
Par Angélique Bouchard
Les États-Unis sécurisent leurs frontières tout en économisant des millions sur l’incarcération des criminels étrangers.
De fait, l’administration Trump continue de marquer des points sur la scène sécuritaire et géopolitique.
Dans une manœuvre stratégique, les États-Unis ont transféré au Salvador 238 membres du tristement célèbre gang vénézuélien Tren de Aragua, une organisation criminelle impliquée dans le trafic de drogue, les enlèvements et la traite des êtres humains à l’échelle continentale.
Le Salvador, sous le leadership de Nayib Bukele, représente l’un des partenaires stratégiques clés pour les États-Unis en Amérique centrale, surtout sous la présidence de Donald Trump.
La politique étrangère de Trump, en particulier son programme “America First”, a réorienté l’attention des États-Unis vers leurs voisins du Sud, mettant l’accent sur une coopération accrue en matière de sécurité, de lutte contre les drogues, et de protection des frontières.
Une nouvelle “offshore prison policy” ?
L’accord avec le Salvador s’inscrit dans une tendance plus large où les États-Unis cherchent à externaliser la gestion de l’immigration et de la détention des criminels étrangers. Trump a déjà négocié avec plusieurs pays d’Amérique centrale des accords de “pays tiers sûrs”, permettant d’envoyer des demandeurs d’asile dans des pays de transit avant qu’ils n’atteignent la frontière sud.
Cet accord pourrait servir de modèle pour d’autres nations de la région, notamment la Colombie et le Guatemala, où Trump tente d’établir des partenariats similaires.
Une externalisation du système pénitentiaire américain
Le Salvador s’est retrouvé dans une position cruciale dans ce contexte, en particulier grâce à son rôle dans l’éradication des gangs et sa volonté de collaborer avec les États-Unis pour gérer les migrations illégales et la criminalité transnationale.
Le président du Salvador, Nayib Bukele, a annoncé que son pays était prêt à accueillir des criminels condamnés expulsés des États-Unis, quelle que soit leur nationalité, en échange d’une compensation financière.
Cet accord inédit a été conclu après une rencontre avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a poursuivi une tournée diplomatique du 01er au 06 février 2025, en Amérique latine, pour mettre en œuvre la politique migratoire stricte du second mandat de Donald Trump.
Lors de leur entrevue à la résidence privée de Bukele au lac Coatepeque, le président salvadorien a présenté un modèle inédit d’externalisation carcérale. Rubio a salué l’initiative, la qualifiant de « l’accord migratoire le plus inédit et le plus extraordinaire au monde ».
Bukele a dévoilé cet accord via un message sur X (anciennement Twitter), affirmant que le Salvador offrait aux États-Unis la possibilité d’externaliser une partie de leur système pénitentiaire.
« Nous sommes prêts à accueillir uniquement des criminels condamnés (y compris des citoyens américains condamnés) dans notre méga-prison (CECOT) en échange d’une rémunération. »
Le CECOT (Centro de Confinamiento del Terrorismo), la plus grande prison d’Amérique latine, a été inauguré en 2023 pour lutter contre les gangs comme MS-13 et Barrio 18. Bukele estime que cette délégation carcérale représenterait un coût mineur pour Washington mais permettrait au Salvador de financer durablement son système pénitentiaire.
Le président du Salvador, Nayib Bukele, a annoncé que son pays était donc prêt à accueillir des criminels condamnés expulsés des États-Unis, quelle que soit leur nationalité, en échange d’une compensation financière.
Cet accord s’apparente à un “pacte de pays tiers sûrs”, similaire aux accords migratoires conclus sous l’administration Trump avec le Guatemala et le Honduras en 2019. Il permettrait de transférer vers le Salvador les migrants illégaux criminels condamnés aux États-Unis, notamment ceux dont les pays d’origine refusent le rapatriement.
“Nous reprendrons tous les membres de MS-13 et nous accepterons d’incarcérer les étrangers illégaux criminels de n’importe quel pays”, a assuré Bukele (Source : Fox News).
