
Par Olivier d’Auzon
Par un décret en préparation, Washington envisage un retrait diplomatique du continent africain. Une manœuvre stratégique qui rompt avec un siècle d’influence américaine fondée sur les valeurs et le multilatéralisme.
C’est une révolution froide dans les couloirs feutrés de Foggy Bottom. Une restructuration inédite du Département d’État américain – révélée par le New York Times le 20 avril 2025 – s’apprête à remodeler de fond en comble la diplomatie de la première puissance mondiale. À l’initiative de l’administration Trump, ce projet de décret présidentiel prévoit rien de moins qu’une disparition progressive de la présence diplomatique américaine en Afrique.
Dans la cartographie stratégique de demain, l’Afrique – ce continent de toutes les promesses mais aussi de tous les tourments – ne figure plus en bonne place. Elle est absorbée, diluée, effacée dans une catégorie bureaucratique : celle du « Sud Global ». Exit donc le Bureau des Affaires africaines, remplacé par un simple envoyé spécial logé à la Maison-Blanche. Exit aussi une bonne partie des ambassades, jugées « non essentielles », dans un mouvement qui fait songer à une liquidation silencieuse.
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Le grand désengagement
Il y a là une inflexion majeure. Depuis la fin de la Guerre froide, les États-Unis avaient su tisser, sur le continent africain, un réseau d’influence patiente. Moins spectaculaire que les interventions militaires au Moyen-Orient, certes, mais infiniment plus durable : assistance électorale, soutien aux forces de maintien de la paix, diplomatie des valeurs. Washington s’était imposé en Afrique non par la force, mais par la norme.
Aujourd’hui, tout cela vacille. Sous couvert d’« efficacité », on réorganise, on fusionne, on regroupe. On réduit de six à quatre le nombre de bureaux géographiques du Département d’État. L’Afrique, autrefois laboratoire du soft power américain, devient une périphérie. Pire : un angle mort stratégique.
La tentation du repli impérial
Cette réforme ne saurait être interprétée comme un simple ajustement bureaucratique. Elle traduit un changement doctrinal. À Washington, une nouvelle ligne s’impose : celle d’une diplomatie recentrée sur les compétitions majeures du XXIe siècle – Chine, Russie, Iran. Dans cette optique, l’Afrique n’est plus un théâtre d’action, mais une distraction.
Le retrait américain tombe pourtant au pire moment. Tandis que Pékin déploie ses infrastructures, ses crédits et – demain – ses soldats, Moscou place ses pions de Bangui à Bamako. Même Ankara et Abu Dhabi avancent leurs pions. Et l’Europe ? et la France ?Elle reste engluée dans ses atermoiements. Si bien que le désengagement américain risque de provoquer un vide géopolitique que d’autres puissances, elles, s’empressent de combler.
Un symbole lourd de conséquences
À ce stade, le Département d’État dément. Le décret serait encore à l’étude. Mais sa date d’application – le 1er octobre 2025 – laisse peu de place au doute. Il s’agit bien d’un tournant. Et pas des moindres. Car derrière ce désengagement se profile un basculement plus vaste : la fin d’une diplomatie universaliste au profit d’un réalisme impitoyable. Les droits de l’homme ? Le climat ? La démocratie ? Relégués aux oubliettes de l’histoire.
Ce choix n’est pas sans risques. En se retirant de l’Afrique, les États-Unis n’y laissent pas un vide : ils y laissent la place. Et dans ce monde redevenu multipolaire, les places vides sont aussitôt occupées.
Le continent africain, désormais marginalisé par Washington, pourrait être le théâtre du prochain grand rééquilibrage stratégique. Et l’on parierait sans trop s’avancer que la Chine, bientôt, inaugurera sa première base militaire au Gabon – sans que Paris ne s’en émeuve.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

