Syrie : Trump brise les chaînes des sanctions avec panache et intérêt

Trump et Joulani
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Alexandre Aoun

Contre toute attente, le 13 mai 2025, lors du Forum d’investissement saoudo-américain à Riyad, le président américain Donald Trump a annoncé la levée des sanctions américaines contre la Syrie, marquant un virage historique dans la politique des États-Unis au Moyen-Orient. Cette décision, suivie d’une rencontre le 14 mai avec le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa, premier échange entre un président américain et un dirigeant syrien depuis 2000, ouvre une nouvelle ère pour la Syrie, ravagée par 14 ans de guerre civile et exsangue économiquement. Cette décision n’est pas sans intérêt pour d’administration américaine qui prône un remodelage complet de la région.

Les sanctions américaines, imposées depuis 1979 et renforcées par la loi César (2020), ont paralysé l’économie syrienne, exacerbant une crise où 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (ONU, 2024). Leur levée, soumise à l’accord du Congrès, promet une relance économique significative. Les exportations pétrolières, tombées de 350 000 barils par jour en 2011 à 80 000 en 2020, devraient remonter, générant potentiellement 10 à 15 milliards USD annuels, selon des estimations du Middle East Institute. Avec le récent accord avec les forces kurdes dans le nord-est du pays, les nouveaux maîtres de Damas peuvent mettre la main sur les zones pétrolifères dans cette région. De surcroît, l’accès au système financier international, notamment SWIFT, facilitera les transactions, stabilisant la livre syrienne, dévaluée de 99 % depuis 2011 (1 USD = 14 000 SYP en 2024). Peu après l’annonce de Trump concernant la levée des sanctions, la livre syrienne s’est appréciée d’environ 25 %, tombant à 8 000 livres pour 1 dollar.

Un ancien djihadiste devenu fréquentable

La reconstruction, évaluée à 400 milliards USD par l’ONU, bénéficiera d’investissements du Golfe. L’Arabie saoudite et le Qatar ont déjà engagé 15 millions USD pour éponger la dette syrienne auprès de la Banque mondiale, tandis que les Émirats arabes unis envisagent des projets immobiliers à Damas. Ces investissements pourraient créer 500 000 emplois d’ici 2030, selon des projections de l’Atlantic Council. Faute d’opportunité professionnelle, la jeunesse syrienne envisageait de quitter le pays pour rejoindre le Golfe ou l’Europe. Enfin, l’importation de biens essentiels, comme les médicaments, bloquée par les sanctions, améliorera les conditions de vie de 13 millions de Syriens dépendant de l’aide humanitaire, réduisant les pénuries et les pannes d’électricité (jusqu’à 20 heures par jour en 2024). Le Liban voisin, dont l’économie est également à bout de souffles après une multitude de crises, pourrait également profiter des retombées de la levée des mesures coercitives 

Depuis 1979, les États-Unis désignent la Syrie comme un « État soutenant le terrorisme », imposant des restrictions financières, notamment sur l’aide au développement, et un embargo sur les armes. En mai 2004, de nouvelles sanctions visent le régime de Bachar el-Assad, accusé de détenir des armes de destruction massive et de soutenir des groupes islamistes terroristes, limitant les échanges économiques bilatéraux. Avec la guerre civile et les crimes contre l’humanité perpétrés par le régime à partir de 2011, l’administration Obama durcit les mesures : gel des avoirs syriens à l’étranger, interdiction des importations pétrolières, blocage des investissements américains en Syrie et sanctions ciblées contre des individus liés au pouvoir baassiste. 

La rencontre du 14 mai à Riyad entre Trump et Ahmed al-Sharaa, ex-leader de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), symbolise un changement radical et confirme la normalisation du nouvel homme fort de Damas auprès de l’Occident après sa visite à Paris. Al-Sharaa, autrefois désigné terroriste par les États-Unis avec une prime de 10 millions USD (levée en décembre 2024), a pris le pouvoir après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024. Lors de cette réunion de 37 minutes, en présence du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et du président turc Recep Tayyip Erdogan (par téléphone), Trump a salué al-Sharaa comme un « jeune, séduisant, dur à cuire » avec un « vrai potentiel pour stabiliser la Syrie ». Il l’a exhorté à rejoindre les Accords d’Abraham, à expulser les « terroristes palestiniens » et à gérer les camps de l’État islamique, selon la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. 

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Quid d’une normalisation avec Israël ?

Al-Sharaa, cherchant à projeter une image modérée, a répondu favorablement sous conditions, selon des propos rapportés par le congressman Cory Mills (avril 2025). Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a qualifié la levée des sanctions de « tournant décisif » pour la reconstruction. Cependant, la Syrie reste prudente, évitant de commenter publiquement la normalisation avec Israël. 

La levée des sanctions résulte d’une médiation concertée par l’Arabie saoudite, la Turquie, les Émirats arabes unis et le Qatar, qui cherchent à réintégrer la Syrie dans le giron régional et de tourner définitivement la page de l’influence iranienne. L’Arabie saoudite, hôte du sommet, a joué un rôle pivot, Mohammed ben Salmane convainquant Trump grâce à un engagement de 600 milliards USD d’investissements aux États-Unis, dont 142 milliards pour des ventes d’armes. La Turquie, soutenant HTS depuis des années, a poussé pour une normalisation rapide, voyant en al-Sharaa un allié stratégique. Les Émirats, déjà médiateurs entre Damas et Israël, envisagent des investissements dans l’énergie syrienne, tandis que le Qatar a promis de financer des salaires publics via la Banque centrale syrienne. Ces pays, via le Conseil de coopération du Golfe, ont appelé à une levée internationale des sanctions pour « soutenir le peuple syrien ». 

Trump a explicitement lié la levée des sanctions à une normalisation des relations entre la Syrie et Israël via les Accords d’Abraham, signés en 2020 par les Émirats, Bahreïn, le Maroc, le Soudan et Israël. « J’espère que vous rejoindrez [les Accords] une fois les choses stabilisées », a-t-il déclaré à al-Sharaa, qui a répondu « oui » selon Trump. Cette pression s’accompagne d’une exigence de lutter contre les groupes palestiniens, notamment le Jihad islamique. Damas a déjà agi, arrêtant plusieurs cadres du Jihad islamique au cours des semaines précédentes. Ces arrestations, perçues comme un geste envers Washington, visent à prouver que la Syrie n’est plus un refuge pour des cellules palestiniennes proches de « l’axe de la résistance », affilié à Téhéran. 

Cependant, cette stratégie suscite certaines interrogations, la normalisation avec Israël pourrait être vue comme un « abandon des Palestiniens », risquant de radicaliser certains Syriens. De surcroît, la question du Golan reste un sujet central pour les Syriens, l’abandonner sans concessions notables israéliennes pourrait entraîner l’émergence d’une opposition radicale. 

En somme, malgré l’optimisme affiché suite à l’annonce, des obstacles subsistent. Israël, méfiant envers le passé jihadiste d’al-Sharaa, a intensifié ses frappes en Syrie et maintient une zone tampon dans le Golan syrien. Le ministre israélien Gideon Sa’ar a qualifié HTS de « jihadiste déguisé ». Le Congrès américain, via des figures comme Lindsey Graham, exige des garanties contre le terrorisme avant un soutien total. En Syrie, al-Sharaa doit également unifier un pays fracturé, gérer les tensions sectaires (alaouites, druzes, kurdes) et répondre aux attentes économiques de la population. 

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