TRIBUNE – « Consommation de viande porcine, le Coran n’est pas aussi intransigeant »  

TRIBUNE – « Consommation de viande porcine, le Coran n’est pas aussi intransigeant »  

lediplomate.media — imprimé le 27/05/2026
Consommation de viande porcine, le Coran
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Razika Adnani

La consommation de viande porcine fait partie des interdictions sur lesquelles les musulmans sont intransigeants. Pendant la pandémie du Covid-19, bien que leur vie fût en danger, beaucoup de musulmans se sont interrogés au sujet des vaccins pour savoir s’ils ne comportaient pas de la gélatine de porc. En Occident, la question du halal se pose d’une manière persistante. Beaucoup sont hantés par la peur de consommer ce qui n’est pas autorisé par l’islam. Pour la grande majorité le fait de dire qu’un musulman ou une musulmane peut consommer la viande porcine est en lui-même un blasphème. 

Le Coran n’est pas aussi intransigeant

Le Coran, le livre fondateur de l’islam, cité dans toutes les écoles juridiques islamiques comme première source de législation, n’est pourtant pas aussi intransigeant sur la question de la consommation de la viande de porcLes quatre versets qui l’évoquent explicitement affirment qu’elle est illicite, mais tous précisent qu’elle est autorisée en cas de nécessité. Ils ont la même position concernant la viande de l’animal qui n’est pas immolé au nom de Dieu, c’est-à-dire qui n’est pas halal en rappellant que Dieu est clément et miséricordieux avec ceux qui sont obligés d’en consommer. 

Ainsi, nous le constatons dans le verset 145 de la sourate 6, Les Troupeaux, de la période de la Mecque : « Dis je ne trouve dans ce qui m’a été révélé aucun interdit pour celui qui veut manger de la nourriture hormis la bête morte le sang la viande de porc qui est une souillure et tout ce qui par perversité a été immolé à un autre dieu que Dieu il n’est fait aucun reproche à celui qui est contraint d’en consommer sans abuser ni transgresser ton seigneur est celui qui pardonne il est miséricordieux[1] ».

La même idée est réitérée dans un autre verset de la période de la Mecque, c’est le verset 115 de la sourate 16, Les Abeilles : « Il vous a été interdit la bête morte le sang la viande de porc et tout ce qui a été immolé à un autre dieu que Dieu il n’est fait aucun reproche à celui qui est contraint d’en consommer sans abuser ni transgresser Dieu est celui qui pardonne il est miséricordieux », ce que reprend exactement le verset 173 de la sourate 2, La Vache, de la période de Médine. 

Le verset 3 de la sourate 5, La Table Servie, elle aussi de la période de Médine, affirme la même chose c’est-à-dire que la consommation de la viande porcine et celle de l’animal qui n’est pas immolé au nom de Dieu sont illicites pour les musulmans, mais permises en cas de nécessité tout en précisant que la personne ne doit pas en abuser ni le faire pour transgresser.

Quant au verset 5 de la même sourate 5, La Table Servie, il permet aux musulmans de manger la nourriture des gens du Livre qui sont les juifs et les chrétiens et le porc fait partie de la nourriture de ces derniers. Les commentateurs du Coran sont presque unanimes sur la possibilité de consommer la viande porcine. C’est le cas d’Ibn Kathir (1301– 1373), de Tabari (839-923), de Suyuti (1445-1505) et de Saadî (1889–1956). Bien que le Coran ne donne aucune précision concernant la nature de cette nécessité, ils insistent sur le cas où la personne risque de mourir si elle ne le fait pas. 

Il faut souligner la position du Coran qui est la même dans les deux périodes du message coranique et de la vie de Mohammed. Cela montre l’importance de ne pas interdire totalement la consommation d’une telle viande. Il était certainement difficile d’interdire aux gens de manger une bête qui n’a pas été tuée dans les règles de la religion ou le porc quand trouver quoi manger était pour beaucoup en lui-même un problème. 

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La nécessité ne se limite pas à se nourrir pour ne pas mourir

Ainsi, si on prend en considération les recommandations de ces versets coraniques, les musulmans qui sont pauvres et nécessiteux peuvent consommer la viande porcine afin de combler le manque de protéines indispensables à leur santé. C’est une situation que la très grande majorité de musulmans n’imaginent même pas et le fait de le penser est pour eux inacceptable. Pourtant, la nécessité ne concerne pas uniquement le droit de manger pour ne pas mourir, mais aussi de bien manger pour être en bonne santé. Cependant, le verset 5 de la sourate 5, La Table Servie, peut nous amener à comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement de la question de la nécessité de se nourrir, mais aussi de celle de bon voisinage et de courtoisie dans son rapport avec l’autre. 

Il est important de citer dans ce contexte le verset 185 de la sourate 2, La Vache, qui rappelle aux musulmans que Dieu leur veut la facilité et non la difficulté.  Certes, le verset parle du jeûne, mais rien n’empêche de l’appliquer à tous les autres sujets. Dieu est le même pour toutes les questions. Avoir en société un comportement qui permette la cohésion sociale et le respect de l’autre n’est pas seulement une nécessité, mais c’est également participer à créer en société une vie plus facile pour soi et pour les autres.  

En conclusion, cette analyse montre que les musulmans peuvent, s’ils le veulent, évoluer dans leur comportement et dans leur relation avec l’autre et cela tout en puisant dans le Coran, livre fondateur de l’islam. C’est la preuve que l’islam peut se réformer et se moderniser. Le Coran comporte assurément d’autres versets qui s’opposent aux valeurs de la modernité et qui sont problématiques. Cependant, aucun texte ne peut obliger l’être humain à être ce qu’il ne veut pas être d’une part et, d’autre part, le Coran présente des éléments qui permettent cette réforme et cette modernisation. Certes, cela demande assurément plus de travail, plus d’objectivité et beaucoup de volonté. Quant aux musulmans, cela nécessite de libérer leur pensée de l’emprise des anciens, les salafs

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[1] J’écris les versets coraniques sans ponctuation parce que la version originale du Coran, en arabe, est rédigée sans ponctuation. De ce fait, présenter une version avec une ponctuation revient déjà à proposer une interprétation du texte.


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