
Parallèlement, le rapport FoFI fait état d’une stratégie de lobbying de l’Iran auprès de parlementaires européens (Réunions à Bruxelles, tribunes, réseaux Trans partisans) notant que certains élus ont repris, parfois mot pour mot, des éléments de langage très proches de la rhétorique officielle iranienne sur l’opposition ou sur les sanctions.
II.5. L’IEI et le rôle des « experts » dans les think tanks
La dimension la plus sophistiquée de cette influence repose sur les experts : universitaires, consultants, chercheurs de think tanks. L’IEI, telle que révélée par Semafor et Iran International, avait pour objectif explicite de constituer un noyau d’experts iraniens de seconde génération occupant des postes respectables dans le milieu des idées en Europe et aux États-Unis, tout en gardant des lignes de communication directes avec le ministère iranien des Affaires étrangères. (semafor.com)
Ces experts :
- Publient dans des revues académiques et des médias « mainstream » ;
- Participent à des briefings à huis clos d’institutions européennes ;
- Interviennent dans des débats publics sur le nucléaire, les sanctions, les proxys régionaux.
Le gain, pour Téhéran, est évident : il ne s’agit plus de diplomates identifiés, mais de voix crédibles, insérées, respectées, susceptibles d’infléchir le cadrage des questions (framing) plutôt que de simplement répéter une propagande brute.
III. Étude de cas : La France comme laboratoire d’influence (2020–2025)
III.1. Le rapport France 2050 : Une radiographie d’ensemble
La mission d’enquête conduite par Gilles Platret pour le think tank France 2050 aboutit, à l’automne 2025, à un rapport volumineux intitulé L’infiltration en France de la République islamique d’Iran. Selon cette étude (Rapport) et ses recensions publiques (CNews, Le Point, Theatrum Belli, Iran International), ce rapport :
- Documente des cas d’espionnage et d’activités d’agents iraniens, notamment dans les milieux étudiants et associatifs ;
- Décrit une stratégie visant à « faire avancer l’islam révolutionnaire » dans l’espace français en s’appuyant sur des relais idéologiques et communautaires ;
- Détaille les liens entre l’ambassade d’Iran, certaines associations culturelles ou « d’amitié », et des élus locaux ou nationaux.
Le rapport, remis à plusieurs autorités françaises fin octobre 2025, insiste notamment sur :
- La centralité de l’ambassade de Paris comme plateforme d’influence continentale ;
- Le rôle d’Alireza Khalili et du Centre franco-iranien ;
- La porosité des universités françaises à certains programmes de coopération ciblés, en particulier autour des questions d’énergie, de sciences politiques et d’islam contemporain.
III.2. Le colloque de la Sorbonne (11 juin 2025) : Mise en lumière de certains relais
Le colloque tenu le 11 juin 2025 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – qui réunit universitaires, journalistes, praticiens et responsables politiques autour de la question de l’entrisme iranien – joue un double rôle :
- D’une part, il contribue à sortir de l’ombre des noms et des structures souvent peu connus en dehors des cercles spécialisés (associations, centres culturels, personnalités de la diaspora) ;
- D’autre part, il fournit un espace où sont exposés des éléments d’enquête (témoignages de journalistes, d’anciens agents, de chercheurs de terrain).
Ce type de réunion révèle un trait structurel :
- Là où le régime iranien a longtemps bénéficié d’un déficit d’attention par rapport à d’autres acteurs d’ingérence, la période post-2022 (soulèvement « Femme, Vie, Liberté ») et post-7 octobre 2023 l’a remis au centre de la scène. Les réseaux d’influence, qui paraissaient auparavant techniques ou marginaux, sont désormais perçus comme des prolongements de la stratégie régionale iranienne, y compris en Europe.
