
Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« En lisant cette lettre, j’ai reconnu le style de l’abandon, masqué sous les allures du compromis, si habituel au Quai d’Orsay, d’avant-guerre. Ah, ils sont maîtres dans cet art. La manie de ce sacré Quai d’Orsay qui cherche toujours l’arrangement par définition ». Ainsi, s’exprime le général de Gaulle en 1946 qui a pu apprécier la pleutrerie d’une majorité de diplomates durant l’Occupation. Les choses ont-elles changé de nos jours ?
La question mérite d’être posée au moment où le corps diplomatique a été démantelé par Emmanuel Macron qui conduit une diplomatie solitaire. Peu lui chaut ce que pense le Quai des Brumes qui évolue dans le brouillard stratégique du XXIe siècle. Faute d’avoir prise sur l’essentiel, la Maison des Bords de Seine en est conduite à s’agiter sur l’accessoire dans la pratique d’une diplomatie futile à défaut d’être utile au service des intérêts bien compris de la France éternelle. Nous en avons aujourd’hui un exemple éclairant avec la dernière idée des plus baroques prise par la cohorte diplomatique. De quoi s’agit-il ? Nous apprenons, par le très sérieux site acteurs publics, le contenu de la dernière initiative prise pour donner une certaine visibilité à un ministère aveugle[1]. Il importe de porter une appréciation sur ce bibelot d’inanité sonore.
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Contenu de cette brillante initiative
Rappelons que le Ministère de l’immobilisme, qui coule une paisible existence sur la rive gauche de la Seine, s’est doté d’un « agenda de la transformation » ! Mazette. Attention, cela va secouer, décoiffer tant au Département (appellation labélisée de l’administration centrale) que dans les ambassades, les consulats. Afin de donner de la consistance à ce slogan tout droit sorti, à grands frais, d’une officine de communication, les grands chefs sioux de cette belle Maison de tolérance décident d’organiser, les 5 et 6 septembre 2025, en partenariat avec l’université Sorbonne Paris III sur son campus de Nation (Paris), un grand raout diplomatico-universitaro-médiatique de la plus haute importance.
Son objectif consiste à « amplifier la politique d’ouverture de la diplomatie française sur la société française ». Ni plus, ni moins. On l’aura compris, c’est du lourd. Organisé par la nouvelle Académie diplomatique et consulaire, et ouvert à tous (bravo l’inclusion), cet évènement rassemble diverses parties prenantes afin, entre autres, de valoriser les métiers et missions du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Les objectifs de cette rencontre du troisième type sont clairs et nets : « changer le regard des Français sur la politique étrangère de la France et mettre en lumière la place et les enjeux de l’Union européenne pour la diplomatie française ».
Pour faire plus vrai et concret, des débats sont organisés, ainsi que des rencontres avec des diplomates ou encore des jeux de simulations de négociation. « Les affaires étrangères sont tout sauf étrangères, ce sont les affaires de toutes et de tous », explique Julien Steimer, le directeur général de l’administration et de la modernisation (DGAM) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Et d’insister sur la nécessité de « mieux faire connaître les acteurs, les enjeux, les missions et l’impact de la diplomatie ». Un défi de taille à l’heure des bouleversements géopolitiques actuels. Au-delà , le Quai d’Orsay compte profiter de cet événement pour susciter des vocations et attirer dans ses rangs, alors que la crise d’attractivité touche l’ensemble de la fonction publique. Nous voilà prévenus. L’on parle de choses sérieuses. Mais, est-ce vraiment le cas ?
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Appréciation de cette brillante initiative
Alors que le monde en transition traverse une pluricrises sans précédents, voilà à quoi le Quai d’Orsay passe son temps et dépense sans compter l’argent du contribuable. Ce dernier n’en peut mais dans cette période de fortes contraintes budgétaires. Le sémillant et transparent Ministre de l’Europe et des Affaires, qui lui sont de plus en plus étrangères, n’a-t-il d’autre os à ronger à donner à ses ouailles alors que la canon tonne en Ukraine et au Proche-Orient ? Dès lors, quelques remarques s’imposent au connaisseur de la chose diplomatique.
