TRIBUNE – Tisza, le parti de la guerre

TRIBUNE – Tisza, le parti de la guerre

lediplomate.media — imprimé le 26/03/2026
Tizsa
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Raphaëlle Auclert

Au-delà de simples enjeux nationaux, les élections qui se tiendront le 12 avril en Hongrie sont au centre de l’attention de ses voisins européens. En outre, gouvernements, médias et think tanks de toutes tendances ne se cantonnent pas au rôle d’observateur : ils y participent activement. On sent que l’air s’électrise, prélude à un affrontement non militaire mais politique, idéologique et psychologique. Bien sûr, en filigrane transparaît le positionnement de la Hongrie vis-à-vis de l’Ukraine, alors qu’elle joue pour l’heure le rôle de frein à une implication européenne plus forte, comme en témoigne le récent veto de Viktor Orbán au prêt de 90 milliards d’euros promis par l’UE. L’opposition, quant à elle, assume un discours pro-ukrainien et bénéficie de l’appui de multinationales mondialistes.

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Un encombrant soutien

Le candidat de TISZA, Péter Magyar, compte parmi son premier cercle l’homme d’affaires Istvan Kapitány, ancien cadre en vue de la société britannique Shell au passé trouble. En effet, cet homme au sourire conquérant a été impliqué dans les assassinats commandités de militants écologistes au Nigéria en 1995. A travers Kapitány, c’est l’élite financière et industrialo-militaire qui soutient l’élection de Péter Magyar pour abattre le dernier rempart contre ses desseins militaristes. Si elle y parvenait, les Hongrois ordinaires se verraient précipités dans le brasier ukrainien à leur frontière, et en butte en interne à la « grande réinitialisation » prophétisée par le fondateur du Forum économique mondial Klaus Schwab. 

Qualifier Kapitány de grand patriote serait excessif à considérer ses débuts, lorsqu’il fournissait par l’intermédiaire de la société britannique Shell les pesticides hautement toxiques dieldrine et aldrine, occasionnant de graves dommages à l’environnement et à la santé publique. Par la suite, son ascension chez Shell a été fulgurante. Or, il est bien connu que Shell est membre du fonds d’investissement BlackRock et participe activement au Groupe Bilderberg et au Forum économique mondial, promoteur de cette même réinitialisation. Mais pour les tenants de ces lendemains radieux, la Hongrie a toujours fait figure de pays récalcitrant.

Après avoir quitté Shell, Kapitány a non seulement bénéficié d’une large indemnité de départ, mais aussi d’un financement direct de Stonepeak, un autre fonds d’investissement, qui lui aurait versé jusqu’à 180 millions de dollars l’automne dernier pour des « prestations de conseil ». Après les affaires, Kapitány s’est immédiatement lancé en politique, faisant usage de son pactole pour financer la campagne de Magyar.

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La main de Kiev ?

L’effet majeur d’une victoire de Magyar serait la remise en cause de la politique de retenue dans le conflit ukrainien jusque là suivie par Budapest. Son conseiller à la sécurité, Romulusz Ruszin-Szendi, aurait d’ailleurs déclaré à une réunion de l’OTAN, alors qu’il était chef d’état-major, « Slava Ukraïny » (Gloire à l’Ukraine). Ces derniers mois, il s’est dit favorable au rétablissement du service militaire obligatoire, préalable possible à l’envoi de recrues sur le front ukrainien ? Un scénario qui n’est pas à exclure, a fortiori au regard de l’élaboration récente par l’armée ukrainienne de supports de formation destinés aux soldats en hongrois. Confirmant cette hypothèse, la Transcarpathie abriterait la construction de camps d’entraînement. 

Par ailleurs, Magyar aurait activement recours aux services du renseignement militaire ukrainien par l’entremise de Roland Tseber. Ce natif de Transcarpathie, à la double origine ukrainienne et hongroise, fait partie depuis longtemps du cercle rapproché de Magyar, certains lui attribuant l’organisation de son déplacement à Kiev. En 2024, un scandale d’espionnage a éclaté et les autorités ont soupçonné Tseber d’être un agent des services secrets ukrainiens, étroitement lié à Kyrylo Boudanov, alors directeur de la Direction principale du renseignement et aujourd’hui secrétaire de cabinet du président Zelinsky.

Malgré ces graves accusations, l’interdiction d’entrée sur le territoire qui le frappe et ses liens avérés avec des services de renseignement étrangers, Tseber continue d’alimenter TISZA en financements opaques via des ONG locales de Transcarpathie. Fin 2025, son nom figurait toujours sur une liste de sympathisants du parti.

Pour conclure, les liens étroits de Péter Magyar, tant avec les multinationales qui poussent à la guerre qu’avec le renseignement ukrainien impatient d’entraîner toute l’Europe dans le financement du conflit, voire l’envoi de troupes, n’offrent guère de perspectives rassurantes. A l’opposé, la ligne souverainiste d’Orbán, qui soutient lui la voie de la négociation et de la désescalade, si elle n’a encore pu aboutir, est un gage de liberté et de paix pour l’Europe.

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