ANALYSE – L’Éthiopie défie le Nil et inaugure son rêve pharaonique

ANALYSE – L’Éthiopie défie le Nil et inaugure son rêve pharaonique

lediplomate.media — imprimé le 21/09/2025
Vue spectaculaire du Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie au coucher du soleil, libérant les eaux du Nil Bleu, symbole de puissance hydroélectrique et de fierté africaine.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Guba, au bord du Nil Bleu. — Après quatorze années d’efforts titanesques, l’Éthiopie a enfin inauguré son Grand Barrage de la Renaissance, la plus grande infrastructure hydroélectrique d’Afrique.

En ce 9 septembre 2025, Abiy Ahmed, Premier ministre auréolé d’un nationalisme triomphant, s’est avancé à la tribune pour saluer un « grand accomplissement pour tous les peuples noirs ». Derrière lui, s’étendait une muraille de béton de deux kilomètres de long, haute de 170 mètres, capable de retenir 74 milliards de mètres cubes d’eau : un monument à la modernité dans ce pays encore meurtri par la guerre civile.

À lire aussi : ANALYSE – Aux portes de l’Aoussa : Quand l’Égypte défie l’Abyssinie

Une unité forgée dans le béton

Dans un État fracturé par les haines régionales – Tigré, Amhara, Oromia – le barrage apparaît comme le seul sujet de consensus. L’ancien empire des Négus, longtemps divisé, retrouve ici un projet commun, une cause patriotique. La fierté de l’ouvrage transcende les appartenances ethniques. Pour les 130 millions d’Éthiopiens, dont près de la moitié vit encore sans électricité, la promesse est immense : une révolution énergétique capable de changer la vie de 40 millions de citoyens.

À lire aussi : ENVIRONNEMENT – États-Unis : Énergie, pouvoir et loi… Comment l’argent noir et le “lawfare” vert menacent la renaissance nucléaire américaine

Une ambition économique et géopolitique

L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, ne cache pas ses ambitions : produire 5 150 mégawatts, soit plus du double de sa capacité actuelle, et vendre son électricité aux voisins. Le président sud-soudanais Salva Kiir, invité d’honneur, a déjà annoncé un accord d’achat. Addis-Abeba espère récolter jusqu’à un milliard de dollars par an de cette manne.

Mais derrière la fête et les feux d’artifice, se cache une inquiétude régionale. Car le barrage, érigé sur le Nil Bleu, contrôle désormais 85 % du débit du fleuve sacré. L’Égypte, dont la civilisation vit depuis toujours au rythme du Nil, voit dans ce géant de béton une « menace existentielle ». Au Caire, les 110 millions d’habitants dépendent à 97 % des eaux du fleuve pour irriguer leurs champs. Les protestations égyptiennes se succèdent, sans jamais réussir à bloquer l’obstination éthiopienne.

À lire aussi : La mer Rouge est la «frontière naturelle» de l’Éthiopie

La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

Depuis dix ans, médiations et sommets se sont multipliés : Washington, Moscou, Abou Dhabi, Addis-Abeba, l’Union africaine… Tous ont échoué à trouver un compromis entre les trois riverains – Éthiopie, Soudan et Égypte. Pourtant, les experts se veulent rassurants : nul n’imagine, à ce stade, une guerre ouverte entre Le Caire et Addis-Abeba. L’Éthiopie insiste : « Nous ne priverons personne d’eau. » Et de rappeler que le barrage ne consomme pas : il restitue les flots après avoir produit de l’électricité.

À lire aussi : Nouvelle-Calédonie : La quête d’un accord menacée par la branche radicale indépendantiste

L’Afrique entre fierté et tensions

Dans ce combat, Abiy Ahmed joue habilement la carte de l’histoire et de la dignité. L’Éthiopie fut le seul pays africain à ne jamais être colonisé ; elle se veut aujourd’hui pionnière d’un développement émancipé, affranchi des tutelles étrangères. Le Grand Barrage de la Renaissance devient un symbole continental, célébré sur les réseaux sociaux comme une victoire de « l’Afrique par elle-même ».

Mais les illusions peuvent être dangereuses. Car l’eau est l’or bleu du XXIᵉ siècle. Et la prospérité éthiopienne ne doit pas se bâtir au prix de la sécheresse égyptienne. Le Nil, fleuve des Pharaons et matrice de civilisations, peut encore devenir une ligne de fracture. À l’heure où les guerres de demain se joueront moins sur le pétrole que sur les rivières, l’Éthiopie vient de lancer un défi au monde arabe : celui de partager l’eau sans répéter les tragédies du passé.

À lire aussi : ANALYSE – Guerre de l’eau, quête de la mer rouge : L’Éthiopie joue sa survie stratégique


#Éthiopie, #NilBleu, #GrandBarrage, #BarrageDeLaRenaissance, #GuerreDeLeau, #Afrique, #AbiyAhmed, #Hydroélectricité, #Égypte, #AddisAbeba, #Soudan, #Caire, #Pharaons, #TensionsHydriques, #EnergieVerte, #GeopolitiqueAfricaine, #AfriqueDeLEst, #NationalismeAfricain, #TransitionÉnergétique, #DéveloppementAfricain, #HistoireAfricaine, #AfriqueÉmergente, #OrBleu, #DiplomatieDeLeau, #ConflitNil, #AfriqueDuFutur, #RenaissanceAfricaine, #PouvoirHydroélectrique, #Sécheresse, #SécuritéHydrique, #ÉnergieDurable, #ÉlectricitéPourTous, #PuissanceAfricaine, #RivalitéNil, #ÉthiopieVsÉgypte, #IndépendanceÉthiopienne, #UnionAfricaine, #MoyenOrientAfrique, #DéfisDuXXIeSiècle, #ConflitEau

Retour en haut