DÉCRYPTAGE – Yémen, la guerre au sein de la coalition

UAE vs Arabie Saoudite
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Le Sud se rebelle, Riyad sous accusation

Les accusations lancées par le Conseil de transition du Sud contre l’Arabie saoudite marquent un tournant délicat dans la longue et fragmentée guerre yéménite. Selon le STC, des frappes aériennes saoudiennes auraient visé ses forces dans le sud du pays, quelques heures seulement après l’appel officiel de Riyad au retrait des séparatistes des gouvernorats orientaux du Hadramawt et d’al-Mahrah. Même en l’absence de confirmation officielle, la séquence des événements indique qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais du symptôme d’une fracture structurelle au sein du camp anti-Houthi.

Hadramawt, le véritable champ de bataille

Le contrôle du Hadramawt constitue le nœud central du conflit. Région vaste, peu peuplée mais stratégique, elle concentre environ 80 % des réserves de pétrole léger du Yémen. Jusqu’à récemment, elle était sous l’influence du gouvernement reconnu internationalement et soutenu par Riyad, avec l’appui des tribus locales hadramies. L’avancée récente du STC a bouleversé cet équilibre, contraignant les forces soutenues par l’Arabie saoudite à se retirer et transformant le gouvernorat en ligne de confrontation directe entre alliés de façade.

Ici, la guerre yéménite change de nature : elle n’oppose plus seulement les Houthis du Nord au camp gouvernemental, mais devient une compétition ouverte entre les deux piliers de la coalition du Golfe.

À lire aussi : CULTURE – TIMEKOPS : Two More Time 

Émirats arabes unis et Arabie saoudite, alliés rivaux

Le Conseil de transition du Sud, créé en 2017, bénéficie depuis longtemps du soutien des Émirats arabes unis, qui ont établi le long des côtes méridionales des bases militaires et des infrastructures de sécurité confiées à des milices locales. Riyad, en revanche, continue de privilégier l’unité formelle du Yémen et le gouvernement reconnu par les Nations unies.

La contradiction est manifeste : deux stratégies incompatibles coexistent sous la même bannière de la « coalition ». L’Arabie saoudite redoute qu’une sécession du Sud n’ouvre une phase d’instabilité permanente à ses frontières ; les Émirats voient dans le sud du Yémen une opportunité géostratégique, notamment sur le plan maritime.

Bab al-Mandeb et le contrôle des routes maritimes

La portée géopolitique de cette confrontation dépasse largement le cadre yéménite. Le contrôle du golfe d’Aden et du détroit de Bab al-Mandeb signifie peser sur l’un des principaux points de passage maritimes au monde, axe vital entre l’océan Indien et la mer Rouge. C’est dans ce contexte que le STC cherche à se présenter comme un acteur fiable sur la scène internationale, se posant en garant de la sécurité des routes commerciales.

C’est également dans cette logique que s’inscrivent les contacts exploratoires entre le STC et Israël, interprétés comme une tentative d’obtenir une légitimation extérieure et des soutiens indirects. Il ne s’agit pas seulement de symbolique diplomatique, mais d’un alignement d’intérêts sur la sécurité maritime et le containment de l’influence iranienne dans le nord du Yémen.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Iran : Le réveil du bazar et la crise profonde de la République islamique

Les Houthis en arrière-plan, mais toujours centraux

Paradoxalement, alors que le camp anti-Houthi se divise, les rebelles chiites demeurent les bénéficiaires indirects de la situation. La guerre civile déclenchée en 2014 avec la prise de Sanaa ne s’est jamais réellement achevée, et chaque affrontement dans le Sud tend à renforcer, indirectement, la position des Houthis dans le Nord. La menace d’une intervention directe de la coalition contre les séparatistes, évoquée par les responsables militaires saoudiens, traduit précisément cette crainte : une guerre sur plusieurs fronts qui affaiblirait encore davantage la stratégie de Riyad au Yémen.

Évaluation géopolitique

Les accusations du STC contre l’Arabie saoudite mettent en lumière une réalité inconfortable : la guerre yéménite n’est plus seulement un conflit interne ou une guerre par procuration contre l’Iran, mais un théâtre de compétition entre alliés poursuivant des objectifs divergents. Le Sud du Yémen est devenu l’espace où s’affrontent deux visions de l’ordre régional : unité étatique contre sécession contrôlée, sécurité territoriale contre domination des routes maritimes.

Si Riyad et Abou Dhabi ne parviennent pas à une synthèse stratégique, le risque est que le Yémen entre dans une nouvelle phase de fragmentation durable, dans laquelle la guerre ne s’achève pas mais change simplement de visage. Et dans ce scénario, la stabilité de la mer Rouge et du golfe d’Aden devient de plus en plus fragile.

À lire aussi : TRIBUNE – Algérie : Le pouvoir qui confond l’unité avec le mensonge


#Yemen, #GuerreAuYemen, #CoalitionDuGolfe, #ArabieSaoudite, #EmiratsArabesUnis, #ConseilDeTransitionDuSud, #STC, #Houthis, #BabAlMandeb, #GolfeDAden, #MerRouge, #Geopolitique, #GeopolitiqueDuMoyenOrient, #ConflitsArmes, #GuerreCivile, #Petrole, #Hadramawt, #RoutesMaritimes, #SecuriteMaritime, #Iran, #Israel, #Riyad, #AbouDhabi, #Separatisme, #CoalitionsMilitaires, #StrategieMilitaire, #AnalyseGeopolitique, #CriseRegionale, #ProxyWar, #InstabiliteRegionale, #MoyenOrient, #Energie, #CommerceMondial, #DetroitsStrategiques, #PouvoirRegional, #EquilibreDesPuissances, #Geostrategie, #MerRougeEnDanger, #GuerreParProcuration

Retour en haut