TRIBUNE – Iran : Le pas de deux du danseur de l’Élysée

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« La gaffe est l’administration massive, intempestive, et inopportune de ces vérités qu’une posologie civilisée dose en général goutte par goutte » (Vladimir Jankélévitch). En France, nous avons l’immense chance de disposer d’un gaffeur hors-pair que les Français(es) ont installé à l’Élysée en 2017 et en 2022. En dehors de la scène intérieure qu’il juge trop étroite pour lui, Jupiter possède un talent incomparable pour occuper pleinement la scène internationale. Plus il veut traiter des crises qui secouent le monde du XXIe siècle, plus Emmanuel Macron porte la diplomatie de l’incohérence à son acmé ! Plus il veut être le deus ex machina du règlement des conflits, plus il en devient le spectateur impuissant ! Plus il s’agite fébrilement, plus il se marginalise naturellement ! Plus il parle à jet continu, plus il n’est plus écouté ! Nous en avons un exemple frappant avec la guerre en Iran à propos de laquelle il avoue que « La France n’est ni informée, ni impliquée » après le lancement des hostilités. L’homme du en même temps sévit à longueur de temps dans le concert des nations. En même temps, homme de paix et homme de guerre, en même temps, homme de tout et homme de rien.
Homme de paix, homme de guerre
Le tweet d’Emmanuel Macron mis en ligne après son entretien avec le Président iranien le 8 mars 2026 après une grosse semaine d’hostilités de haute intensité constitue un monument d’irréalisme diplomatique, de candeur rafraichissante qui discrédite une fois encore Jupiter. Après avoir dressé un réquisitoire objectif et sans concession sur toutes les turpitudes du régime des mollahs (prise d’otages français que sont Cécile Kohler et Jacques Paris reclus à l’ambassade de France à Téhéran ; développement d’un programme nucléaire militaire illégal en violation du Traité de non-prolifération nucléaire ou TNP, de missiles de longue portée dangereux pour tous ses voisins ; aide à des mouvements terroristes dans la région ; écrasement sanglant de la population iranienne), il lui suggère très poliment de cesser ses frappes sur ses voisins arabes et lui propose de régler le problème par la voie diplomatique. Démarche qui a amplement démontré ses limites depuis des décennies face à un régime qui ne comprend que le rapport de force. Emmanuel Macron galope dans les nuages, évolue dans un monde irréel incapable de prendre une position claire dans une situation conflictuelle. Il oublie que gouverner, c’est choisir, ce n’est pas simplement communiquer et s’agiter dans tous les sens comme un hamster dans sa cage. Autrement, l’on devient rapidement le dindon de la farce persane et son otage involontaire. À Téhéran, d’ores et déjà, la France est classée dans la liste des ennemis qui, de facto si ce n’est de jure, est devenue cobelligérante par son agitation militaire dans la zone (Charles de Gaulle et frégates). Veut-elle en tirer toutes les conséquences qui s’imposent quoi qu’il en coûte ?
Comme dans la vie de tous les jours, il est impératif de choisir entre deux maux le moindre dans les relations internationales. Sinon, la position qualifiée trivialement du derrière entre deux chaises s’avère rapidement inconfortable, pour ne pas dire intenable. C’est ce qui arrive aujourd’hui au plus jeune Président de la Cinquième République, notre Talleyrand au petit pied et à la petite semaine. Il ne parvient pas à choisir entre deux approches du conflit en Iran : soit être un homme de paix, un pacifiste qui pardonne tout au régime des mollahs au nom d’une définition biaisée du droit international et laisse tomber nos partenaires du Golfe avec qui nous avons conclu des accords de défense qui nous engagent à les défendre en cas de besoin (une sorte d’article 5 du traité fondateur de l’OTAN), soit être un homme de guerre, sans être pour autant un belliciste, qui prend ses responsabilités en choisissant clairement son camp – celui des Américains, des Israéliens mais aussi des pays arabes – pour en finir une bonne fois pour toutes avec la théocratie iranienne cause principale de la déstabilisation de toute la zone à travers l’aide fournie à ses affidés (Hamas, Hezbollah, Houthis …) mais aussi de toute l’Europe à travers ses multiples actions terroristes dont nous avons payé le prix fort dans le passé tout en invoquant les grands principes du droit international (responsabilité de protéger entre autres). N’oublions jamais les 58 parachutistes français tués dans le bâtiment du Drakkar à Beyrouth le 23 octobre 1983 par des affidés du régime des mollahs ! Le Liban ne retrouvera sa pleine souveraineté que le jour où il sera débarrassé du Hezbollah. Telle est la réalité. Rien ne sert de réclamer un cessez-le-feu comme le fait Jupiter.
