TRIBUNE – Opération américaine au Venezuela : Quand la force devient le langage principal

Nicolás Maduro
Capture d’écran Fox News

Par David Saforcada

L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines dépasse largement le cadre vénézuélien. Elle constitue un signal stratégique adressé à l’ensemble du système international, et plus particulièrement à la Russie et à la Chine. Un signal sans ambiguïté : les États-Unis assument désormais l’usage unilatéral de la force comme instrument politique.

Cette opération met en lumière un écart croissant entre les puissances militaires contemporaines. Là où la Russie s’est enfermée dans une guerre longue, coûteuse et indécise en Ukraine, Washington démontre une capacité d’action rapide, coordonnée et décisive. Quant à la Chine, malgré l’ampleur impressionnante de ses forces armées, elle reste confrontée à une limite structurelle : l’absence d’expérience opérationnelle réelle dans un conflit moderne de haute intensité.

Mais l’enjeu central n’est pas militaire. Il est politique et normatif.

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Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ne cherchent plus à inscrire leurs actions dans un cadre juridique international, ni même à en préserver l’apparence. La légitimité n’est plus recherchée dans le droit, mais dans la capacité à imposer un fait accompli. La souveraineté devient conditionnelle, la légalité secondaire, et l’efficacité immédiate prévaut sur toute considération institutionnelle.

Ce basculement acte la fin d’un consensus implicite selon lequel la puissance devait, au moins formellement, se soumettre à des règles communes. Lorsque la première puissance mondiale s’en affranchit ouvertement, ces règles cessent d’être contraignantes pour les autres. Elles deviennent des options, invoquées quand elles servent, ignorées quand elles entravent.

Dans ce contexte, le retour du rapport de force comme principe structurant des relations internationales n’est plus une hypothèse théorique, mais une réalité observable. La dissuasion supplante le droit, la crédibilité militaire remplace la légitimité juridique, et la sécurité ne repose plus sur des institutions collectives, mais sur la capacité individuelle des États à se défendre ou à imposer leur volonté.

C’est dans ce monde durci que la France doit désormais se positionner. Elle ne peut plus se satisfaire d’une posture fondée sur la seule médiation diplomatique ou sur une invocation sélective du droit international. Dans un environnement où les normes sont instrumentalisées par les plus puissants, la crédibilité d’un État repose sur la cohérence entre son discours, ses principes et ses actes.

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Cela suppose d’abord de rompre clairement avec le deux poids, deux mesures. Le droit international, et en particulier le cadre onusien de l’Organisation des Nations unies, ne peut être invoqué avec fermeté contre certains États et relativisé lorsqu’il s’agit d’alliés. Cette incohérence a déjà profondément entamé la crédibilité de la parole française, affaiblie par des positions ambiguës et par des précédents où Paris a elle-même contourné les règles qu’elle prétend défendre.

Cela implique ensuite de sortir d’une lecture morale et binaire du monde. Les relations internationales ne sont pas un affrontement entre « bons » et « méchants », mais un champ de rapports de force entre nations poursuivant leurs intérêts. Défendre le droit international, la paix et la stabilité ne signifie pas renoncer à ses intérêts propres, mais les assumer clairement, sans hypocrisie ni alignement automatique.

Dans cette perspective, la France doit s’armer — au sens propre comme au sens figuré. Au sens propre, pour garantir la défense de ses territoires ultramarins, de ses espaces maritimes et de sa souveraineté dans un environnement stratégique de plus en plus contesté. Au sens figuré, pour retrouver une autonomie de jugement, une liberté de parole et une capacité de décision qui ne soient pas subordonnées à des logiques d’alignement.

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Prendre sa place dans le concert international ne signifie pas rivaliser frontalement avec les superpuissances, mais exister stratégiquement : être capable de condamner une agression, quelle qu’en soit l’origine ; de défendre ses intérêts sans les dissimuler derrière des discours moralisateurs ; et de parler à tous sans dépendre de personne.

Ce basculement n’est pas transitoire. Il constitue un changement de paradigme durable. Les puissances intermédiaires qui s’y adapteront seront celles qui feront preuve de constance, de clarté et d’indépendance. 

Celles qui persisteront dans l’ambiguïté et la complaisance risquent un déclassement progressif, dissimulé derrière un vernis diplomatique de plus en plus déconnecté des réalités du monde.

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