ANALYSE – Déminer le détroit d’Hormuz !

Par François Morizur
Déminer le détroit d’Hormuz ! Depuis des semaines, au fil des scoops éphémères des commentateurs de chaines d’informations continues, cette antienne est lancée régulièrement fonction des menaces Iraniennes ou des doutes Américains. Depuis quelques jours, une durée de « déminage » y est adossée : 6 mois ! Le reste se perd dans un fatras de contresens, d’approximations, de suppositions, de déclamations. Le profane, conditionné par les images de synthèse accompagnant les reportages, n’y voit que quelques grosses sphères métalliques noires, hérissées de quelques cornes, se balançant au gré d’une houle paresseuse….
Pourquoi 6 mois pour nettoyer ces eaux vis-à-vis de ces armes si rudimentaires ? Probablement parce que la problématique est mal posée…. Le terme « déminer », dans le subconscient de l’auditeur, dirige vers une neutralisation d’engins explosifs flottant de manière éparse. Il n’en est rien : déminer un espace maritime consiste à s’assurer que la totalité de la zone concernée ne recèle plus aucun engin explosif, ni en surface, ni sous la surface avant d’y faire reprendre un trafic maritime sûr.
Le détroit d’Hormuz géographique
Le détroit d’Hormuz est un passage maritime étroit ouvrant sur le golfe Persique. La zone qui nous concerne couvre environ 1500 km2. La mer y est peu profonde, entre 60 et 80 mètres. Un courant notable de surface, brassant les eaux les plus chaudes, porte vers l’intérieur du golfe alors que les eaux de profondeur, plus froides, sont poussées par un courant sortant. Les fonds y sont sableux, sédimentaires, faiblement coralliens, rocheux uniquement sur les approches des rives. Cet environnement est favorable pour des opérations de déminage.
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Le détroit d’Hormuz stratégique
Depuis les frappes Américaines et Israéliennes du 28 février 2026, les Iraniens « contrôlent » le détroit. Malgré les frappes aériennes conséquentes de mars 2026, le danger constitué par des missiles ou des drones aériens a quasi gelé le trafic commercial maritime alors que l’armada Américaine reste prudemment positionnée à plus de 300 kilomètres de là. L’interception de porte-conteneurs par des vedettes rapides du Corps des gardiens de la révolution islamique le 22 avril dernier a confirmé, si besoin en était, que les Iraniens restaient les maîtres incontestés de ce passage stratégique.
Les moyens de déminage
Les images de synthèse, encore elles, matérialisent des concepts « matriochkas » où un navire mère mettrait en œuvre des embarcations dronisées qui elles-mêmes essaimeraient une couvée d’autres drones aux capacités diverses
(Recherche, détection, identification, destruction). Ces moyens et ces technologies sont en effet en développement. Le premier navire de la série rMCM développant ces capacités, l’Oostende, a été livré à la marine Belge fin 2025 seulement. La majorité des navires de lutte contre les mines restent d’une génération antérieure,1990-2000, disposant d’un sonar de coque à très hautes fréquences. Ces navires opèrent à environ 6 nœuds /10 kilomètre-heure et balaient des « bandes » de 200 mètres de large qui se « tuilent » partiellement afin de maintenir le navire en zone contrôlée de façon permanente lors des opérations.
Rapporté à la zone à sécuriser à l’ouvert du golfe Persique, une flotte de 5 à 6 navires pourrait réaliser cette tâche en environ un mois. Les opérations d’identification des mines puis leur neutralisation pourraient doubler voire tripler ces délais. Enfin, toutes ces opérations nécessitent d’œuvrer dans un environnement permissif, les navires de lutte contre les mines ne disposant pas de moyens d’autodéfense.
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Trois mois vraiment ?
Lorsque le déminage du détroit d’Hormuz est abordé, ça l’est le plus souvent de façon « globale ». Il y a pourtant une organisation chronologique autre : Déminer un corridor étroit « d’urgence » de façon initiale avant de passer à un déminage systématique et général. Ce corridor, deux nautiques de large, pourrait réduire les délais drastiquement : 3 à 4 semaines seraient alors suffisantes pour dégager un chenal, balisé et sécurisé. Son ouverture permettrait de vider le golfe Persique de la flotte commerciale piégée là en moins d’une semaine.
La menace mines ?
Le déminage est-il impératif ? C’est une question essentielle ! La réponse est bien entendu affirmative. Faut-il le faire avant toutes autres choses ? Plus que le corpus militaire, c’est vers le monde maritime commercial qu’il faut se tourner pour obtenir une réponse pragmatique. Elle a d’ailleurs déjà été donnée les 18 et 22 mars derniers : Suite à l’incompréhension du message Iranien signalant l’ouverture du détroit d’Hormuz, plusieurs dizaines de pétroliers, porte-conteneurs, cargos et navires de croisière se sont précipité vers la mer d’Oman, faisant fi des menaces mines. La prochaine opportunité de sortie générera les mêmes réactions démontrant ainsi la futilité actuelle de cette menace brandie par les deux belligérants au gré de leurs axes de communication.
Le détroit est-il miné ? Oui, très probablement. Les Iraniens disposent d’une large gamme de mines sous-marines à déclenchement acoustique, magnétique, à pression mais également de mines « torpille » de type PMK 1 -PMK 2 russes et EM-52 Chinoises. Ne pas avoir disposé des mines de ce type dans ce détroit qui est leur première « arme par destination » serait une erreur stratégique majeure pour l’état Iranien. La préparation de leur défense en mosaïque, leurs capacités à mettre en œuvre des milliers de missiles et de drones dans la durée démontre l’état de préparation de l’Iran. Ces moyens dormants et sélectifs constituent un levier essentiel non encore employés dans leur posture de réponses asymétriques.
L’Iran, acculé par la pression militaire Américano-Israélienne pourrait utiliser les mines en tant qu’ultima ratio. Cet emploi pourrait se matérialiser par l’emploi sélectif des mines dormantes déjà disposées mais également, de façon non réversible, par le mouillage de mines dérivantes. Cet emploi impacterait également le trafic commercial Iranien, essentiel pour le financement de la guerre par Téhéran. Cette action correspondrait à un pis-aller final Iranien faute de réponses plus adaptées. A ce stade du conflit, il est donc peu pertinent de placer le déminage global du golfe persique comme une condition sine qua non avant d’envisager la reprise d’un trafic maritime commercial. Ce prérequis serait catastrophique pour l’économie mondiale compte tenu des délais associés. L’ensemble des acteurs ont bien évidement cette notion en tête alors que le conflit semble s’enliser actuellement.
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