Homme de tout, homme de rien
L’approche impressionniste des situations de haute conflictualité par Emmanuel Macron confine au ridicule. Il réunit d’inutiles conseils de défense. Il passe ses journées au téléphone pour appeler ses homologues touchés par missiles et drones iraniens – ils pleuvent comme à Gravelotte dans la zone – pour les assurer de « son soutien et de sa solidarité ». Ce qui leur fait une belle jambe. Ils préfèreraient que la France, redresseuse de torts naturelle et de droit divin, sature l’espace aérien iranien de ses missiles (qu’elle n’a qu’en quantité limitée) et de ses drones (qu’elle n’a pas). Une base française est attaquée aux Émirats arabes unis et nous restons les bras croisés par crainte des musulmans français qui manifestent depuis le 7 octobre pour le Hamas. Jupiter pense que passer de la pommade sous forme de mots dans le dos des princes et émirs du Golfe suffira à guérir leurs maux aigus. Il peut être d’une rare grossièreté qui ne fait pas honneur à la France éternelle. « Il est temps de nous réveiller et d’aller écrire l’Histoire avec Israël et les États-Unis d’Amérique, d’aller sauver nos valeurs »[1]. Hormis quelques déclarations sur le caractère purement défensif de notre déploiement en mer de frégates, le Président de la République ne le fera jamais, ne souhaitant pas être perçu comme l’allié du pays haï de LFI et des Frères musulmans. Il préfère rapatrier, aux frais du contribuable français, influenceurs français partis s’installer dans le Golfe par détestation de la France et pour éviter de payer l’impôt aux pays de Descartes et autres touristes insouciants qui n’ont pas trouvé mieux que d’aller se balader dans une région inflammable. Tout ceci est pathétique. Que fait l’Europe ?[2] Elle est aux abonnés absents comme l’OTAN.
Les facéties persanes du Sapeur Macron font la joie des humoristes et imitateurs de tout poil. Ses idées simples et séduisantes, qui esquivent l’infinie complexité des relations internationales – et encore plus dans « l’Orient compliqué » -, font pschitt. Alors qu’il aurait dû immédiatement se rendre aux Émirats arabes unis (EAU) pour assurer nos militaires de l’appui sans faille de la nation et rassurer ses homologues sur la force de nos accords de défense, il préfère aller à Chypre sur laquelle il y a une base britannique mais aucune base française avant de rejoindre le Charles de Gaulle. Où est la cohérence de cette diplomatie de Gribouille ? Pourquoi une telle prudence de gazelle à l’encontre d’une mollarchie qui se comporte depuis toujours comme un vulgaire « État voyou » ?[3] Discute-t-on et négocie-t-on avec Hitler en turban ? Invoque-t-on le droit international pour protéger une dictature sanguinaire qui le viole allégrement chez elle (l’assassinat de 35 000 de ses citoyens) et à l’extérieur (la destruction de l’État d’Israël) ? Où a donc bien pu passer la responsabilité de protéger ? Aux oubliettes d’un pays qui se veut le défenseur naturel des droits de l’homme partout où ils sont bafoués. Notre Chef de l’État définit-il les grandes lignes de notre politique étrangère au regard de la défense de l’intérêt général ou bien pour ne pas froisser les intérêts particuliers de la communauté musulmane française ? À poser toutes ces questions dérangeantes, l’on comprend mieux les raisons profondes du délitement et du déclassement de notre pays dans le monde sous le régime macroniste à qu’il faudra plusieurs années, un Président courageux et volontaire, des budgets conséquents pour renverser la vapeur.
« Le ridicule est l’ennemi de la raison, mais il ne tue pas »[4]
« À notre guide suprême, la pensée complexe, à son humble peuple la pensée perplexe »[5]. Le résultat est devant nos yeux. Depuis le début la guerre au Moyen-Orient, la voix de la France est à peu près inaudible, alors même que nous avons des accords militaires avec certains émirats du Golfe et que nous entretenons, en principe, des liens particuliers avec le Liban depuis le règne de Saint Louis. Mais en vérité, la France ne pèse plus rien sur le plan diplomatique. Lorsque la seule initiative récente prise par Jean-Noël Barrot a été de convoquer l’ambassadeur des États-Unis au Quai d’Orsay, pour lui demander des explications au sujet de l’émotion qu’il avait manifesté lors du meurtre à coups de pied dans la tête du jeune Quentin Deranque, nous pouvons mesurer à quel niveau de déréliction est tombée la diplomatie française. Surtout, lorsque le sieur Kuchner ne défère pas à l’invitation ministérielle. Que restera-t-il de la présidence du méphitique Macron ? Une France affaiblie sur le plan international, si ce n’est ridiculisée[6]. Le souvenir un peu fané du pas de deux du danseur de l’Élysée sur la scène iranienne.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Pierre Martinet, ancien agent du service Action de la DGSE, fondateur et Président du cercle patriotique Hermés, Israël mène une guerre juste et j’enrage de ne pas en être, www.tribunejuive , 8 mars 2026.
[2] Philippe Jacqué, La conduite et les objectifs de la guerre divisent les Européens, Le Monde, 7 mars 2026, p. 5.
[3] Éditorial, Les responsabilités du régime iranien, Le Monde, 7 mars 2026, p. 29.
[4] « Pensées « de Blaise Pacal.
[5] « Dissuasion avancée ? La France recule dans tous les domaines », www.bvoltaire.fr , 8 mars 2026.
[6] Stéphane Buffetaut, Macron : des cendres, des ruines et des pleurs, www.bvoltaire.fr , 8 mars 2026.
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