TRIBUNE – La France doit assumer sa puissance

Par David Saforcada
La visite du président de la République à Chypre et à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle rappelle une vérité simple mais souvent oubliée : dans un monde instable, les nations qui comptent sont celles qui agissent. Face aux tensions qui secouent le Moyen-Orient et l’est de la Méditerranée, la France a choisi de ne pas rester spectatrice. Elle a pris des initiatives, mobilisé des moyens et assumé ses responsabilités. C’est une bonne chose — et c’est même indispensable.
Depuis plusieurs années, les crises se multiplient aux portes de l’Europe : guerre en Ukraine, tensions en mer Rouge, instabilité au Levant, risques d’embrasement entre puissances régionales. Dans ce contexte, la réaction rapide de la France démontre que notre pays demeure capable de projeter de la puissance lorsque les circonstances l’exigent. Le déploiement du groupe aéronaval autour du Charles-de-Gaulle, l’envoi de bâtiments supplémentaires et la présence présidentielle sur le terrain en sont la preuve concrète. Une grande puissance ne se contente pas de déclarations : elle agit.
Cette capacité de réaction est aussi un signal envoyé à nos alliés. À Chypre, État membre de l’Union européenne mais surtout partenaire stratégique en Méditerranée orientale, la France rappelle qu’elle respecte ses engagements. Lorsqu’un pays ami est exposé aux conséquences d’un conflit régional, la solidarité ne doit pas rester un mot abstrait. Elle doit se traduire par une présence, par des moyens militaires crédibles et par une volonté politique claire.
La même logique vaut pour les partenaires de la France dans le Golfe. Depuis des décennies, notre pays entretient avec plusieurs États de la région des relations stratégiques fondées sur la coopération, la sécurité et la stabilité. Être un allié fiable signifie être présent lorsque les tensions menacent l’équilibre régional. C’est ce rôle que la France entend jouer : celui d’une puissance capable de contribuer à la sécurité collective, tout en préservant sa liberté d’action.
Cette posture n’est pas incompatible avec une diplomatie exigeante. La France a ainsi rappelé qu’elle souhaitait voir cesser les frappes israéliennes contre le Liban, car l’extension du conflit au Levant ne ferait qu’aggraver une situation déjà explosive. Dans le même temps, Paris se dit prêt à aider l’État libanais à rétablir pleinement son autorité sur son territoire et à désarmer le Hezbollah, condition essentielle pour restaurer la souveraineté du Liban et éviter que ce pays ne devienne une nouvelle ligne de front permanente.
Cette approche illustre ce qui a longtemps fait la singularité de la diplomatie française : une combinaison de fermeté stratégique et de volonté de stabilisation. La France ne cherche pas l’escalade. Elle cherche à empêcher le chaos. Mais pour être entendue, encore faut-il qu’elle dispose de moyens militaires crédibles et qu’elle montre qu’elle est prête à les utiliser si nécessaire.
Il est également important de rappeler une évidence : ces initiatives doivent d’abord servir les intérêts de la France. Trop souvent, dans le débat public, la tentation existe de diluer l’action française dans une logique abstraite de « réponse européenne ». Or, dans les moments de crise, ce sont les États qui agissent réellement, pas les institutions. La France possède une armée capable de projection, une dissuasion nucléaire, une diplomatie mondiale et un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Ces attributs ne sont pas ceux d’une entité collective : ils sont ceux de la République française.
Cela ne signifie pas que la coopération européenne soit inutile. Mais elle ne doit jamais devenir un substitut à la responsabilité nationale. Lorsque la France déploie un porte-avions, protège des routes maritimes ou soutient un partenaire stratégique, elle agit d’abord en tant que puissance souveraine. Et c’est précisément cette capacité d’action qui fait d’elle un partenaire respecté.
On peut parfaitement ne pas apprécier Emmanuel Macron. Beaucoup de Français contestent sa politique intérieure, son style ou certaines de ses décisions. C’est un débat légitime dans une démocratie. Mais la lucidité oblige parfois à reconnaître ce qui fonctionne. Dans la situation actuelle, la France donne l’image d’un pays qui agit, qui prend des initiatives et qui assume ses responsabilités internationales.
L’alternative aurait pu être une politique à la Louis-Philippe : prudente à l’excès, cherchant avant tout à éviter les remous, préférant l’effacement à l’action. Cette attitude a existé dans notre histoire. Elle avait l’avantage du calme, mais elle avait aussi un prix : celui d’un pays que l’on écoute peu et que l’on respecte encore moins.
Aujourd’hui, l’image est différente. Sans aller jusqu’à distribuer des félicitations, on peut au moins constater qu’une certaine idée de la France réapparaît : celle d’une nation capable d’initiative, d’indépendance et de décision. Une France qui agit selon ses intérêts, qui soutient ses alliés et qui ne craint pas de montrer sa puissance lorsque les circonstances l’exigent. Dans la tradition gaullienne comme dans l’héritage bonapartiste, la puissance n’est pas une posture ; elle est l’instrument de la souveraineté et du respect.
Il y a en revanche quelque chose de plus difficile à comprendre dans certains débats politiques contemporains : cette étrange posture qui consiste à dénoncer l’inaction lorsque rien ne se fait, puis à dénoncer l’action lorsqu’elle a lieu. Le reproche devient permanent, quelle que soit la décision prise. À ce stade, on finit par se demander si le programme politique n’est pas simplement de protester, protester encore et protester toujours. Or gouverner un pays ne consiste pas à commenter les événements, mais à prendre des décisions.
Dans un monde redevenu brutal, les nations qui renoncent à leur puissance s’effacent rapidement. À l’inverse, celles qui savent mobiliser leurs moyens, défendre leurs alliances et parler d’une voix claire conservent leur influence. La France a les ressources politiques, militaires et diplomatiques pour rester l’une de ces nations.
Encore faut-il qu’elle assume pleinement ce rôle. Les initiatives prises aujourd’hui en Méditerranée et au Moyen-Orient vont dans ce sens. Elles rappellent que la France n’est pas condamnée à subir les crises du monde : elle peut encore contribuer à les façonner.
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