
Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
L’impensable est arrivé. Et, désormais, plus personne ne peut prétendre l’ignorer.
L’Europe censure.
Pas à demi-mot. Pas dans l’ombre. Mais ouvertement, légalement, froidement — avec l’assurance tranquille de la bureaucratie.
Derrière les formules technocratiques et les slogans moralisateurs, une réalité brutale s’impose : le contrôle de la parole est devenu un enjeu de pouvoir central. Qui a le droit de parler ? Qui décide de ce qui est acceptable ? Et surtout, qui doit être réduit au silence ?
Pour Roland Lombardi, géopolitologue et rédacteur en chef du Diplomate, « Le nouveau McCarthysme de l’UE – cette « chasse aux sorcières » en Europe, incarnée par l’ASD et la frénésie de la censure des débats publics jugés « sensibles » sur l’Ukraine, le Covid, les vaccins ou les crises migratoires – s’explique par une peur panique au sein de l’establishment pro-européen et en effet, suite à son succès aux États-Unis avec la réélection de Donald J. Trump soutenu par Musk, et face à l’arrivée sur le Vieux Continent de cette double révolution – conservatrice et informative, animée et possible par les technologies numériques – les dirigeants progressistes européens sont de plus en plus craintifs. Ils savent très bien qu’ils perdent leur monopole sur l’information et donc leur pouvoir sur les populations de plus en plus en colère… C’est le crépuscule de leur monde, ils le sentent mais c’est ce qui les rend d’autant plus dangereux ».
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Quand Washington sanctionne Bruxelles
Le tournant est historique. Pour la première fois, les États-Unis ont sanctionné des Européens… pour atteinte à la liberté d’expression.
Le 23 décembre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio annonçait l’interdiction de visa visant cinq personnalités européennes accusées d’avoir orchestré des campagnes de pression contre des plateformes numériques américaines : censure, déréférencement, asphyxie financière, suppression de contenus jugés pourtant légitimes par Washington.
Parmi les personnes visées figure Thierry Breton, ancien commissaire européen, figure centrale de la régulation numérique et architecte du Digital Services Act (DSA), cette arme réglementaire brandie contre les géants du numérique.
Le symbole est lourd de sens : les alliés historiques de l’Amérique sont désormais perçus comme des adversaires idéologiques. Non pas pour des questions militaires ou géopolitiques, mais pour une raison autrement plus fondamentale : la liberté de parole.
Le DSA, matrice d’une censure supranationale
Le Digital Services Act est le cœur du problème. Sous couvert de protection des citoyens, il impose aux plateformes des obligations floues, assorties de sanctions massives : jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial, voire l’exclusion pure et simple du marché européen.
Mais une question demeure, lancinante : qui définit ce qui est “nuisible” ?
La réponse est inquiétante. Ce ne sont ni les peuples, ni les parlements nationaux, mais des commissaires, des agences, des autorités hors de tout contrôle démocratique. Une police de la pensée sans visage, sans mandat populaire, sans contre-pouvoir réel.
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Pavel Durov : L’alerte venue de l’intérieur
Le fondateur de Telegram, Pavel Durov, n’a pas mâché ses mots. Il accuse Emmanuel Macron et les institutions européennes de transformer l’Union en un « goulag numérique », combinant censure algorithmique et surveillance de masse, notamment à travers le projet Chat Control.
Pavel Durov parle d’expérience. Arrêté en France, poursuivi pour des contenus publiés par des utilisateurs de sa plateforme, il affirme avoir subi des pressions directes des services français afin de limiter les contenus politiques hostiles au projet européiste et à la mondialisation.
Ce témoignage, qu’on le partage ou non, révèle une dérive profonde : la responsabilisation pénale des intermédiaires pour des opinions qu’ils n’expriment pas eux-mêmes.
Une Europe donneuse de leçons… et « bâillonneuse »
L’ironie est cruelle. L’Union européenne se pose en modèle universel de démocratie, tout en mettant en place des mécanismes destinés à :
- bloquer des discours,
- faire pression sur les plateformes,
- attribuer des résultats électoraux à des “algorithmes toxiques”,
- délégitimer toute contestation au nom de la “sécurité”.
À Bruxelles, on parle de “souveraineté numérique”. Mais la souveraineté sans liberté n’est qu’une autre forme de domination.
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Un nouvel affrontement idéologique ?
Assisterait-on à la naissance d’une nouvelle guerre idéologique ?
Non plus entre Est et Ouest, mais entre les deux rives de l’Atlantique.
La question, jadis absurde, devient soudain plausible : l’Amérique devra-t-elle réactiver les outils de la guerre froide — Voice of America, Radio Free Europe / Radio Liberty — pour diffuser une information non censurée… en Europe ?
L’idée fait sourire. Jusqu’au moment où elle cesse de le faire.
Car lorsque la censure devient la loi, la dissidence devient une nécessité.
Et l’Histoire nous enseigne une vérité implacable : l’information enchaînée finit toujours par se libérer.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
