TERORISME – Un responsable des attentats commandités par Téhéran à l’étranger arrêté

TERORISME – Un responsable des attentats commandités par Téhéran à l’étranger arrêté

lediplomate.media — imprimé le 18/05/2026
Captur d'écran
Captur d’écran

Par Alain Rodier

Le 15 mai, Mohammad Baqer Saad Dawood Al-Saadi (32 ans), un commandant de la milice chiite irakienne Kataib Hezbollah a été mis en examen à Washington accusé de six chefs d’inculpation liés au terrorisme.

C’est lui qui aurait commandité 18 attaques à travers l’Europe (1) et deux au Canada depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février 2026. Il a ensuite tenté de s’en prendre à une importante synagogue de New York, à des institutions juives à Los Angeles et Scottsdale en Arizona, le tout en représailles à la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Les autorités occidentales étaient persuadées que Téhéran se livrerait à des actions de terrorisme d’État ; il semble que l’Iran ait choisi la solution de passer par des proxies pour ne pas être accusé d’agressions directes qui auraient entraîné des réactions des pays concernés.

Al-Saadi a été identifié lorsqu’il a cherché à étendre ses opérations aux États-Unis. Pour cela il a contacté ce qu’il croyait être un sympathisant, en réalité un informateur du FBI (« SOI-1 » dans La déclaration du FBI.)

Le 20 mars, lors d’un appel téléphonique, il a évoqué avec ce correspondant les attentats européens qui venaient d’avoir lieu. Il lui a déclaré qu’il « dirigeait plusieurs équipes » et a demandé si quelqu’un pouvait l’aider à mener des attaques aux États-Unis et au Canada contre des cibles telles que des « synagogues juives » et des « sièges sociaux sionistes. »

Fait inquiétant, il a affirmé qu’il n’avait pas besoin d’aide sur le vieux continent car « tout fonctionne bien pour nous ici en Europe. »

Le 1er avril, Saadi a été enregistré en train de demander combien coûterait l’embauche de quelqu’un « pour mener une opération à la bombe » aux États-Unis.

Le 3 avril, Saadi a été introduit auprès d’un agent spécial agissant sous couverture (UC-1) qui s’est fait passer pour un membre d’un cartel mexicain (technique largement utilisée aux États-Unis mais proscrite en Europe.) Le même jour, il a envoyé à ce nouveau contact photos et des cartes indiquant l’emplacement exact d’une importante synagogue de Manhattan, ainsi que de deux institutions juives à Los Angeles et à Scottsdale, en Arizona.

Il a évoqué la possibilité d’utiliser un engin explosif improvisé ou d’« incendier les lieux » à la synagogue de New York. Il a également demandé s’il était possible d’« incendier les trois lieux simultanément. »

Saadi a accepté de payer 10.000 $ en cryptomonnaie pour les attaques et a versé un acompte de 3.000 $.

Le 6 avril, il a transmis un message indiquant que « l’opération doit avoir lieu aujourd’hui. »

Le pseudo membre du cartel mexicain a envoyé une vidéo montrant une présence policière importante près de la synagogue mais Saadi lui a demandé le lendemain matin pourquoi l’opération n’avait pas été menée à terme.

Au cours de cet appel, Saadi a déclaré : « cette guerre ne prendra pas fin. Soit ils nous anéantissent, soit nous les anéantissons. »

La suite exacte n’est connue que des « initiés » mais force est de constater que le directeur du FBI, Kash Patel a remercié chaleureusement l’ambassadeur américain en Turquie, Tom Barrack, le qualifiant de « déterminant pour mener à bien cette mission aux États-Unis.»

Quand on connait les services turcs (MIT), il semble évident qu’ils ont joué un rôle central dans cette affaire en coopération avec la représentation diplomatique US. Le fait que le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, qui a en charge les contacts avec les ambassades implantées à Ankara et qui, en plus, est un ancien directeur du MIT, a dû faciliter la réalisation d’une opération conjointe. Les Turcs qui sont très susceptibles et suspicieux ne permettraient pas une action en solo d’un service étranger, même « ami » sur leur territoire.

Ce n’était pourtant pas évident. En effet, Mohammad Al-Saadi est un des commandants du Kataib Hezbollah, mouvement chiite irakien appartenant à la coalition des milices « Hachd al-Chaabi » (« Unités de mobilisation populaire ») crées en 2014 à l’initiative du grand Ayatollah Ali al-Sistani pour s’opposer à la progression de Daech. Même s’il est déclaré comme « terroriste » par les États-Unis, cette milice a une existence légale en Irak et son arrestation peut être interprétée comme un geste inamical de la Turquie par Bagdad.

Que faisait Al-Saadi en territoire turc ? Est-ce de là qu’il pilotait ses réseaux terroristes en Europe pour le compte de la force Al-Qods iranienne ? Quelles vont être les réactions des autorités iraniennes vis-à-vis d’Ankara qui, elles, peuvent considérer que cela constitue une agression d’un de leurs protégés ?

Toujours est-il qu’il a été arrêté et remis aux Américains via le FBI avant d’être transféré aux États-Unis. Comme la CIA, la DEA, le Département of Homeland Security, le FBI entretient une mission de liaison permanente au sein de la représentation diplomatique US en Turquie.

Action judiciaire

Le 15 avril, il a comparu devant la juge Sarah Netburn du tribunal fédéral de Manhattan qui l’a placé en détention provisoire.