Tout d’abord, le terme agenda (transformationnel) est un anglicisme. En bon français, il s’agit d’un ordre de jour, d’un programme. Ce qui n’a rien à voir avec un carnet où l’on note des rendez-vous. Bravo à tous ces diplomates qui foulent aux pieds la francophonie qu’ils sont censés défendre bec et ongles dans les enceintes internationales et dans l’Hexagone !
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Par ailleurs, nous pensions naïvement qu’il n’existait plus de spécificité du métier diplomatique depuis qu’Emmanuel Macron avait supprimé le corps diplomatique et avait versé ses ouailles dans le corps interministériel des administrateurs de l’État. Vous avez dit bizarre. Il semble étrange de présenter les spécificités d’un métier qui n’existe pas/plus. Les diplomates sont bien placés pour le savoir. À titre d’exemple, notre nouvel ambassadeur en Géorgie est un cadre de la DGSE. Entre autres, comment parler d’une politique étrangère dont nous ignorons tout tant le Président de la République la confond avec la diplomatie ? Les rédacteurs de ces textes connaissent-ils vraiment la signification des mots qu’ils emploient ? Comme le rappelle si justement le Prix Nobel de littérature 1957, Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». Quant aux « enjeux de l’Union européenne pour la diplomatie française », ce n’est qu’une vaste blague tant le machin bruxellois est en pleine décomposition !
Enfin, on ne peut s’empêcher de sourire en découvrant la vacuité de la prose du Directeur général de l’administration et de la modernisation (DGAM) qui vient nous expliquer que « les affaires étrangères sont tout sauf étrangères, elles sont l’affaire de toutes et de tous ». Ce diplomate de haut vol ne sait pas dont il parle. Il oublie que le vote négatif des Français saisis par voie référendaire sur la question de la ratification du Traité de Lisbonne (2005) a été purement et simplement contourné par un vote du Congrès en 2008. Nous avons la preuve que ce Monsieur raconte n’importe quoi pour plaire aux Princes qui nous gouvernent. Il ignore les termes de l’article 2 de la Constitution française de 1958 qui stipule que « Son principe (celui de la République) est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». On ne saurait être plus clair. Encore de la prose décalée d’un brillant technocrate qui ignore ce que peut penser la valetaille !
En fin de compte, nous sommes au cœur du vide de la pensée de « l’État profond » …
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Une vaste blague
« En diplomatie, les conneries ne s’ajoutent pas, elles se multiplient » nous rappelle fort à propos, en 2018, l’humoriste imitateur, Nicolas Canteloup. Dans quelques lignes particulièrement bien ciselées, nos diplomuches de haut vol enfilent quelques perles qui méritent amplement d’entrer dans le sottisier de la Maison des bords de Seine. Comme la nature, la diplomatie a horreur du vide. Et, c’est bien du vide dont il s’agit avec ce morceau de bravoure made in french diplomacy. En diplomatie, on finit toujours par récolter ce que l’on a semé. Le moins que l’on soit autorisé à dire est que la récolte est loin d’être excellente. Rarement, le dérisoire n’a revêtu autant d’importance dans la diplomatie française. Les bonnes intentions sont une chose, les actes en sont une autre. La culture de l’annonce, de la com’ à tout va trouvent aujourd’hui leurs limites avec l’organisation de cet évènement qui frise le ridicule. Le temps des illusions est définitivement passé. Il est temps, pour ne pas dire grand temps que les diplomates se réveillent, se ressaisissent avant que leur diplomatie ne se désintègre en vol. En dernière analyse, laissons le soin au Quai d’Orsay de faire son cinéma mais aussi de se tirer une balle dans le pied ! Il est expert en la matière.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Bastien Scordia, La diplomatie française fait sa promo, www.acteurspublics.fr , 5 septembre 2025.
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