- Une enquête du Point rapporte :
Début juin, un colloque sur les mêmes thèmes s’est tenu à la Sorbonne. Sur l’affiche, on retrouve le logo discret de l’institut Asre Goftego Qalam, basé à Téhéran. Ses actions ont récemment été saluées par la police cybernétique iranienne :
« Un instrument du ministère iranien de la Culture, dénonce un opposant. Sous couvert de dialogue scientifique, ces réunions visent à appeler à ne pas rétablir les sanctions internationales, à normaliser un régime extrêmement répressif et à marteler auprès de la France et de l’Europe qu’elles ne doivent pas laisser les Américains à la manœuvre sur les négociations au sujet du nucléaire. »
https://journal.lepoint.fr/en-france-des-agents-tres-mobilises-2592908
Sous la direction de Siavash Ghafoorianfar, cet institut basé à Téhéran est en réalité un instrument du ministère iranien de la Culture. Parmi ses projets :
- Organisation du Festival de mode du Fajr, promouvant le hijab obligatoire ;
- Organisation d’événements à l’Expo de Dubaï ;
- Tenue de colloques en Europe sous couverture universitaire.
Ghafoorianfar a récemment été décoré par la police cybernétique iranienne comme « serviteur du régime sacré », confirmant son rôle de relais idéologique du pouvoir.
Autre organisme associé à cette conférence : Ferdossi Legal qui se présente comme un cabinet « indépendant » spécialisé dans les marchés du Moyen-Orient. Basé à Téhéran, il revendique une expertise en matière de sanctions internationales et de litiges commerciaux.
La conférence du 11 juin s’inscrit dans une stratégie d’influence indirecte, visant à :
- Défendre le régime iranien sous une apparence de débat intellectuel pluraliste ;
- Légitimer ses positions diplomatiques via des relais qualifiés d’« experts indépendants » ;
- Favoriser un relâchement des pressions économiques et politiques sous couvert de préoccupations humanitaires ou économiques.
Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie plus large de réhabilitation internationale du régime par l’infiltration douce et la délégitimation de l’opposition démocratique. Elles ne relèvent pas d’une volonté de dialogue authentique, mais d’une instrumentalisation des cadres académiques et culturels pour servir des objectifs politiques bien définis.
La présidente du groupe d’amitié France-Iran, Aïda Hadizadeh, y a participé, cautionnant de fait une opération de lobbying servant les objectifs du régime iranien.
III.3. Les groupes d’amitié France–Iran : Inertie, réveil et risques
Le groupe d’amitié France-Iran a longtemps été marginal, voire dormant. La redistribution des présidences des groupes d’amitié en 2024–2025, dans laquelle le Parti socialiste s’est vu attribuer la présidence du groupe France-Iran, marque une forme de réactivation potentielle de la diplomatie parlementaire avec Téhéran. (Le Monde.fr)
La présidente actuelle, Ayda Hadizadeh, ne peut évidemment être tenue pour « agent d’influence » du seul fait de sa fonction. L’enjeu est institutionnel :
- Quels garde-fous existent pour éviter que des groupes d’amitié deviennent des chevaux de Troie pour les stratégies d’influence d’États tiers ?
- Quels mécanismes de transparence sur les rencontres, voyages, cadeaux, invitations ?
- Comment s’assurer que les groupes d’amitié ne deviennent pas des tribunes pour des positions très proches des narratifs officiels d’un régime autoritaire, au détriment d’une lecture équilibrée ?
L’affaire iranienne s’inscrit donc dans une problématique plus large de régulation de la diplomatie parlementaire, mais elle en révèle les angles morts.
Mais la nouvelle présidente du groupe d’amitié France–Iran, elle aussi issue de cette deuxième génération d’Iraniens en exil, explique qu’elle envisage les journalistes d’encourager de recevoir l’ambassadeur iranien à Paris pour évoquer, entre autres, la question des otages français détenus à Téhéran. Elle déclare ainsi :
“J’envisage un temps d’échange avec des journalistes franco-iraniens et des experts franco-iraniens pour éclairer la situation. Je souhaite leur demander s’ils seraient d’accord pour recevoir l’ambassadeur d’Iran en France.”
Une proposition à la fois étonnante et dénuée d’utilité, au moment même où la diplomatie française concentre ses efforts sur la libération de nos ressortissants. Difficile d’y voir autre chose qu’une forme de service de communication offert à l’ambassadeur iranien.
