TRIBUNE – Volodymyr Zelensky, le Fregoli de la démocratie 

Volodymyr Zelensky, en premier plan, pose confiant devant les drapeaux de l’Ukraine et de l’Union européenne, tandis qu’en arrière-plan, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen échangent chaleureusement.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire Â». Quand nous entendons cette affirmation péremptoire, nous pensons aussitôt à l’ouvrage acerbe de Léon Bloy paru au début du XXème siècle, intitulé L’exégèse des lieux communs. Il met en exergue la lâcheté et la tiédeur de ceux que l’auteur appelle les « bourgeois Â». Pour lui, l’expression : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire Â» signifie qu’on ne veut ni des vérités « dangereuses à proclamer Â», ni de celles qui sont « désagréables à entendre Â», bref qu’aucune vérité n’est bonne à dire et que la vérité n’existe peut-être même pas… 

La suite logique de cette expression serait alors pour Léon Bloy qu’« il n’y a que la vérité qui offense Â» (on dirait aujourd’hui : « qui blesse Â»)[1]. Seule la vérité est révolutionnaire pour Lénine. Aujourd’hui, le débat autour de la problématique de la vérité n’a pas pris la moindre ride dans la sphère des relations internationales. Nous en avons un exemple tout à fait éclairant avec le Président ukrainien dont le mythe du héros des temps modernes est célébré sans modération depuis 2022. Mais, à la faveur de quelques révélations iconoclastes sur les pratiques de l’ex-comique des séries télévisées, ne serions-nous pas en train d’assister à la chute inexorable du mythe ?

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La célébration du mythe des temps modernes, Volodymy Zelensky 

Volodymyr Zelensky fait partie de ces mythes populaires que l’on se transmet de génération en génération, comme une bonne vieille recette de grand-mère. Sans oser y toucher tant l’icône est sacrée au sens religieux mais, aussi et surtout, au sens médiatique du terme. Nous vivons dans monde manichéen qui établit une distinction intangible entre le Bien et le Mal ; le Bon et le Mauvais ; le Pacifique et la Brute ; l’Agresseur et l’Agressé ; l’Intègre et le Truand ; le Démocrate et l’Autocrate. Cette approche binaire conduit à écarter ab initio toute critique du premier et à nourrir tout procès en sorcellerie du second. Cela ne se discute pas. Les dogmes doivent être acceptés comme tels. Ils ne sont pas sujet à une quelconque disputatio. Qu’on se le dise dans les chaumières de France et de Navarre où l’on regarde les nouvelles du monde devant le poste dans un silence quasi-religieux !

On l’aura compris, nous avons à l’esprit le traitement médiatique type de Volodymyr Zelensky et de Vladimir Poutine depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022. Aucune retenue, aucune nuance n’est de mise pour traiter du sujet. Sur les plateaux des chaînes d’abrutissement en continu, perroquets à carte de presse, pseudo-experts des relations internationales, grands reporters – il n’existe pas de reporters ou de petits reporters – s’en donnent à cÅ“ur joie dès qu’il s’agit de cogner sur l’allumé du Kremlin. Cognez, il en restera toujours quelque chose. Les rares esprits libres, qui s’aventurent à émettre la moindre critique contre Saint Volodymyr, sont aussitôt rappelés aux Évangiles sacrés de la bien-pensance germanopratine. L’affaire est entendue dans une France pleine de professeurs de morale. Circulez, il n’y a rien à voir !

L’homme à la tenue de combat kaki taillé chez un grand couturier est accueilli comme le héros des temps modernes – celui qui parvient à tenir tête en dépit d’un rapport de forces qui lui est notoirement défavorable à son puissant voisin – dans les cénacles les plus selects du moment que sont la Désunion européenne et l’OTAN en état de mort cérébrale. Il fait l’objet d’un véritable culte de la part des dirigeants occidentaux qui le reçoivent à bras ouverts et à bourse déliée. Ses apparitions devant les Parlements de ces États se concluent par des « standing ovations Â» dignes d’une Rock Star. Seul bémol à ce concert de louanges, la petite séance de semonces auxquelles il a droit dans le bureau ovale de la Maison-Blanche de la part du milliardaire à la crinière jaune et son grossier adjoint, le 28 février de l’an de grâce 2025.

Comme le dit la chanson, déjà fort ancienne de Ray Ventura, « Tout va très bien, Madame la Marquise … pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise, on déplore un tout petit rien … Â».  

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La chute du mythe des temps modernes, Volodymyr Zelensky 

Dès le début du conflit avec la Russie, quelques mauvaises rumeurs circulent de ci, de là à bas bruit. Seuls quelques experts avertis des affaires de l’ex-URSS y prêtaient attention. Mais, aussitôt, ils sont cloués au pilori médiatique, accusés de poutinophilie exacerbée. À en croire certaines mauvaises langues, le Président ukrainien ne serait pas aussi honnête, aussi intègre que l’on veut bien nous le dire. Sa fortune placée à l’extérieur du pays serait plus que conséquente. D’où provient-elle ? D’autres esprits chagrins évoquent quelques affaires de corruption touchant les cercles les plus proches du pouvoir : pots de vins, trafic d’armes[2], d’exemption du service militaire et autres carabistouilles dignes de Républiques bananières … Ses vertus démocratiques laisseraient à désirer[3]. La conception verticale et centralisée de Volodymyr Zelensky, sa « bunkerisation Â» … font l’objet de moultes interrogations posées mezzo voce, surtout après les limogeages réguliers de hauts gradés, de fonctionnaires connus pour leur intégrité. En dépit de tous ces signaux faibles inquiétants, la Commission européenne déroule le tapis rouge au héros-comique, déverse d’importantes subventions à son pays tout en lui faisant miroiter une adhésion prochaine à l’Union européenne en contrepartie de quelques adaptations aux règles élémentaires d’une démocratie ou d’un État de droit. L’arbre qui cache la forêt. Ni plus, ni moins.

