TRIBUNE – Iran : Être ou ne pas être ?

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« La vérité n’a pas d’heure, elle est de tous les temps, précisément lorsqu’elle nous paraît inopportune » (Albert Schweitzer).
Emmanuel Macron et sa mauvaise troupe (les incompétents notoires que sont les Barrot, Vautrin et autres Rufo) viennent d’en faire la triste expérience deux semaines après le début de l’offensive américano-israélienne en Iran. Alors qu’ils galopaient allégrement dans les nuages depuis le 28 février 2026, le réel les rattrape le 12 mars 2026. Qu’apprennent-ils avec la sidération qui sied parfaitement à leur candeur rafraichissante ? Qu’un sous-officier français est tué et que cinq autres soldats sont blessés dans la région du Kurdistan irakien par une attaque de drone iranien ![1] Drones dont nous manquons cruellement[2]. Comment est-ce possible alors même que tous ces hauts personnages de la République, dont la suffisance n’a d’égale que leur insuffisance, nous chantaient sur l’air des lampions que la France n’était pas cobelligérante, ayant adopté une posture purement défensive ? Vraisemblablement à cause de leur méconnaissance coupable des réalités de la guerre et de la duplicité des Ayatollahs ! Pour mieux apprécier le sel de cette situation navrante, un retour en arrière sur la ficelle de la posture prétendument défensive s’impose avant de nous étendre sur le sérieux de la posture offensive, incontournable dans cette guerre contre la barbarie iranienne.
La ficelle de la posture défensive
Rester sur la défensive peut être une marque de faiblesse » (Samuel Ferdinand-Lop).
Adepte du en même temps, tant sur la scène intérieure (avec le succès que l’on sait) que dans le concert des nations (avec le résultat que l’on sait), la cohorte élyséenne rassure le bon peuple de France et de Navarre avec quelques mots creux tels ceux de posture défensive (la nôtre) et de violation du droit international (la leur, comprenez les méchants et affreux Américains et Israéliens[3]). En se parant de ses plus beaux atours juridiques et moraux, notre pays se met ainsi automatiquement à l’abri des foucades de la mollarchie assiégée. Rien ne peut arriver à nos 5.000 militaires stationnés dans la zone, à nos navires empruntant le détroit d’Ormuz, à nos ressortissants dans le Golfe ou sur le continent européen ! Notre posture défensive nous empêche de mettre un doigt dans l’engrenage terrible d’une guerre sans fin au Moyen-Orient[4]. En un mot comme en cent, fortifié par ses inutiles conseils de défense, le Président de la Cinquième République souscrit une assurance tous risques contre tous les aléas et inconvénients d’une belligérance assumée au nom d’une Realpolitik de bon aloi par temps mauvais. Si nous avons expédié le porte-avions Charles Gaulle et plusieurs frégates sur zone, ce n’est que pour nous défendre. Sa harangue à bord de notre fleuron (9 mars 2026) – après son numéro de claquette à Chypre pour venir au secours de la Perfide Albion – ne pouvait et ne devait être prise pour une posture belliciste. Ni plus, ni moins. Qu’on se le dise à Téhéran ! Ainsi, Emmanuel Macron met en pratique sa fameuse diplomatie du tout va très bien Madame la Marquise. Telle est la voie particulière et indépendante, une sorte de « Sonderweg » d’une France aux accents gaulliens ! La Patrie des droits de l’homme[5] ne doit surtout pas emprunter cette voie sans issue des gueux et pouilleux Trump et Netanyahou par qui le pire survient. Elle doit garder de la hauteur, de la distance, adopter une saine diplomatie du surplomb. La clairvoyance stratégique jupitérienne n’a rien à voir avec la myopie stratégique trumpienne[6]. Mais, souvent dans la pratique des relations internationales, chassez le naturel, il revient au galop.
En définitive, la mort d’un militaire français[7] interroge la capacité de la France à maintenir une posture strictement défensive dans une guerre régionale qui ne cesse de s’étendre.[8]
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Le sérieux de la posture offensive
« Prendre l’offensive est toujours préférable à la défensive » (Samuel Ferdinand-Lop).
