
Par Olivier d’Auzon
Les récentes saisies de drogue en Afrique de l’Ouest confirment l’ampleur et le niveau d’organisation des trafiquants. Au Ghana, l’un des plus importants coups de filet a permis à la National Intelligence Bureau d’intercepter une cargaison de 3,3 tonnes de cocaïne brute, d’une valeur de plus de 350 millions de dollars. Cette drogue avait été transportée depuis la région de l’Ouest jusqu’à Accra.
Le 20 mars 2024, la Commission de Contrôle des Stupéfiants du Ghana (NACOC) a arrêté un ressortissant nigérian à Accra et saisi 192 kg de cocaïne et 0,42 kg d’héroïne, pour une valeur totale estimée à 2,1 millions de dollars.
Ces affaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En août 2024, la Marine française a intercepté 885 kg de cocaïne à bord d’un bateau de pêche au large des côtes ouest-africaines. De son côté, en 2023, l’agence antidrogue du Nigéria a réalisé la plus grande saisie de son histoire, avec 1,8 tonne de cocaïne d’une valeur de 278 millions de dollars découverte dans un entrepôt à Lagos.
Le dernier Rapport Mondial sur les Drogues 2024 de l’ONUDC confirme cette tendance préoccupante. Entre 2015 et 2020, les autorités ouest-africaines saisissaient en moyenne 13 kg de cocaïne par an. En 2022, ce chiffre a explosé à 1 466 kg, soit une augmentation de plus de 100 fois.
Si l’Afrique de l’Ouest a longtemps été une simple zone de transit pour la cocaïne destinée aux marchés européens, la situation est en train de changer. La consommation locale est en hausse, et des indices suggèrent même une production intérieure de cocaïne.
Les petits trafiquants assurent la distribution locale, mais les véritables acteurs de ce commerce sont des syndicats criminels puissants bénéficiant de connexions internationales. Plus inquiétant encore, les groupes terroristes, notamment affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, exploitent désormais le trafic de drogue comme principale source de financement, dépassant les rançons autrefois perçues lors d’enlèvements. Cette convergence entre criminalité organisée et terrorisme représente une menace majeure pour la sécurité de toute la région, en particulier dans le Sahel, déjà en proie à l’instabilité.
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Un trafic structuré par des réseaux criminels internationaux
L’expansion du narcotrafic en Afrique de l’Ouest est également alimentée par l’implication croissante des cartels latino-américains. Les cartels mexicains, les trafiquants colombiens et vénézuéliens, ainsi que le puissant Primeiro Comando da Capital (PCC) brésilien ont établi des connexions solides sur le continent africain.
Ces organisations envoient des « émissaires » pour superviser les routes de la drogue vers le Moyen-Orient et l’Asie. Le PCC brésilien a poussé encore plus loin son implantation en Afrique en externalisant ses opérations via des sociétés brésiliennes et panaméennes, qui louent des espaces de stockage dans des entrepôts et sécurisent ainsi leurs routes maritimes.
Quelles réponses politiques face à cette menace ?
L’ampleur des saisies de drogue indique que des réseaux criminels hautement organisés opèrent avec une grande impunité, facilitée par la corruption et le manque de contrôle institutionnel. Les autorités ghanéennes et ouest-africaines doivent impérativement renforcer la sécurité aux frontières, le partage d’informations et la lutte contre la corruption pour éviter que ces pays ne deviennent des plaques tournantes du narcotrafic.
Les forces de l’ordre doivent être mieux formées et équipées pour démanteler ces réseaux, tandis que la coopération avec des partenaires internationaux s’avère essentielle.
Surtout, la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter aux seules interventions militaires. Puisque le narcotrafic est devenu une source majeure de financement des groupes extrémistes, les efforts doivent aussi se concentrer sur le démantèlement des circuits financiers liés à ces activités illicites.
Sans une action concertée, les pays déjà fragiles comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso risquent de sombrer davantage dans l’instabilité. À terme, l’Afrique de l’Ouest pourrait non seulement devenir un hub permanent du crime organisé, mais aussi un épicentre du trafic mondial de drogue, avec des conséquences désastreuses pour la région et au-delà.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
