
Par Olivier d’Auzon
Dans l’air frais des hauts plateaux malgaches, le grondement sourd des foules a remplacé les chants des marchés. Depuis plusieurs jours, la capitale, Antananarivo, est traversée par une onde de colère populaire, faite de slogans rageurs, de drapeaux brandis et de bottes martelant le bitume. le octobre 2025, une partie de l’armée s’est à son tour invitée dans l’arène politique : un contingent de soldats a rallié la contestation, galvanisant une population déjà chauffée à blanc par des mois de frustrations accumulées.
Le lendemain, d’une voix ferme, le chef de l’État Andry Rajoelina a pris la plume pour dénoncer « une tentative de prise du pouvoir illégale et par la force ». Dans un communiqué solennel, il a invoqué la Constitution et rappelé les « principes démocratiques » sur lesquels repose, en théorie, la jeune République. Les mots sont pesés, graves, comme ceux d’un président conscient que le sable politique se dérobe sous ses pieds.
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Une colère enracinée dans l’Histoire
Pour comprendre la portée de cette journée d’octobre, il faut replacer les événements dans la longue mémoire politique malgache. À Madagascar, les crises institutionnelles ont une manière singulière de s’écrire dans la rue.
Déjà en 2009, Antananarivo avait été le théâtre d’une confrontation brutale qui avait vu Rajoelina, alors maire, accéder au pouvoir sur fond de rébellion militaire et de colère populaire. Aujourd’hui, ironie de l’Histoire, c’est lui qui en appelle au respect de l’ordre constitutionnel face à un scénario qui rappelle celui qui l’avait propulsé sur le devant de la scène.
Le mécontentement n’est pas né d’hier. Inflation galopante, dégradation des services publics, scandales de corruption et sentiment diffus d’abandon ont creusé un fossé entre le palais présidentiel et la population. Les manifestations, longtemps cantonnées aux syndicats et aux cercles étudiants, ont pris ces dernières semaines une ampleur inédite. Dans un pays où l’État peine à tenir les rênes de son immense territoire, la moindre fissure institutionnelle devient une brèche.
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L’armée, arbitre silencieux
La bascule décisive s’est produite lorsque des militaires, en uniforme et armes au poing, sont apparus sur le parvis de la mairie d’Antananarivo. Devant des milliers de manifestants électrisés, ils ont pris la parole, dénonçant à demi-mot l’incapacité du pouvoir à répondre aux aspirations populaires. Ce ralliement, encore limité, a l’effet d’un séisme : à Madagascar, l’armée n’est pas seulement un acteur sécuritaire. Elle est, depuis des décennies, l’arbitre silencieux des crises politiques.
La présidence tente de reprendre la main en dénonçant un « coup de force », espérant rallier la communauté internationale à sa cause. Mais à Antananarivo, les scènes de liesse populaire en disent long : une partie du pays ne croit plus à la légitimité du pouvoir en place.
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Le spectre des trans @itions répétées
Le scénario qui se dessine aujourd’hui réveille un vieux spectre : celui des transitions politiques sans fin qui minent l’île depuis son indépendance. À chaque crise, un pouvoir vacille, un autre s’installe — souvent sur les cendres encore fumantes du précédent. La démocratie malgache, fragile et souvent instrumentalisée, se joue moins dans les urnes que dans les rues et les casernes.
Rajoelina, habile manœuvrier, saura-t-il éviter le piège d’une spirale incontrôlable ? Son appel solennel peut encore peser si des négociations s’ouvrent. Mais si le rapport de force se déplace définitivement du côté de la rue et de l’armée frondeuse, c’est une nouvelle séquence de turbulence politique qui s’ouvrira pour Madagascar.
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Une crise au-delà des frontières
La situation est scrutée avec inquiétude par les capitales régionales et les organisations internationales. Car l’île de l’océan Indien, au-delà de ses frontières insulaires, occupe une position stratégique : carrefour maritime, grenier agricole potentiel, et pivot sécuritaire dans une région sensible. Une instabilité prolongée à Antananarivo pourrait résonner bien au-delà des côtes malgaches.
Dans la lumière dorée d’un crépuscule d’octobre, Antananarivo retient son souffle. L’Histoire s’écrit souvent en silence avant de frapper aux portes du pouvoir. Cette fois, elle semble déjà sur le seuil
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