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Depuis le 22 juillet 2025, les évènements prennent un vilain tour[4]. C’est bien connu, les m. ça vole en escadrilles, pour reprendre la formule imagée de Jacques Chirac. Qu’est-ce qui met le feu aux poudres ukrainiennes ? À la surprise générale, le Parlement adopte, dans la plus grande précipitation, une loi, qui place deux agences de lutte contre la corruption sous la coupe d’un procureur général fidèle à la présidence. Elle fait descendre citoyens intègres et jeunes dans la rue pour mettre le doigt où ça fait mal pour Voldymyr et sa mauvaise troupe, non pas ceux qui se battent vaillamment dans les tranchées mais quelques énergumènes à la moralité et à l’intégrité plus que douteuses. Elle met en éveil la Commission européenne et le FMI qui conditionnent l’octroi de prêts importants au respect de certaines règles élémentaires de transparence et de moralité. Les feux sont braqués vers la présidence qui n’imagine pas un seul instant qu’une affaire aussi mineure puisse déstabiliser durablement le régime tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une chose est claire, il faut éteindre l’incendie au plus vite pour rétablir la confiance perdue.

C’est chose faite le 31 juillet 2025 avec l’adoption et la promulgation derechef, une fois encore dans la plus grande précipitation, d’une loi approuvant le rétablissement de l’indépendance des deux agences de corruption. Pour donner des gages de son intégrité, Volodymyr Zelensky annonce, le 1er aout 2025, à grands renforts de com’, l’arrestation de plusieurs hauts fonctionnaires corrompus dans le cadre d’une vaste affaire de pots de vins liés à des marchés publics militaires. Cela se faisait donc. Le 6 août, les autorités de Kiev confirment enfin la nomination d’un nouveau chef du Bureau de la sécurité économique, repoussée depuis six mois pour d’obscures raisons jugées peu crédibles ni par l’UE, ni par le FMI. L’adoption de toutes ces mesures dans le domaine de la lutte contre la corruption démontrent qu’il fallait éteindre l’incendie au plus vite pour prévenir une catastrophe annoncée. Malgré le tapage médiatique organisé autour de ces mesures, l’affaire risque de laisser des traces en matière de confiance dans la moralité de l’exécutif, au premier rang duquel son Président[5]. Dans le contexte actuel, ces affaires tombent à point nommé pour Moscou toujours prompt à décrédibiliser Volodymyr Zelensky. Et, le feuilleton de la faiblesse de la lutte contre la corruption ne semble pas en voie d’achèvement[6]. Chaque jour charrie son lot d’informations dérangeantes pour l’homme providentiel.

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La confiance en l’icône ébranlée

« Non, l’avenir n’est à personne ! Sire ! l’avenir est à Dieu ! À chaque fois que l’heure sonne, tout ici-bas nous dit adieu Â» (Victor Hugo). Souvent dans pareilles circonstances, les petites causes peuvent avoir de grands effets au vu de l’expérience passée. Il n’est pas interdit d’imaginer quelques hypothèses pour le futur que nous avions envisagées en février 2025[7]. Qui sait, à la faveur d’un rapprochement pérenne entre Donald Trump et Vladimir Poutine, Volodymyr Zelensky pourrait être jugé trop encombrant par les deux parties pour mettre en musique un règlement du conflit dont il serait écarté pour les besoins de la cause. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage. Nos amis américains, qui ne sont pas des enfants de chÅ“ur en la matière, pourraient être tentés de monter un dossier à charge contre l’ex-comique troupier fondé sur de graves accusations de corruption. Dès lors, sa marge d’action serait particulièrement limitée : partir en catastrophe vers quelques cieux accueillants ou subir un procès stalinien dont on peut imaginer l’issue fatale. En dernière analyse, à la lumière de ces développements récents, Voldymyr Zelensky apparait pour ce qu’il est vraisemblablement, le Fregoli de la démocratie.

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] https://www.croirepublications.com/croire-et-vivre/question/article/toute-verite-est-elle-bonne-a-dire

[2] Giuseppe Gagliano, L’affaire des armes revendues par Kiev : Scandale ou symbole d’une guerre à bout de souffle ?, www.lediplomate.media , 25 septembre 2025.

[3] Thomas d’Istria, En Ukraine, une quête de transparence politique. Les débats au Parlement sont de nouveau diffusés en direct, l’opposition critique la concentration des pouvoirs, Le Monde, 17 septembre 2025, p. 5.

[4] Thomas d’Istria, Ukraine : la confiance en Zelensky ébranlée, Le Monde, 6 août 2025, p. 2.

[5] Elie Allan/Thomas d’Istria, Zelensky donne des gages à Bruxelles et à sa société civile, Le Monde, 9 août 2025, p. 5.

[6] Thomas d’Istria, En Ukraine, la lutte contre la corruption reste fragile, Le Monde, 25 septembre 2025, p. 4.

[7] Jean Daspry, Quel avenir pour Voldymyr ?, www.lediplomate.media , 28 février 2025.


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