De fait, les États-Unis font face à un problème croissant avec certains pays comme le Venezuela, qui refusent d’accueillir leurs ressortissants criminels expulsés. Cet accord donnerait à la seconde administration Trump une solution alternative pour gérer ces individus sans les relâcher sur le sol américain.
L’administration Trump frappe un grand coup : Déportation du Tren de Aragua au Salvador, un « deal gagnant » pour les États-Unis
Le Tren de Aragua, né dans les prisons vénézuéliennes, s’est rapidement internationalisé, s’infiltrant aux États-Unis à travers la crise migratoire orchestrée par le régime socialiste de Nicolás Maduro. L’administration Trump a fait de son démantèlement une priorité absolue.
Alors que la gauche démocrate et les juges fédéraux tentent par tous les moyens de bloquer les mesures anti-immigration illégale, le président Donald Trump contourne l’obstacle judiciaire en s’appuyant sur un accord de coopération avec le président Nayib Bukele, reconnu pour sa main de fer contre le crime organisé.
Cette opération fait économiser aux contribuables américains des millions de dollars.
Lundi 17 mars 2025, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, a dévoilé les chiffres de cette opération :
« Le Salvador a accepté ces terroristes étrangers pour seulement 6 millions de dollars. Un prix dérisoire comparé au coût d’incarcération de ces criminels sur le sol américain, qui se chiffre en centaines de millions par an. C’est du bon sens économique et une avancée majeure pour notre sécurité nationale » (Source : Fox News).
À titre de comparaison, le coût moyen d’un prisonnier fédéral aux États-Unis dépasse les 40 000 dollars par an, sans compter les frais de surveillance et de lutte contre les réseaux criminels opérant derrière les barreaux. En expédiant ces criminels à l’étranger, l’administration Trump fait d’une pierre deux coups : elle libère ses infrastructures carcérales et expulse des individus qui n’auraient jamais dû entrer sur le territoire américain.
Si cet accord est perçu comme une victoire diplomatique pour Donald Trump et Marco Rubio, il soulève des préoccupations au Salvador. Manuel Flores, secrétaire général du parti d’opposition Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN), a dénoncé ce plan :
“Cela ferait de notre pays une arrière-cour du gouvernement américain pour déverser ses déchets.”
Le président du Salvador, qui a largement assis son pouvoir sur une politique sécuritaire musclée, voit néanmoins ce pacte comme un levier économique et diplomatique qui pourrait conforter sa position d’allié n° 1 auprès de Washington.
Bukele, allié clé des États-Unis contre le crime transnational
La gestion de la criminalité par Nayib Bukele fait l’objet d’un soutien appuyé de la part de Washington.
Nayib Bukele a été accusé de centraliser le pouvoir en El Salvador, notamment en limogeant le procureur général et des membres du tribunal suprême, tout en renforçant son contrôle sur les institutions judiciaires. Mais cette concentration de pouvoir n’a pas empêché une politique de sécurité qui fait écho aux priorités américaines : éradiquer les gangs criminels.
Sous son régime, des dizaines de milliers de membres de gangs ont été arrêtés dans des opérations de grande envergure, soutenues par une répression sévère des droits de l’homme, mais saluées par de nombreux Salvadoriens comme des progrès dans la lutte contre l’impunité.
Toutefois, les relations entre Bukele et Washington restent complexes. D’un côté, les États-Unis voient en lui un allié crucial dans la lutte contre les cartels et les organisations criminelles qui menacent la stabilité régionale. De l’autre, Bukele a toujours refusé de se soumettre à la pression américaine sur des questions telles que la lutte contre la corruption et la réforme du système judiciaire.
Pour certains analystes, les actions de Bukele dans la guerre contre les gangs sont l’une des raisons pour lesquelles il jouit d’une popularité croissante en Amérique centrale. Mais à l’international, ses méthodes sont constamment critiquées par des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des arrestations arbitraires et un usage excessif de la force.
Dans ce contexte, le secrétaire d’État Marco Rubio a salué le président salvadorien comme « le leader le plus fort en matière de sécurité dans notre région » et « un grand ami des États-Unis » pour son engagement contre les gangs transnationaux.