L’ambassadeur de Téhéran, Mohammad Amin-Nejad, a d’ailleurs poussé l’activisme jusqu’à inviter, le 20 février 2025, une trentaine d’étudiants français d’une douzaine d’universités et des grandes écoles, à l’ambassade d’Iran à Paris. ( france.mfa.ir )
La présidente du groupe d’amitié France-Iran, Aïda Hadizadeh, a participé, début juin, au colloque qui s’est tenu à la Sorbonne, organisé entre autres par la controversée association basée en Iran, Asre Goftego Qalam, cautionnant de fait une opération de lobbying servant les objectifs du régime iranien. Un autre intervenant de ce colloque fut Kevan Gafaïti, président de l’IRIG (Institut méconnu de recherche et d’initiative pour la gouvernance), de nationalité française et d’origine iranienne, ayant ses entrées à Science Po et véhiculant les narratives du régime dans les médias. Kevan Gafaïti est celui qui a fait scandale sur LCI en défendant le régime iranien après le massacre perpétré en janvier en Iran. Revenant de l’Iran il a tenté de minimiser l’ampleur de la répression.
Fait particulièrement étonnant : dans une interview accordée au Figaro, Mme Hadizadeh évoque la possibilité pour l’Assemblée nationale de devenir le lieu d’un dialogue entre les forces démocratiques iraniennes. Elle propose même que le fils du Chah, pourtant considéré par une partie non négligeable d’Iraniens comme l’héritier d’un système dictatorial révolu, engage un dialogue avec les autres forces démocratiques.
En revanche, elle exclut de ces discussions l’organisation centrale de la résistance, l’OMPI. Une prise de position reprenant la rhétorique des mollahs qui apparaît en phase avec l’acharnement du régime iranien contre cette organisation.
III.4. L’espace académique et médiatique français
La France dispose d’un écosystème académique et médiatique dense sur le Moyen-Orient. Ce paysage est naturellement fréquenté par des experts d’origine iranienne, des chercheurs, des journalistes, des ONG, parmi lesquels certains peuvent être en interaction régulière avec des entités proches du régime.
Le rapport FoFI mentionne des universités et think tanks européens où des membres de l’IEI et d’autres interlocuteurs pro-régime interviennent régulièrement.
Il y avait un temps où la défense et le lobbying en faveur du régime iranien se faisait sans détours dans les médias. A titre d’exemple, dans un billet publié sur Huffington Post, un certain Nicolas Firmin – se présentant comme “responsable du Centre d’Études Stratégiques de Lettres Persanes” – écrit : “Soyez, Monsieur Zarif, le bienvenu en France !” Il y affirme ensuite, sans la moindre retenue : “Conditionner le renforcement ou la poursuite de nos relations avec l’Iran à la seule question des droits de l’homme est un non-sens diplomatique. L’Iran change et mérite nos encouragements !”.
En France, la préoccupation est double :
- Protéger la liberté académique et le pluralisme des approches sur l’Iran (y compris des voix favorables au dialogue avec Téhéran) ;
- Sans pour autant ignorer les cas où des chercheurs ou commentateurs servent de vecteurs d’influence plus que d’analystes, en se coordonnant avec des institutions iraniennes, en acceptant des financements occultes ou en participant à l’IEI ou à des dispositifs similaires.
IV. Enjeux stratégiques, vulnérabilités européennes et réponses possibles
IV.1. Pourquoi l’influence iranienne en Europe importe-t-elle stratégiquement ?
Dans une perspective réaliste, l’enjeu n’est pas moral mais stratégique. L’Iran utilise ses réseaux en Europe pour :
- Peser sur les politiques de sanctions (UE et États membres) ;
- Influencer le cadrage du dossier nucléaire, en faisant prévaloir l’idée que la pression occidentale est la principale cause d’instabilité ;
- Affaiblir les oppositions (CNRI, la société civile, les groupes de minorités ethniques et religieuses comme les kurdes ou les Moudjahidine du peuple) en diffusant des narratifs de disqualification (« terroristes », « sectaires », « agents étrangers ») auprès d’élites européennes ;
https://www.fnac.com/a16240138/Collectif-L-autre-guerre-du-regime-iranien
- Collecter du renseignement sur la diaspora, les dissidents réfugiés en Europe, les réseaux économiques et industriels.
