
Par Julien Aubert
Un échange entre deux conseillers américain et russe sur le plan de paix en Ukraine a récemment fuité, révélant la profondeur du rapprochement Trump / Poutine. On y entendait le conseiller américain Steve Witkoff exposer les termes d’une éventuelle résolution du conflit. Pour obtenir un accord de paix, expliquait-il sans détour, la Russie veut Donetsk et, peut-être, un échange de territoires ailleurs.
C’était quelques semaines avant que l’administration Trump ne propose un plan de paix qui a hérissé les chancelleries occidentales.
Lorsqu’on négocie un compromis, il faut distinguer les positions des acteurs — généralement explicites — et leurs intérêts sous-jacents. Souvent, la paix ou un compromis paraît hors de portée parce que les positions semblent inconciliables. Néanmoins, si l’on parvient à comprendre les besoins réels qu’elles expriment et à y répondre, tout peut se débloquer.
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Un exemple célèbre est celui des accords d’Oslo. Sur le papier, Israéliens et Palestiniens revendiquaient la même chose : les territoires occupés. Tout l’art des médiateurs américains fut de leur faire comprendre qu’Israël ne désirait pas tant les territoires que la sécurité. L’occupation de la Palestine lui semblait la meilleure option pour vivre en paix. Oslo fut la dernière tentative réussie de donner à Israël la sécurité en échange de la terre.
Dans le conflit ukrainien, quel est le besoin de la Russie ? D’abord, un besoin de sécurité. Depuis la chute de l’URSS, les Occidentaux ont avancé leurs pions dans l’espace géopolitique russe, tandis que Moscou a toujours associé sa grandeur à l’étendue de son territoire et assuré sa sécurité en imposant la profondeur territoriale à ses conquérants, qu’ils fussent Napoléon ou Hitler.
Ce qu’il faudrait donc offrir à Poutine, c’est une sorte de nouveau Yalta : l’assurance que l’OTAN respectera une ligne imaginaire au-delà de laquelle elle s’interdira d’agir, afin que les concessions territoriales ne jouent pas ce rôle. Cela passe évidemment par une forme de neutralisation de l’Ukraine, incluant un abandon volontaire des procédures d’entrée dans l’UE et dans l’OTAN.
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Reste ensuite la question de la définition de la neutralité, qui ne s’exerce pas de la même manière en Suisse (État neutre mais armé) qu’au Costa Rica (État démilitarisé). Fermer définitivement la porte de l’OTAN ne doit pas nécessairement aller de pair avec le désarmement de l’Ukraine.
Poutine a également un autre besoin : celui de clore cette guerre par une victoire, qui lui permettra de se justifier auprès du peuple russe et d’évoquer la grandeur passée. Ce second besoin est le plus difficile à satisfaire, car il peut se traduire par des demandes territoriales au détriment de l’Ukraine.
Or, côté ukrainien, le premier besoin est celui de la survie comme entité non russe, ce qui correspond au besoin des Européens de voir le Droit international respecté. Cela suppose le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, pays agressé par la Russie.
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Il existe un moyen de trancher le conflit sur les territoires disputés — notamment le Donetsk — en faisant primer le Droit : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pourrait déboucher sur des référendums d’autodétermination, à condition qu’ils se tiennent une fois les troupes russes retirées. Dans les territoires occupés du Donetsk Oblast, du Luhansk Oblast, du Kherson Oblast et du Zaporizhzhia Oblast, des autorités pro-russes avaient organisé à l’automne 2022 des « référendums » pour rejoindre la Russie. Ces consultations sont largement considérées comme illégales ou « simulées » par la communauté internationale.
Restent ensuite d’autres points abordés dans les négociations actuelles et qui touchent au domaine du droit, comme la question de l’amnistie pour les crimes de guerre. Aussi symbolique qu’elle paraisse, elle n’est pas un obstacle majeur à la conclusion d’un accord. Du reste, d’un point de vue strictement juridique, le triomphe du Droit impliquerait que les criminels russes soient traités comme tels. Mais jamais la Russie n’acceptera cela : ce serait entamer le mythe de la résistance au nazisme qu’elle a construit pour justifier la guerre. Or, à Nuremberg, les anti-nazis étaient du bon côté de la barre des prévenus. Faute de consensus politique, le Conseil de sécurité ne votera jamais un tribunal international sur le modèle de ceux créés pour la Yougoslavie ou le Rwanda : c’est déjà, en soi, une victoire pour la Russie.
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Quant aux avoirs russes, ils pourraient être convertis en réparations de guerre, destinées à reconstruire l’Ukraine et à témoigner de l’agression dont elle a été victime. Néanmoins, une structure juridique ad hoc, pilotée par un conseil international incluant des représentants russes, pourrait être chargée de gérer ces fonds.
En réalité, l’un des principaux problèmes de la résolution du conflit est que le « médiateur », Donald Trump, a lui aussi ses propres intérêts. Dans le même enregistrement évoqué plus haut, on entendait Steve Witkoff souffler à son homologue Youri Ouchakov la meilleure manière de manipuler Trump : se présenter à lui comme un homme de paix. Trump se moque de la nature de l’accord pourvu qu’il puisse s’afficher en ville comme un nouveau Nelson Mandela.
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Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.

