ANALYSE – RDC : L’AFC-M23 accélère son offensive en Sud-Kivu malgré l’accord de Washington

Par Olivier d’Auzon
Alors que Félix Tshisekedi et Paul Kagame s’efforçaient, à Washington, de sceller un accord présenté comme une percée diplomatique majeure pour stabiliser l’est de la République démocratique du Congo, une réalité bien différente se déroulait sur le terrain, souligne volontiers Africa Intelligence du 9 décembre 2025. À des milliers de kilomètres des salles capitonnées où les deux chefs d’État affichaient une entente retrouvée, les combattants de l’AFC-M23 lançaient une nouvelle série d’attaques coordonnées dans le Sud-Kivu — une escalade que Kinshasa redoutait depuis des mois.
Une offensive surprise en pleine trêve diplomatique
Selon un mémo militaire confidentiel consulté par plusieurs sources sécuritaires, l’opération de l’AFC-M23 ne se limite pas à une simple incursion. Il s’agit d’une offensive planifiée, multi-axes, visant à élargir l’influence du mouvement au-delà de ses bastions traditionnels du Nord-Kivu. Les unités rebelles ont pris position dans plusieurs localités stratégiques, exploitant le vide sécuritaire laissé par les redéploiements récents des FARDC et l’essoufflement des groupes armés locaux censés contenir leur avancée.
Les premières attaques ont visé les zones de Bijombo, Mikenge et Minembwe, points névralgiques des Hauts Plateaux où se superposent tensions ethniques, trafics transfrontaliers et rivalités politico-militaires. Les combats y ont été particulièrement violents, avec des déplacements massifs de civils.
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Washington : Une paix signée, mais déjà fragilisée
Le contraste est saisissant. Au moment même où l’administration américaine se félicitait d’avoir rapproché Kinshasa et Kigali, l’AFC-M23 — organisation largement perçue par les analystes comme bénéficiant d’un soutien direct ou indirect du Rwanda — démontrait sur le terrain que la signature d’un accord n’équivaut pas à son application.
Ce paradoxe mine d’emblée la crédibilité de la “feuille de route” conjointe annoncée à Washington. Pour Kinshasa, il s’agit d’un véritable camouflet : comment convaincre l’opinion congolaise de la sincérité de Kigali si, dès les premières heures, les rebelles associés au Rwanda élargissent leur théâtre d’opérations ?
Pour Kigali, la manœuvre semble au contraire montrer que les dynamiques internes au M23 échappent volontairement ou involontairement au contrôle politique, permettant de maintenir une forme de pression militaire tout en s’affichant comme partenaire de la paix.
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Un mémo militaire alarmant : Changement d’échelle et d’ambition
Le document confidentiel circulant au sein de l’état-major congolais tire la sonnette d’alarme. Il détaille :
- un renforcement significatif des capacités de mobilité du M23, avec l’utilisation croissante de motos rapides et de blindés légers ;
- une coordination tactique accrue entre les colonnes opérant dans le Nord- et le Sud-Kivu ;
- un approvisionnement régulier en munitions et équipements via des corridors transfrontaliers identifiés ;
- des objectifs territoriaux clairs, visant à sécuriser des axes logistiques vers Uvira et Fizi.
Selon ce mémo, l’organisation rebelle cherche désormais à transformer le Sud-Kivu en seconde zone d’implantation durable, ce qui représenterait un tournant stratégique majeur du conflit.
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Les FARDC en difficulté, les populations en première ligne
Du côté des Forces armées congolaises (FARDC), les premières réactions attestent d’une situation complexe. Le redéploiement des troupes pour sécuriser Goma — menacée ces derniers mois — a laissé des brèches dans le Sud-Kivu. Les unités encore présentes, sous-équipées et dispersées, peinent à contenir la poussée rebelle.
En parallèle, la situation humanitaire s’aggrave. Les organisations locales font état de dizaines de milliers de déplacés, fuyant les combats pour rejoindre des zones déjà saturées en réfugiés. Les difficultés d’accès, l’insécurité routière et les exactions commises par divers groupes armés compliquent davantage la réponse humanitaire.
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Un accord déjà obsolète ?
L’offensive de l’AFC-M23 met en lumière une réalité que diplomates et chancelleries répugnent à admettre : l’est du Congo est aujourd’hui un échiquier où la dimension militaire impose encore sa loi, reléguant les accords politiques au rang d’intentions fragiles.
L’accord Tshisekedi–Kagame, présenté comme un “moment historique”, apparaît déjà menacé. Pour de nombreux observateurs, il n’aura peut-être été qu’une parenthèse — un geste symbolique destiné à rassurer Washington plus qu’à arrêter les armes.
Un conflit qui dépasse les frontières
La relance de l’offensive dans le Sud-Kivu confirme que la crise dépasse largement la rivalité M23–FARDC. Elle touche aux dynamiques régionales, aux circuits économiques illicites, aux alliances ethniques, et surtout à la compétition d’influence entre Kinshasa et Kigali. Tant que cette architecture conflictuelle restera intacte, aucune signature diplomatique ne suffira à ramener la paix.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