Dans un contexte où l’Iran est engagé dans des confrontations indirectes avec Israël, les États-Unis et certains États arabes, l’Europe constitue un théâtre secondaire, mais utile :
- Espace de relais politique ;
- Source de technologie, de financements et de légitimité ;
- Plate-forme de pression sur Washington (en jouant sur les divergences transatlantiques).
IV.2. Vulnérabilités européennes
On peut synthétiser les vulnérabilités de l’Europe (et en particulier de la France) en quatre points :
- Opacité des flux d’influence
- Absence de registre exhaustif des activités d’influence d’États tiers (hors lobbying classique EU/Bruxelles) ;
- Association loi 1901 peu encadrées dès lors qu’elles se présentent comme culturelles, cultuelles ou académiques.
- Porosité des milieux parlementaires et universitaires
- Groupes d’amitié sans garde-fous solides ;
- Universités cherchant des partenariats et financements, parfois sans due diligence géopolitique.
- Sous-évaluation de la menace iranienne
- Focalisation des dispositifs anti-ingérence sur la Russie et la Chine, reléguant l’Iran à l’arrière-plan ;
- Alors même que le régime dispose d’une longue tradition d’action clandestine en Europe.
- Culture politique de l’ouverture et du dialogue
- Qui, en soi, est un atout normatif, mais peut être instrumentalisée par des acteurs rompus à l’art de l’entrisme.
IV.3. Recommandations : une approche de Realpolitik
Dans la logique d’une Realpolitik, il ne s’agit pas de fermer les canaux avec l’Iran, mais de les gérer lucidement.
Quelques pistes concrètes :
- Régulation des activités d’influence étrangères
- Création, à l’échelle française comme européenne, d’un registre spécifique des entités financées, pilotées ou liées à des États tiers (au-delà des simples lobbies privés) ;
- Obligation de déclaration pour les associations, fondations, think tanks recevant des fonds d’États étrangers ou d’organisations qui leur sont liées.
- Encadrement des groupes d’amitié parlementaires
- Transparence systématique des voyages, invitations, rencontres, avantages en nature liés à des États tiers ;
- Formation des élus aux risques d’influence et d’instrumentalisation.
- Audit des partenariats académiques
- Cartographie des accords universitaires, bourses, chaires, programmes conjoints avec des institutions iraniennes ;
- Évaluation du risque d’instrumentalisation (thèmes sensibles : nucléaire, défense, islam politique, cybersécurité).
- Renforcement des capacités d’analyse et de contre-ingérence
- Dotation des services spécialisés (renseignement intérieur, extérieur, cyber) en moyens dédiés à la surveillance des réseaux d’influence iraniens ;
- Coopération renforcée entre services européens pour partager les signaux faibles.
- Production de contre-narratifs stratégiques
- Financement de travaux indépendants sur l’Iran (en histoire, sciences politiques, économie) permettant de réduire la dépendance aux « experts » liés, de près ou de loin, aux sphères officielles iraniennes ;
- Valorisation des voix issues de la diaspora démocratique et des chercheurs de terrain non alignés.
Conclusion
Les révélations sur l’Iran Experts Initiative, le rapport des Amis d’un Iran libre au Parlement européen et, en France, l’enquête approfondie de France 2050 convergent : le régime iranien a mis en place, depuis plus d’une décennie, une stratégie d’influence structurée sur le continent européen. Celle-ci s’appuie sur un assemblage d’outils : ambassades, acteurs hybrides comme Alireza Khalili, associations culturelles et religieuses, groupes d’amitié parlementaires, réseaux d’experts et de think tanks.
Dans une grille réaliste, il serait naïf de considérer ces actions comme un simple « soft power ». Il s’agit d’une composante à part entière de la boîte à outils stratégique de Téhéran, articulée à ses agendas régionaux, nucléaires et internes. L’Europe – et singulièrement la France – doit cesser de traiter ces phénomènes comme des curiosités périphériques. Ils relèvent de la géopolitique de puissance au même titre que les bases militaires, les drones ou les proxys régionaux.
