ANALYSE – BRICS à Rio : Une alliance en quête d’unité dans un monde post-occidental

Des dirigeants internationaux réunis autour du logo des BRICS à Rio, avec le Pain de Sucre en arrière-plan, lors du sommet de juillet 2025.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Alexandre Aoun

Le sommet des BRICS à Rio, tenu sous la présidence de Lula, a vu l’absence des présidents chinois et russe, ce qui a mis en lumière les limites d’une alliance encore en phase de définition, bien qu’ambitionnant de rivaliser avec le G7. 

Malgré des divergences entre ses membres, le groupe bénéficie d’un poids économique et démographique notable et exerce une attraction croissante au sein du Sud global. Sans structure permanente ni cohésion pleinement établie, les BRICS rencontrent des difficultés à concrétiser leurs objectifs, naviguant entre des priorités nationales variées et une volonté de s’affirmer face à l’Occident. Cette rencontre a révélé un bloc encore informel, dont le rôle d’alternative crédible au système actuel reste, à ce stade, en cours d’élaboration.

Du 6 au 8 juillet 2025, Rio de Janeiro a accueilli le 17e sommet des BRICS, réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, enrichi depuis 2024 par l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Égypte, l’Indonésie et l’Ethiopie. Riyad n’a pas encore confirmé son adhésion. Ce rendez-vous, tenu sous la présidence brésilienne de Luiz Inácio Lula da Silva, a marqué une étape dans l’évolution d’une alliance qui cherche à s’imposer comme une alternative au monde occidental, perçu comme vieillissant et moralisateur. 

Dans une ambiance mêlant ambitions personnelles et tensions entre les membres, les leaders ont abordé des thèmes cruciaux tels que le multilatéralisme, la dédollarisation, le commerce Sud-Sud et le soutien à des causes régionales comme Gaza et l’Iran. Dans une déclaration commune, les pays de l’alliance ont mis l’accent sur des thématiques telles que : renforcer le multilatéralisme et réformer la gouvernance mondiale, promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité internationales, approfondir la coopération internationale dans les domaines de l’économie, du commerce et des finances, lutter contre le changement climatique et promouvoir un développement durable, équitable et inclusif ou encore partenariats pour la promotion du développement humain, social et culturel. 

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Une attraction grandissante au sein du Sud-Global

Pourtant, les divergences internes ont révélé une hétérogénéité persistante, soulignant les limites d’un bloc en construction. D’ailleurs, le sommet qui se rêvait être un étendard politique du nouveau monde a été marqué par des absences de poids. Xi Jinping a été représenté par son Premier ministre, Vladimir Poutine n’était pas attendu et les dirigeants du Moyen-Orient avaient d’autres préoccupations. L’Inde cherche à tirer parti des absences pour affirmer sa position, tout en restant prudente face à l’influence croissante de la Chine. L’Afrique du Sud s’efforce de maintenir un équilibre entre ses alliances au sein des BRICS et ses relations économiques avec l’Occident. Quant au Brésil de Lula, il mise sur une diplomatie du « Sud global » sans pour autant couper les ponts avec les pays du G7. En somme, chaque membre privilégie ses propres intérêts, au détriment d’une stratégie commune cohérente.

Pourtant sa force d’attraction ne cesse de grandir au sein des pays du Sud-Global. Le statut d’Etat partenaire a d’ailleurs été créé lors du sommet de Kazan en 2024, regroupant la Bolivie, Cuba, le Nigéria, l’Ouganda, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, la Thaïlande, le Vietnam et la Malaisie. D’autres pays ont officiellement candidaté pour rejoindre l’organisation, à l’instar du Nicaragua, du Venezuela, de l’Algérie, de la République démocratique du Congo, du Zimbabwe, de la Turquie, de la Syrie, de la Palestine, de l’Azerbaïdjan, du Pakistan ou encore du Bengladesh et du Sri Lanka.  

Au fil des discussions, une figure dominait les conversations, même en son absence : Donald Trump. Le sommet a mis en avant une défense vigoureuse du multilatéralisme, un pilier central pour les BRICS face à l’unilatéralisme occidental. Les leaders ont appelé à une réforme des institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou encore l’élargissement du Conseil de sécurité de l’Onu, souvent critiquées pour leur domination par les États-Unis et l’Europe. Une déclaration commune a plaidé pour un système commercial plus équitable, avec une insistance sur l’usage des monnaies nationales pour réduire la dépendance au dollar, une idée portée avec ferveur par la Chine et la Russie. Cette dédollarisation, bien que séduisante, reste entravée par l’absence d’infrastructures bancaires robustes, laissant sceptiques certains observateurs sur sa faisabilité à court terme. Parallèlement, le commerce Sud-Sud a été promu, avec des projets de corridors logistiques reliant l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, tandis que le Brésil a proposé un fonds vert pour la transition énergétique, reflétant une volonté de conjuguer développement et durabilité.