Le président Nayib Bukele, qui a fait de la lutte contre les gangs sa priorité absolue, a donc accepté d’accueillir ces criminels vénézuéliens dans sa méga-prison ultra-sécurisée du CECOT.
La méga-prison CECOT, où les membres du Tren de Aragua ont été incarcérés, est un symbole de cette politique implacable. Conçue pour accueillir 40 000 détenus, elle applique une discipline de fer et exploite la main-d’œuvre carcérale à grande échelle dans le cadre du programme « Zéro oisiveté ».
Bukele assure que cette approche permettra à terme de rendre le système pénitentiaire salvadorien autosuffisant, alors qu’il coûte actuellement 200 millions de dollars par an.
Dans un message sur X (ex-Twitter), Bukele a cependant laissé entendre que ce n’était pas une faveur gratuite :
« Les États-Unis paieront un prix très bas, mais un prix élevé pour nous. »
Ce commentaire laisse entrevoir que le Salvador, malgré son succès dans la lutte contre les gangs locaux, mesure les risques d’introduire un groupe criminel étranger dans son système carcéral. Pourtant, pour Bukele, cette opération pourrait renforcer son image d’homme fort et lui offrir une légitimité accrue sur la scène internationale.
À lire aussi : La feuille de route de Marco Rubio ferme et pragmatique face à Pékin
Une riposte cinglante aux juges fédéraux et à la gauche pro-immigration
Ce transfert intervient alors qu’un juge de district fédéral, James Boasberg, a tenté de bloquer les expulsions massives de criminels étrangers en s’appuyant sur un argument juridique remontant à 1798, l’Alien Enemies Act.
Cette loi, invoquée par Donald Trump, permet d’expulser des citoyens de nations considérées comme ennemies sans procédure judiciaire classique.
Les démocrates et l’establishment judiciaire, fidèles à leur idéologie pro-frontières ouvertes, ont immédiatement tenté de faire capoter l’opération. Boasberg a même ordonné aux vols d’expulsion en partance de faire demi-tour, un affront direct à la souveraineté présidentielle.
Mais le président Trump et son équipe ont réagi avec la fermeté qu’on leur connaît :
« Laissez ces juges progressistes venir expliquer aux familles américaines pourquoi nous devrions garder des criminels violents sur notre sol », a lancé le sénateur Marco Rubio, qui a qualifié Bukele de « leader le plus fort en matière de sécurité dans notre région » et de « grand ami de l’Amérique ». (Source : Fox News).
Un coup dur pour Maduro et ses alliés socialistes
Cette expulsion massive n’est pas qu’un simple acte de gestion migratoire. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, visant à affaiblir le régime socialiste de Nicolás Maduro au Venezuela.
Le Tren de Aragua, qui a émergé dans les prisons vénézuéliennes sous l’œil complaisant du régime chaviste, est un bras armé de la criminalité transnationale. Sa présence en Amérique du Nord est une conséquence directe de l’ouverture des frontières sous Joe Biden, qui a laissé des milliers de criminels sud-américains pénétrer aux États-Unis sous prétexte d’asile humanitaire.
En renvoyant ces criminels loin du territoire américain, le président Trump envoie un message fort : sous sa présidence, l’Amérique ne sera pas un sanctuaire pour les gangs étrangers.
La “realpolitik” de Bukele : Une victoire stratégique pour Trump
Le Salvador a non seulement accepté de recevoir des migrants expulsés des États-Unis, mais s’est aussi montré réceptif à une coopération renforcée dans la lutte contre la criminalité transnationale, en particulier les gangs qui déstabilisent la région. Le président Bukele a également montré une volonté de collaborer sur des projets stratégiques, comme les accords de coopération nucléaire civile, soulignant l’approfondissement des relations entre les deux pays.
