
Par Olivier d’Auzon
Il est des gestes diplomatiques qui en disent plus long qu’un communiqué solennel. À Moscou, ces jours-ci, on parle de détente, de rapprochement, d’ouverture vers l’Afrique. Mais lorsque la Russie annonce qu’elle s’apprête à assouplir son régime de visas avec plusieurs pays du continent, un nom brille par son absence : l’Algérie, pourtant alliée historique des heures soviétiques.
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Dans les couloirs feutrés de la diplomatie russe, le chef du département consulaire l’a confirmé sans ambages : des accords de suppression de visas sont en préparation avec divers États africains, dont le Zimbabwe. Une liste qui, pour Alger, a le goût amer de l’exclusion, révèle le journaliste Kabyle Idir Yatafe dans la publication TAMURT info du 25 novembre 2025.
D’autant que nombre de nationalités africaines jouissent déjà d’une entrée libre en Russie : Angolais, Mozambicains, Malawites, Tunisiens, Marocains… Un simple passeport ordinaire leur suffit. Les Algériens, eux, demeurent soumis à la lourde procédure du visa, comme si Moscou avait décidé que l’ère du compagnonnage automatique était révolue.
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Cette mise à distance n’est pas un épiphénomène. Elle s’inscrit dans une série de signaux que tout observateur attentif des relations russo-algériennes peine à ignorer. On se souvient que l’an dernier, la Russie avait poliment décliné de soutenir à bras-le-corps la candidature algérienne au club des BRICS élargi. Et voici que, récemment encore, au Conseil de sécurité des Nations unies, Moscou n’a pas jugé opportun d’opposer son veto à une résolution touchant au dossier ultrasensible du Sahara occidental — un geste que les stratèges d’Alger auraient volontiers interprété comme une marque de loyauté.
Peut-être faut-il y voir la confirmation d’un basculement plus profond : la Russie, engagée sur plusieurs fronts internationaux et soumise à une recomposition stratégique depuis la guerre en Ukraine, redistribue ses cartes africaines. Et dans ce jeu nouveau, l’Algérie, longtemps considérée comme une valeur sûre, n’est plus traitée comme la protégée d’autrefois. La Chine, autre partenaire de poids, semble elle aussi pencher du côté des intérêts marocains, au grand dam des diplomates du Palais d’El-Mouradia.
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De tout cela naît un sentiment d’isolement, difficile à masquer. L’écrivain Boualem Sansal, observateur lucide des défaillances nationales, résumait récemment la situation avec la cruauté des vérités simples : « L’Algérie est dans un gouffre. » Non pas un gouffre de fatalité, mais celui d’une nation qui peine à se réinventer et à identifier des alliés solides dans un monde où les puissances ne s’encombrent plus de fidélités sentimentales.
Ainsi va la diplomatie contemporaine : réaliste, froide, parfois brutale. Et pendant que la Russie déroule le tapis rouge à d’autres Africains, Alger mesure, sans doute avec stupeur, à quel point son prestige ne suffit plus à garantir le moindre passe-droit — fût-il un simple visa…
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