Un bloc aux multiples divergences 

Un autre point d’entente a émergé autour du soutien aux causes régionales sensibles. Les BRICS ont exprimé une solidarité marquée envers l’Iran, récemment sous pression après des affrontements avec Israël, et la population de Gaza, dévastée par près de deux ans de conflit. Une résolution a condamné les sanctions unilatérales contre Téhéran et réclamé une aide humanitaire massive pour l’enclave palestinienne, où les besoins dépassent les 50 milliards de dollars selon des estimations internationales. Ce positionnement a donné au sommet des accents contestataires, perçus comme une réponse aux politiques occidentales jugées intrusives. 

Cependant, cette unité apparente cache de nombreuses nuances : l’Inde, liée aux États-Unis, et l’Arabie saoudite, alliée de Washington, ont adopté des postures plus mesurées, révélant des intérêts divergents au sein du bloc. Malgré des convergences notables, le sommet a mis en lumière les failles d’une alliance encore imparfaite. Les disparités économiques sont flagrantes : la Chine, avec un PIB dépassant 18 000 milliards de dollars, domine les échanges, tandis que l’Afrique du Sud, avec ses 400 milliards, peine à suivre. Cette asymétrie a compliqué les négociations, notamment sur une banque de développement des BRICS, où les membres exigent une répartition plus équitable des voix. Les rivalités géopolitiques aggravent cette fragmentation : la tension sino-indienne à la frontière himalayenne a refroidi les relations bilatérales, et la diplomatie pacifiste du Brésil contraste avec la rhétorique russe sur l’Ukraine. 

Ces désaccords ont conduit à des critiques prudentes des conflits mondiaux, évitant des positions tranchées pour ne pas isoler certains membres, ce qui limite l’impact collectif du groupe. Ce sommet s’inscrit dans un mouvement plus large vers un monde post-occidental, où les BRICS, représentant 48 % de la population mondiale et 30 % du PIB global, ambitionnent de supplanter l’influence d’un Occident en déclin. L’Europe, fragmentée par ses divisions internes, et les États-Unis, polarisés, sont souvent dépeints comme des puissances moralisatrices, imposant sanctions et interventions sans tenir compte des réalités du Sud global. 

Les BRICS, avec leur expansion récente, incarnent une aspiration à un leadership émergent, porté par des économies en croissance rapide. Cette dynamique reflète un basculement géopolitique, où les anciennes puissances perdent de leur lustre, laissant place à une reconfiguration mondiale encore en gestation. Pourtant, cette vision reste perfectible. Les infrastructures de coopération, comme les paiements en monnaies locales, manquent de maturité, et les divergences idéologiques persistent. Le Brésil prône une approche douce, tandis que la Russie et la Chine adoptent des postures plus assertives, créant un équilibre instable. Cette hétérogénéité, bien que reflet d’une alliance plurielle, freine son ambition de devenir une alternative cohérente à l’Occident. 

En attendant le concret

Le succès des Brics dépendra de leur capacité à surmonter ces contradictions, dans un contexte où l’unité reste plus déclarative que pratique. Dans ce cadre, Donald Trump a été une présence implicite mais omniprésente. Le président américain a dominé les discussions informelles, notamment avec ses menaces de droits de douane de 10 % sur les pays s’alignant avec les BRICS. Cette perspective a poussé la Chine et la Russie à accélérer les plans de dédollarisation, tandis que l’Inde et l’Arabie saoudite ont affiché une prudence stratégique, conscientes de leur dépendance au marché américain. Trump, vu comme un catalyseur du repli occidental, est perçu à la fois comme une menace et une opportunité : un retrait américain pourrait renforcer les BRICS, mais ses politiques protectionnistes risquent de compliquer leurs ambitions commerciales. 

En somme, le sommet de Rio a été un miroir des ambitions et des limites des BRICS. Les thèmes abordés (multilatéralisme, dédollarisation, soutien régional) témoignent d’une volonté de redessiner les rapports de force, mais leur hétérogénéité freine leur élan. Dans un contexte où l’Occident perd de son influence, cette alliance incarne un mouvement vers un nouvel ordre mondial, porté par des dynamiques contradictoires. Avec Trump en toile de fond, elle navigue entre opportunités et défis, préparant un avenir incertain où son unité reste à construire.

Pour l’heure, Rio représente ainsi un défi pour la capacité des BRICS à concrétiser leur discours par des actions tangibles. En effet, sans une coordination effective, leur rôle risque de se limiter à une plateforme de paroles, les condamnant à n’être qu’un groupe de bavardages dénué d’impact concret.

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