Telle est la démarche réaliste, mais reconnaissons-le à contre-courant de la doxa ambiante (celle de l’indomptable mais légèrement illuminé qui a pour nom Dominique Gallouzeau de Villepin, à titre d’exemple), que nous proposions à nos fidèles lecteurs il y a peu, conscient des multiples inconvénients de la valse-hésitation du Chef de l’État et des leçons tirées de l’expérience ![9] Mais, nous prêchions dans le désert. Comme nous le rappelle si justement Voltaire « Il est dangereux d’avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort ». Comment penser un seul instant que le numéro médiatique jupitérien sur le Charles de Gaulle ne soit pas passé inaperçu à Téhéran et n’ait pas été compris comme un geste inamical ? Aujourd’hui, cette foucade ne sonne-t-elle pas comme une évidence même s’il répète encore urbi et orbi que nous avons une posture défensive (lors de la Conférence de presse consécutive à son entretien avec Volodymyr Zelensky, le 13 mars 2026) ? Si nous ne l’avions pas compris, le régime des Mollahs nous le rappelle sans ambages après la mort de notre sous-officier près d’Erbil. Un groupe armé pro-iranien annonce prendre pour cible « tous les intérêts français » dans la région. Le message est clair : Téhéran nous désigne comme son ennemi qu’il frappera partout. En tirerons-nous toutes les conséquences ? Que nous le voulions ou non, les Mollahs nous mettent désormais dans le même sac que les mécréants Américains et Israéliens ? Qu’allons-nous faire ? Subir ou agir ? Une posture réaliste consisterait à œuvrer dans deux voies parallèles. La voie coercitive devrait nous conduire à rendre coup pour coup au régime iranien sauf à étaler l’impuissance de la puissance nucléaire. Dans le même temps, nous devrions proposer à nos partenaires la constitution d’une coalition des volontaires – nous devrions penser aux Kurdes – afin de mettre à bas la théocratie iranienne, cause de bien des maux dans la région et ailleurs[10]. Ne dit-on pas que l’Union fait la force ? Les Occidentaux ne sont-ils pas embarqués dans la même galère que Tel Aviv et Washington, de gré ou de force ? La voie coopérative devrait nous conduire à faire émerger une plate-forme représentant tous les courants de l’opposition démocratique iranienne pour préparer l’après même si cela n’est pas tâche aisée. Avant 1979, nous avions bien accueilli l’Ayatollah Khomeini à Neauphle-le-Château afin de préparer la chute du Shah d’Iran[11]. Ne recommençons pas les mêmes erreurs !
Quand en finirons-nous avec notre déni de guerre si bien décrit par l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau dans un court opuscule[12] dont devrait prendre aussitôt connaissance, mais aussi surtout méditer, notre Napoléon au petit pied ?
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Échec et mat
« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » (Cardinal de Retz).
Emmanuel Macron et sa mauvaise troupe (les incompétents notoires que sont les Barrot, Vautrin et autres Rufo) auraient gagné à méditer cette maxime bien connue. Cela leur aurait évité d’aller présenter leurs hypocrites condoléances à la famille du défunt et de ridiculiser inutilement la diplomatie française déjà en si piteux état. On ne plaisante jamais avec la guerre sinon elle se rappelle cruellement à vous. C’est malheureusement le cas aujourd’hui avec la triste nouvelle d’Erbil. Les stratèges de salon, des dîners en ville, les fameux visiteurs du soir du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré l’apprennent à leurs dépens. Mais, ce qui est plus grave encore, c’est l’existence d’un invariant pervers. La France, et ses militaires au premier rang, paient intérêt et principal l’étonnante légèreté de l’être qui caractérise tous ces plaisantins et bateleurs de foire de l’exécutif. Quand en finirons-nous avec tous ces idiots utiles du village planétaire ? Le cercle vicieux se referme. Avec une finesse diplomatique toute persane, digne de William Shakespeare, les Mollahs posent une question claire et directe à Jupiter, question qui ne souffre pas le moindre en même temps tant ils lui apportent déjà leur réponse claire : « To be, or not to be », être (belligérant) ou ne pas être (belligérant) ?
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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Élise Vincent, Un militaire français tué par un drone au Kurdistan irakien, Le Monde, 14 mars 2026, p. 4.
[2] Antoine Margueritte, Shahed iraniens : les leçons (pour la France) de cette nouvelle guerre des drones qu’on aurait pu anticiper, www.marianne.net , 13 mars 2026.
[3] Luc Bronner/Hélène Sallon/Benjamin Barthe/Ghazal Golshiri/Madjid Zerrouki, Israël et les États-Unis pris au piège d’une guerre asymétrique, Le Monde, 14 mars 2026, pp. 1-2.3.
[4] Chloé Hoorman, La crainte de manquer de munitions monte dans les états-majors, Le Monde, 14 mars 2026, p. 3.
[5] Jean Daspry, Droits de l’homme : une vaste blague, www.lediplomate.media , 13 mars 2026.
[6] Piotr Smolar, La myopie stratégique américaine, Le Monde, 14 mars 2026, p. 4.
[7] Antoine Margueritte, « C’était un gars tellement attachant » : Arnaud Frion, soldat français tué en Irak, raconté par un camarade, www.marianne.net, 13 mars 2026.
[8] Ahmed el Keiy, Un soldat français tué à Erbil : la posture défensive de la France peut-elle tenir ?, www.marianne.net , 13 mars 2026.
[9] Jean Daspry, Iran : le pas de deux du danseur de l’Élysée, www.lediplomate.media , 11 mars 2026.
[10] Gilles Paris, En Iran, le vernis écaillé de l’islamisme, Le Monde, 12 mars 2026, p. 33.
[11] Virginie Larousse (propos recueillis par), « En 1979, la gauche iranienne a grandement contribué à l’avènement de la République islamique d’Iran », Le Monde, 14 mars 2026, pp. 26-27.
[12] Stéphane Audouin-Rouzeau, Notre déni de guerre, SeuilLibelle, 2026.
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