
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’interruption du Druzhba
Le 18 août, le flux de pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie via l’oléoduc Druzhba a été interrompu. Budapest a attribué l’événement à une attaque ukrainienne contre une partie du réseau, tandis que Kiev a préféré ne ni confirmer ni démentir. Pour compliquer davantage le tableau, le même jour, des drones russes ont frappé pour la deuxième fois en deux semaines un dépôt pétrolier de la société azerbaïdjanaise SOCAR dans la région d’Odessa.
Deux épisodes distincts mais révélateurs d’une même réalité : l’énergie, dans ce conflit, n’est pas seulement une ressource, mais un champ de bataille et un instrument de pression politique.
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L’Ukraine et la guerre contre les infrastructures
Ces derniers mois, Kiev a intensifié ses attaques contre les infrastructures énergétiques russes, consciente que le pétrole et le gaz représentent environ un quart des recettes budgétaires du Kremlin. Frapper oléoducs et dépôts signifie saper la capacité de Moscou à financer la guerre.
Pour l’Ukraine, le message est clair : la Hongrie doit adresser ses plaintes à Moscou, et non à Kiev, car c’est la Russie qui a choisi la guerre et rendu l’Europe vulnérable. Cette polémique souligne qu’à la différence de nombreux autres pays européens, le gouvernement de Viktor Orbán a maintenu une forte dépendance énergétique à l’égard de la Russie, faisant du Druzhba l’artère principale de son approvisionnement.
La Hongrie entre dépendance et contestations internes
Le ministre des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a qualifié l’attaque d’« outrageuse et inacceptable » et a demandé des explications à Moscou. Mais, sur le plan interne, l’affaire devient aussi politique. Le chef de l’opposition, Peter Magyar, a accusé le Kremlin d’ingérences dans les affaires hongroises, réclamant des garanties contre la désinformation, les cyberattaques et les intimidations.
C’est une contradiction récurrente : Orbán défend le lien avec Moscou, mais la Hongrie reste exposée aux risques d’une dépendance structurelle, tandis qu’une partie de la classe politique tente de réorienter le pays vers un alignement plus étroit avec l’Occident.
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La Slovaquie et la sécurité énergétique
Bratislava a également confirmé l’arrêt du flux, tout en précisant que le transport de pétrole à l’intérieur de son territoire se poursuivait normalement. Comme la Hongrie, la Slovaquie dépend fortement du Druzhba et partage ainsi la même vulnérabilité.
La sécurité énergétique de l’Europe centrale apparaît donc de plus en plus tributaire de dynamiques de guerre lointaines, mais capables d’affecter directement la vie quotidienne et la stabilité politique des gouvernements.
L’attaque contre SOCAR : Un message à Bakou
Le bombardement du dépôt SOCAR à Odessa ajoute une dimension géopolitique. Ce n’est pas seulement une frappe contre l’Ukraine : c’est aussi un signal adressé à l’Azerbaïdjan, partenaire énergétique émergent pour Kiev et fournisseur alternatif au gaz russe.
Bakou, qui gère déjà des dizaines de stations-service en Ukraine et a récemment livré des volumes tests de gaz, est désormais appelé à réagir fermement pour ne pas apparaître vulnérable. Frapper SOCAR, c’est fragiliser la crédibilité des corridors énergétiques alternatifs que l’Europe et Kiev cherchent à bâtir afin de réduire leur dépendance à Moscou.
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Les effets géopolitiques et géoéconomiques
L’épisode combine trois niveaux. Premier : le conflit militaire, où l’énergie et les infrastructures deviennent des cibles légitimes pour affaiblir l’ennemi. Deuxième : la compétition politique interne dans les pays européens les plus exposés, comme la Hongrie et la Slovaquie, où la question énergétique devient levier de consensus. Troisième : la dimension géopolitique, avec l’Azerbaïdjan qui s’affirme comme acteur énergétique convoité mais vulnérable, et la Russie qui utilise les frappes comme outil d’intimidation diplomatique.
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L’énergie comme arme de guerre
La suspension du Druzhba et les attaques contre SOCAR démontrent que le front énergétique est devenu une composante à part entière de la guerre. Il ne s’agit plus seulement d’approvisionnement, mais de stratégie militaire, de pression politique et d’influence géopolitique.
Alors que Kiev cherche à tarir les revenus énergétiques de Moscou et à bâtir des alternatives avec Bakou, l’Europe centrale reste exposée au chantage de la dépendance. Dans ce contexte, le risque est que les choix énergétiques, au lieu d’assurer la sécurité, deviennent la faille par laquelle des puissances extérieures influencent la politique et la stabilité des États membres de l’Union.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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