Enfin, le moment est particulièrement opportun pour l’Europe : le régime iranien, affaibli à la fois par ses revers au Moyen-Orient et par la neutralisation provisoire de ses proxys, voit son soft-power réduit et ses relais d’influence soumis à pression accrue. Cette conjoncture doit être perçue non comme une pause mais comme une fenêtre stratégique : l’Europe peut, dans cette période de faiblesse relative de Téhéran, redéfinir ses règles du jeu d’influence, clarifier les liens entre acteurs domestiques et réseaux étrangers, et limiter la reproduction d’un modèle d’entrisme qui aurait pu prospérer autrement sans ce contexte international plus défavorable.
La réponse ne peut être seulement morale ou juridique. Elle doit être stratégique, structurée, continue, combinant régulation, transparence, renseignement et production autonome de savoirs. Autrement dit, assumer que la bataille se joue aussi dans l’espace des idées, des réseaux et des institutions – et que l’ignorer, c’est laisser le champ libre à ceux qui, comme la République islamique d’Iran, ont parfaitement compris combien l’« entrisme » peut être une arme à bas coût mais à haut rendement.
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1. Bibliographie/Sources
Rapports institutionnels et think tanks
- Amis d’un Iran Libre (FoFI). 2023. Retracer le réseau d’influence de l’Iran dans la politique européenne. Parlement européen, novembre 2023.
- https://fr.iranfocus.com/intelligence-reports/amis/16181-les-deputes-europeens-denoncent-un-reseau-dinfiltration-dagents-iraniens-dans-les-milieux-politiques/
https://fr.ncr-iran.org/publications/livres/retracer-le-reseau-dinfluence-de-liran-dans-la-politique-europeenne/ - European Parliament. 2023. Report on Foreign Interference in all Democratic Processes in the European Union, including Disinformation (A9-0187/2023). 15 mai 2023.
https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0187_EN.html - France 2050. 2025. L’infiltration en France de la République islamique d’Iran. Rapport de mission (dir. G. Platret), remis aux autorités françaises, octobre 2025.
Enquêtes journalistiques et révélations (IEI, influence iranienne)
- Semafor. 2023. « Iran Experts Initiative: Inside Tehran’s influence operation targeting Western think tanks ».
- Iran International. 2023–2025. Dossier « Iran Experts Initiative » et enquêtes sur l’influence iranienne.
https://www.iranintl.com - CNews. 3 novembre 2025. « On connaissait les liens de LFI avec le Hamas et la dictature algérienne, maintenant… »
https://www.cnews.fr/france/2025-11-03/connaissait-les-liens-de-lfi-avec-le-hamas-et-la-dictature-algerienne-maintenant - Valeurs Actuelles. 31 octobre 2025. « La mécanique du chaos : l’entrisme iranien en France dévoilé dans un rapport alarmant ».
https://www.valeursactuelles.com/societe/la-mecanique-du-chaos-lentrisme-iranien-en-france-devoile-dans-un-rapport-alarmant - Le Point. 4 novembre 2025. « Réseaux, manipulations, alliances : l’inquiétante stratégie d’influence iranienne en France ».
https://www.lepoint.fr - Mediapart. 17 juin 2025. « Iran, Israël, Assemblée : le niveau est pathétique ».
- Jean-Marie Montali et Emmanuel Razavi, La pieuvre de Téhéran, Éditions du Cerf, 2025.
- Le Diplomate média. 23 juillet 2025. Entretien avec Emmanuel Razavi, « Enquête au cœur des réseaux d’influence iraniens en Europe ».
Sources contextuelles sur associations et acteurs
- Centre Franco-Iranien (CFI). Site officiel : https://www.france-iran.org/
- Assemblée nationale. 2025. Page officielle du Groupe d’amitié France–Iran.
https://www2.assemblee-nationale.fr/instances/resume/OMC_PO851663 - Portrait d’Alireza Khalili (ISG) : https://www.isg.fr/2021/10/20/portrait-alireza-khalili-isg-promo-95/
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