Ce rapprochement entre les États-Unis et le Salvador intervient après une période de refroidissement des relations sous l’administration Biden, qui a souvent fait face à des tensions avec Bukele, notamment sur des questions de démocratie et de droits humains. Cependant, Donald Trump a apporté un changement radical dans cette dynamique, privilégiant une approche réaliste et pragmatique, et a encouragé des accords bilatéraux favorables aux deux parties. Cette approche a montré que la priorité de Washington sous Trump était de stabiliser l’hémisphère occidental tout en consolidant ses relations avec des alliés essentiels.
N’oublions pas les implications géostratégiques de la Chine, en toile de fond.
Sous l’administration Trump, la Chine a été perçue comme une menace croissante dans l’hémisphère occidental, notamment avec son projet d’expansion en Amérique latine.
Le Salvador, comme d’autres pays de la région, a été pris dans la période d’influence croissante de Pékin, surtout avec son engagement dans l’initiative de « la Ceinture et la Route ». Le 14 novembre 2024, le président Xi Jinping a inauguré au Pérou le nouveau port de Chancay, à 78 kilomètres de Lima. Cette infrastructure a été construite dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », le projet chinois qui vise à dynamiser les anciennes routes de la soie.
Cependant, Donald Trump et Marco Rubio ont réussi à faire pression sur ces pays pour qu’ils choisissent un camp : celui des États-Unis. Le Salvador, sous Nayib Bukele, a répondu positivement à ces pressions, en réduisant l’influence de la Chine et en consolidant sa coopération avec Washington sur des questions essentielles telles que la sécurité et la lutte contre le narcotrafic.
En ce sens, le Salvador devient un acteur clé dans la guerre géopolitique contre la Chine dans les Amériques. Le pays a accepté des engagements cruciaux pour limiter l’influence chinoise, tout en devenant un modèle de coopération stratégique dans l’hémisphère occidental, renforçant la souveraineté nationale tout en restant un allié des États-Unis.
Un avertissement pour l’Amérique latine : Le Salvador comme modèle dans une région clé
Ce nouvel accord s’inscrit dans le cadre du projet de déportation massive de Donald Trump, qui inclut une coopération renforcée avec l’Amérique latine pour freiner l’immigration clandestine.
Lors de son déplacement, Marco Rubio a assisté au départ d’un vol d’expulsion de 43 migrants illégaux du Panama vers la Colombie, une initiative financée par les États-Unis pour dissuader les traversées illégales du Darién Gap. Sa tournée diplomatique, entamée le 1er février, s’est poursuivie au Costa Rica, au Guatemala et en République dominicaine, où il a encouragé ces pays à soutenir la politique migratoire américaine.
« La migration de masse est l’une des plus grandes tragédies de l’ère moderne”, a déclaré Rubio. “Nous reconnaissons que de nombreux migrants sont victimes sur leur parcours, mais cela ne profite à personne. » (Source : Fox News).
L’expérience du Salvador sous Bukele et son rapprochement avec les États-Unis incarnent un modèle de souveraineté renforcée et de coopération stratégique dans l’ère post-Trump.
Alors que des pays comme le Nicaragua, le Venezuela, et Cuba ont choisi de s’allier à la Chine ou aux régimes autoritaires d’Asie, le Salvador représente un exemple pragmatique d’un pays souverain travaillant main dans la main avec les États-Unis pour garantir sa sécurité nationale et ses intérêts économiques.
En somme, sous Donald Trump, l’Amérique latine est passée d’une région négligée à un terrain de coopération stratégique essentiel. Le Salvador, en particulier, a été l’un des partenaires les plus prometteurs dans la lutte contre les menaces transnationales, notamment la criminalité et les flux migratoires. À travers cette coopération, Trump a non seulement renforcé l’influence des États-Unis mais a aussi démontré que la priorité donnée à la sécurité nationale et à la coopération pragmatique pouvait produire des résultats positifs pour tous les acteurs impliqués.
Ce coup de force diplomatique et sécuritaire démontre que Trump, loin d’être isolé sur la scène internationale, sait s’entourer de partenaires fiables pour protéger l’Amérique en dehors de ses frontières.
Le message est clair : toute organisation criminelle qui menace les États-Unis sera traquée, expulsée et anéantie, avec ou sans l’aval des juges fédéraux progressistes.
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Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia – Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA – Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.
