ANALYSE – Le pari américain : Isoler la Russie par le pétrole ?

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
La guerre en Ukraine ne se joue plus seulement sur les plaines du Donbass ou dans le ciel au-dessus de la mer Noire. Elle se déplace désormais dans les couloirs feutrés du Congrès américain, là où se prépare peut-être l’une des offensives économiques les plus ambitieuses jamais dirigées contre la Russie.
Dans une analyse publiée le 9 mars 2026, l’analyste géopolitique Andrew Korybko décrit l’émergence d’un nouvel instrument législatif américain : le DROP Act, acronyme de Decreasing Russian Oil Profits Act. Selon lui, ce texte pourrait devenir « une arme sans précédent de guerre financière » contre Moscou.
L’initiative est portée par le républicain Michael McCaul, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants. Déjà introduit au Sénat en décembre dernier, le projet de loi vise à frapper au cœur du système économique russe : ses exportations d’hydrocarbures.
L’arme pétrolière américaine
L’objectif du texte est simple : contraindre les clients du pétrole russe à choisir leur camp.
Si le projet est adopté, le président des États-Unis disposerait du pouvoir d’imposer des sanctions ciblées contre toute entreprise, banque ou État impliqué dans l’achat, l’importation ou la facilitation des exportations de pétrole russe.
Trois échappatoires seulement seraient possibles.
La première obligerait les pays acheteurs à placer les paiements dus à Moscou sur un compte strictement contrôlé dans leur propre pays. Ces fonds ne pourraient servir qu’à financer des transactions humanitaires : nourriture, médicaments ou matériel médical.
La deuxième exigerait que ces paiements soient redirigés vers l’armement ou la reconstruction de l’Ukraine.
La troisième – plus politique – prévoirait une exemption pour les pays apportant une aide économique ou militaire « significative » à Kiev.
Pour Moscou, les deux premières options sont évidemment inacceptables. La troisième, en revanche, introduit une ambiguïté stratégique : aucune définition précise de « soutien significatif » n’est donnée.
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Une stratégie de coercition mondiale
Pour Andrew Korybko, la logique des auteurs du texte est claire : forcer les derniers grands clients énergétiques de la Russie à abandonner progressivement son pétrole — ou à soutenir davantage l’Ukraine.
Autrement dit, Washington chercherait à transformer le marché pétrolier mondial en levier géopolitique.
Dans cette perspective, les États qui continuent d’acheter du brut russe seraient placés devant un dilemme :
- rompre avec Moscou, en se tournant vers d’autres fournisseurs ;
- ou compenser ce commerce par un soutien accru à Kiev.
Dans les deux cas, la Russie se retrouverait confrontée à une pression indirecte mais croissante.
C’est précisément ce qui fait dire à l’analyste que le DROP Act pourrait devenir une arme de guerre économique d’un genre nouveau.
Les limites de l’offensive
Toutefois, la stratégie américaine n’est pas sans risques.
Deux variables pourraient en limiter l’efficacité.
La première tient à la dépendance des pays visés vis-à-vis du système financier américain. Plus cette dépendance est forte, plus la menace de sanctions est crédible.
La seconde relève de la réalité du marché pétrolier mondial. Si l’offre alternative ne suffit pas à remplacer le pétrole russe, certains pays pourraient préférer maintenir leurs achats… tout en augmentant leur soutien à l’Ukraine pour éviter les sanctions.
Dans ce cas, l’effet recherché par Washington serait paradoxal : la Russie continuerait de vendre son pétrole, tandis que Kiev recevrait davantage d’aide.
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Un contexte énergétique explosif
Cette équation est rendue encore plus complexe par les tensions énergétiques mondiales.
La flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient — certains analystes évoquent déjà une possible « troisième guerre du Golfe » — réduit les marges de manœuvre des importateurs.
Dans ce contexte, Washington a déjà montré sa capacité d’adaptation. Les États-Unis ont par exemple temporairement assoupli certaines restrictions sur les importations de pétrole russe par l’Inde afin d’éviter un choc trop brutal sur le marché.
Une logique de marchandage stratégique pourrait donc se mettre en place : exemptions de sanctions contre promesses de financement de l’effort ukrainien.
Le risque d’une nouvelle escalade
Si le DROP Act était adopté, il marquerait une nouvelle étape dans la confrontation entre la Russie et l’Occident.
Car au-delà de la pression économique, c’est la tentative de rapprochement fragile entre Washington et Moscou qui pourrait s’en trouver compromise.
Dans cette guerre devenue globale, le front financier pourrait bien se révéler aussi décisif que le front militaire.
Et comme souvent dans l’histoire des conflits modernes, ce sont peut-être les flux invisibles de capitaux et d’énergie qui détermineront, à terme, l’issue de la bataille.
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