Selon l’acte d’accusation, depuis la guerre en Iran, Al-Saadi « a dirigé des attaques contre les intérêts américains et israéliens « y compris en tuant les Américains et les Juifs.» Il est précisé qu’Al-Saadi et ses associés ont planifié, coordonné et revendiqué la responsabilité d’au moins 18 attentats en Europe et deux au Canada depuis le 9 mars 2026, perpétrés au nom du « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » une création du Kataib Hezbollah.

Selon le FBI : « du jour au lendemain, le Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya a pu activer des cellules terroristes à travers l’Europe.» Force est de constater que la plupart des « activistes » arrêtés n’étaient pas des professionnels mais des individus à la dérive parfois mineurs. Ils avaient été recrutés via les réseaux sociaux.

Les attaques visaient des communautés juives et des intérêts américains à travers le vieux continent. Selon l’acte d’accusation, le 9 mars, une synagogue de Liège (Belgique) a été la cible d’un attentat à l’explosif. Le 13 mars, une synagogue de Rotterdam (Pays-Bas) a été incendiée. Le 14 mars, des explosifs ont été utilisés contre une école juive d’Amsterdam. Le lendemain dans la même ville, la banque Bank of New York Mellon a été la cible d’un attentat à l’explosif.

Des attaques similaires se sont poursuivies en mars et avril dans plusieurs villes européennes, notamment Londres, Anvers, Paris, Munich et Skopje (Macédoine du Nord).

Le 12 avril, une synagogue de Skopje a été incendiée. Le 16 avril, al-Saadi a publié une vidéo montrant les images de vidéosurveillance de la synagogue avec le logo du « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya. »

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À Londres dans la nuit du 23 au 24 mars, quatre ambulances Hatzalah, desservant principalement des communautés juives orthodoxes, ont été incendiées. Dans la même ville, le 29 avril, deux hommes juifs, dont un citoyen américano-britannique, ont été poignardés et grièvement blessés.

Saadi a publié des vidéos de propagande après chaque attentat en Europe, revendiqués par le « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya. » Il demandait aux exécutants de filmer la scène.

L’une de ces vidéos contenait le message suivant : « ceci est l’avertissement final. À tous les peuples du monde, et en particulier à ceux de l’Union européenne, prenez immédiatement vos distances avec tous les intérêts américains et sionistes. »

L’accusation affirme – photos à l’appui – que Saadi a travaillé en étroite collaboration et en personne avec le major général Qassem Soleimani, qui dirigeait la Force Qods chargée des opérations extérieures du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI, pasdarans) iranien avant sa mort lors d’une frappe de drone américaine en janvier 2020.

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Toujours selon la même source, Saadi fréquentait Abou Mahdi al-Mouhandis, le chef de la milice chiite irakienne pro-iranienne « Kataib Hezbollah » qui a été tué lors de la même frappe qui a coûté la vie à Soleimani. Il est vraisemblable qu’il lui était subordonné et qu’il aurait mené des actions en Syrie en appui du régime de Bachar el-Assad. Pour mémoire, Téhéran soutenait alors Damas via le Hezbollah libanais, des milices chiites irakiennes et, dans une moindre mesure afghanes et pakistanaises.

En juillet 2020, al-Saadi avait publié une image du Capitole américain en ruines projetée sur les visages de ses maîtres Soleimani et Mouhandis, accompagnée du texte : « notre vengeance pour les dirigeants martyrs est en cours. Aucune négociation avec l’occupant. »

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En février 2026, il publia un message en arabe qui disait : « n’abandonnez pas le sang de votre imam, ô chiites d’Irak ! Tuez tous ceux qui soutiennent l’Amérique et Israël. N’en laissez aucun en vie. Cibles civiles et militaires, ainsi que les voix discordantes, tuez-les partout. »

L’enquête concernant al-Saadi a été menée par un groupe antiterroriste conjoint du FBI à New York, avec l’aide de la Division de la sécurité nationale du ministère de la Justice, du Bureau des affaires internationales, des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, du NYPD et de la police de l’État de New York. Les services britanniques MI-5 et MI-6 auraient participé à la traque… en plus d’autres…

Le 16 avril, Washington a mis une prime de dix millions de dollars pour tout renseignement qui permettrait l’arrestation d’Ahmad Al-Hidawi qui a succédé à Abou Mahdi al-Mouhandis, à la tête de la milice « Kataib Hezbollah. »

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Selon l’acte d’accusation, Al-Saadi « a fait avancer les objectifs terroristes de ce groupe et du CGRI depuis au moins en 2017 … ». Il a interagi avec des personnalités, dont Qassem Soleimani.

Son avocat, Maître Andrew Dalack, a déclaré au tribunal que son client comprenait les accusations portées contre lui et souhaitait qu’il soit reconnu « prisonnier politique et prisonnier de guerre, et qu’il devait être traité comme tel. » Il a affirmé que Saadi était « en réalité victime de poursuites politiques » liées à sa relation présumée avec le commandant iranien assassiné Qassem Soleimani.

Il a précisé que son client était maintenu à l’isolement depuis son arrivée dans une prison fédérale de Brooklyn le 14 mai soir ajoutant qu’un tel traitement était «inhabituel compte tenu de la nature des chefs d’accusation retenus dans la plainte.»

Mohammad Baqer Saad Dawood Al-Saadi encoure une peine de prison à perpétuité aux États-Unis. Quand il l’aura effectué s’il bénéficie d’une remise de peine, il pourrait être extradé vers tous les pays qui ont ouvert une action judiciaire contre lui.

Il y a aussi le risque qu’il soit un jour l’enjeu d’un chantage de Téhéran pour le faire libérer. Ce ne serait pas une première.

1. Voir du même auteur : « TERRORISME – Le groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya lié à l’Iran revendique des attentats en Europe » du 22.04.2026.


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